Comment se fait-il qu’on vous retrouve dans un clip de Beyoncé ?

Wattie : On a appris par une amie que l’agence de casting anglaise New Untouchables cherchait des skinheads, des hard mods et des suedeheads pour un tournage de clip qui allait durer deux jours à Paris. C’était bien payé, 450 euros par jour… On a envoyé des photos et on a été sélectionnés.

 

Après, on nous a donné rendez-vous à la Maison de l’Architecture, à côté de la Gare de l’Est. Il y avait des figurants plus ou moins déguisés en skinheads. Personne ne nous avait dit quel était le chanteur du clip. Quand il nous a vus, le réalisateur, Jake Nava, un mec qui a fait plein de clips pour des grands groupes comme les Rolling Stones, a dit qu’on avait le look qu’il cherchait, qu’il nous embauchait et que tous les figurants devaient être habillés comme nous. On est allés signer nos contrats et c’est là qu’on a vu que c’était pour Beyoncé Knowles… Là, on a hésité. On n’aime pas ce qu’elle représente et son univers musical est vraiment éloigné du nôtre. À ce moment, on a vu un skin en bleached jeans (jean délavé à l’eau de Javel, NdR). C’était un Anglais de Brighton. On a parlé avec lui. Il nous dit qu’on s’en foutait que ça soit pour Beyonce, que c’était juste du boulot. Il nous a convaincus donc on a signé.

J’ai parlé un peu avec le réalisateur du clip. Il avait l’air branché à fond par le trip ‘classic skinhead’ de 1969, tout ça…  Il m’a dit que ça faisait longtemps qu’il avait envie de mettre des skins dans un clip, qu’il avait essayé de le faire avec un grand groupe de rock, des potes à lui dont il ne m’a donné le nom, mais que ça n’avait pas marché. Finalement, il avait réussi à le faire avec Beyoncé ! Il voulait montrer que dans les années 60, le mouvement skin était multiracial.

 

La Maison de l’Architecture est installée dans un ancien couvent. Il y a une ambiance particulière. La première fois que Beyoncé est sortie de sa loge, tout le monde s’est tu. Ça a jeté un froid et elle a flippé. Elle est repartie dans sa loge. Un assistant est venu dire à tout le monde de se mettre à l’aise et de se comporter comme si de rien n’était. Après, il n’y plus eu de problème.

On l’a vue assez peu. Elle changeait souvent de fringues et sortait de sa loge seulement pour tourner. Un de ses potes, un gros rappeur, a bloqué sur la coupe de ma copine, Évelyne. Il lui a demandé pourquoi elle était coiffée comme ça. Évelyne lui a expliqué ce qu’était les skinheads. Il a trouvé ça cool et est allé chercher Beyoncé pour lui présenter Évelyne. Elle lui a dit qu’elle la trouvait mignonne et lui a serré la main.

 

Après, le réal a annoncé qu’il cherchait quelqu’un pour s’asseoir entre les cuisses de Beyoncé. Je me suis dit putain, faut pas que ça tombe sur moi mais – paf !- j’ai été choisi ! J’ai dit au réal que je ne voulais pas, que ma copine était là, que je n’avais pas envie, etc. Il a rigolé en disant que j’étais un gros timide. Finalement, il a changé d’idée et c’est pour ça qu’elle me touche le crâne à un moment.

 

Olivier Richard.