La jeune chanteuse s'était déjà fait remarquer avec son dernier titre, S.O.S., chef-d'oeuvre incontestable en matière de plans larges sur la mer et de bras écartés. Maître Gims lui-même déclarait, après avoir entendu le single pour la première fois : «Je viens de prendre une tarte, une gifle». Dans une vidéo qui alternait personnages secondaires incompréhensibles aux sourcils froncés et plans variés de la chanteuse serrant contre elle un coeur découpé dans du carton, Indila nous couvrait d'appels à l'aide déchirants (Je suis rien, je suis personne / J'ai toute ma peine comme royaume ou encore C'est un SOS, je suis touchée, je suis à terre / Entends-tu ma détresse, y'a t-il quelqu'un ?) en provenance d'une plage grecque, un tableau qui nous avait déjà beaucoup émus à l'époque.

 

 

Cette semaine sortait donc l'épisode 2 de la saga Indila vue du ciel. Dans Love Story, la petite miss reprend l'intégralité des recettes qui avaient bien marché il y a 6 mois, mais en version Automne-Hiver :

 

- océan

 

- petite robe blanche

 

- vieil homme buriné par la vie

 

- leitmotiv des bras en croix

 

La chanteuse élimine très habilement le problème du placement de son sponsor (!!clic!!DIGSTER!!clic!!) en faisant précéder le clip d'une courte introduction dans laquelle un chiard en pyjama, tout seul dans une chambre beaucoup trop grande pour lui et entouré de jouets en bois, surfe sur >>DIGSTER<< jusqu'à tomber sur l'onglet Love Story, grâce à la tablette que lui a apporté le Père Noël des bobos pour remplir sa solitude de petit morveux pendant que ses cons de parents font du graphisme au lieu de s'occuper de son éducation musicale.

 

 

Une fois la chanson lancée, Lukas/Enyo/Séraphin s'empare d'un petit pendentif scintillant en cristal Swarovski au coeur duquel, telle la naïade à oilpé au fond du verre à schnaps chez le Viêt du coin, apparaît Indila, chaussée de bottines blanches très J.Lo 2002.

 

 

Plantée sur un bout de banquise en mauvais état et emmitouflée dans un rythme de valse plein de petites clochettes et d'orgue de barbarie (c'est pour faire la féérie de Noël), Indila nous chante une romance old-school à base de vieux gadjo fragile qui tient une rose à la main et qui va la poser sur la tombe d'une tchaï qu'il avait laissée sur un quai il y a très, très longtemps. Il y a fort à parier que le pauvre monsieur a oublié la scène d'antan, parce que FLASHBACK : la fille gigote et s'agite dans tous les sens, quémande des promesses (Prends ma main / Promets-moi que tout ira bien) et y répond dans la foulée (Je serai riche et / Je t'offrirai tout mon or), tandis que monsieur (qui, à l'époque, était un beau marin au torse moulé par les anges) est réduit à s'exprimer par gestes ("là-bas bateau... moi partir...") parce qu'il ne peut pas en placer une. On croirait à un conflit, mais les deux finissent par écarter les bras ensemble en regardant la caméra qui s'éloigne dans le ciel.

 

Wouuuuuuuuuuuh

 

À ce stade des événements, la consternation se fait tellement totale qu'on se demande si on n'aurait finalement pas mieux fait de parler du clip de Brodinski, et que c'est quand même assez bas de tirer comme ça sur une ambulance. Et à entendre pour la vingtième fois les insupportables vocalises vaguement youyouïsantes de cette dinde en robe de mohair, on se surprend à espérer l'apparition providentielle de l'une de ces otaries violeuses qui sévissent en Antarctique et qui, d'un ou deux petits coups de queue, couperait, du moins momentanément, l'envie de chanter à Indi-Indila (c'est plus fort que moi, Indi-Indila). Ou même, pourquoi pas, un réchauffement climatique soudain et drastique, pour qu'enfin, le bout de glace sur lequel elle écarte compulsivement ses petits bras fragiles depuis trois minutes se détache de la banquise et que les flots glacés engloutissent une bonne fois pour toutes cette énième infâmie musicale martelée depuis plusieurs jours sur toutes ces radios qui prennent vraiment les gens pour des cons. 

 

 

 

Marie Klock.