"toutes façons, la télé-réalité, c'est scénarisé à mort, on nous ment, on nous manipule". Dans SS, pas d'hypocrisie. L'émission est entièrement scénarisée, c'est même son unique postulat méthodologique. Principe poussé cette année à son paroxysme puisque plutôt que de privilégier un rapprochement sexuel entre deux candidats (et tenez une piscine, et tenez de l'alcool à gogo, et tenez des capotes), ils ont carrément annoncé à deux participants "vous, vous êtes ensemble". (Comme les candidats commencent à être méfiants, le mec a quand même été jusqu'à imaginer qu'on essayait de le caser avec un transsexuel.) Dans cette émission, non seulement on parle de la prod mais on assume même d'avoir un agent infiltré dans le jeu (l'ange Gabriel l'été dernier). On monte ouvertement les candidats les uns contre les autres en leur confiant des missions antagonistes. L'aspect assumé de tout ceci concourant bien sûr à nous faire ressentir que ce qu'on observe ce n'est pas la réalité mais l'ombre de la réalité sur les murs de la grotte platonicienne. 
 
"ça porte atteinte à la dignité humaine, on enferme des gens comme des animaux au zoo". Certes. Mais pourquoi s'arrêter là ? Vendredi, nous avons découvert la crystal room. Dans le salon, un espace de cinq mètres carrés séparé du reste de la maison par une vitre et dans lequel on a installé trois candidats. Nos petits animaux à nous avaient donc dans une vertigineuse mise en abîme leurs propres petits animaux (deux blondes et John-David). Le parallèle était total puisqu'ils devaient choisir lequel ils avaient envie de libérer. Concrètement, j'étais donc en train de les regarder regardant les prisonniers. Un système de réification qui, évidemment, n'est là que pour pousser les téléspectateurs à s'interroger sur la relativité de leur propre condition. Si je les regarde regardant, qui me regarde ? On était au croisement entre Borges et Eco. (Non, esprit chafouin, je ne vais pas trop loin. Il est évident qu'à l'entretien d'embauche pour bosser à Endemol, on vous teste sur vos connaissances en sémiotique.)
 
"la télé-réalité encourage les pires travers humains." Ouais... Et alors ? SS c'est le règne absolu de la paranoïa et de la stratégie. Le fait même d'avoir un secret à cacher incite les participants à ne jamais se laisser aller à la spontanéité et à manipuler au maximum les autres joueurs. On est loin des dégoulinants débordements d'affection des minots de la Star'Ac. Bien sûr, ceci relève de la part d'Endémol d'une volonté de rendre hommage à l'oeuvre d'Alfred de Musset en illustrant cette citation : "Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange" (in On Badine pas avec l'Amour, Acte II scène V) 
 
Pour finir, la réplique (véridique) à retenir de ce premier prime : "bonjour, je suis John-David mais mes amis m'appellent le connard". 
 
Par Titiou Le Coq.