Aux origines du saxo

Le saviez-vous ? Le saxophone est français. On aurait pu croire qu’il était né aux alentours d’un bouge de Harlem à New-York, mais que nenni. Il est bien né à Paris le 21 mars 1846, lorsque Adolphe Sax, originaire de Dinant en Belgique, dépose le brevet numéro 3226 pour "un système d'instruments à vent dits saxophones" qui comporte huit instruments. Dès la première moitié du 20ème siècle, l’instrument devient un incontournable de la musique jazz, notamment maîtrisé par John Coltrane, Sidney Bechet ou encore Charlie Parker, pour mieux s’ancrer par la suite dans la musique rock alors émergente dans les années 50.

 

 

La figure de proue de cette musique «jeune» se nomme Elvis Presley, qui s’est entouré d’un crew solide, entre autres composé de Homer "Boots" Randolph, saxophoniste émérite. Sa participation sur la chanson du King Reconsider Baby, est considérée par certains comme «the finest sax solo in rock history» (le meilleur solo de saxophone de l’histoire du rock, en VF). Ce dernier a également connu un succès personnel grâce à son Yakety Sax, que les amateurs de Vidéo Gag et autres bêtisiers si prisés à la période de Noël connaissent bien et affectionnent tout particulièrement.

 

Plus tard, le saxo occupera une part importante dans la pop et le rock, que ce soit chez Roxy Music avec l’aide d’Andy Mackay pour la dimension dramatique et surannée propre aux compositions du dandy Bryan Ferry, ou encore chez Bruce Springsteen pour la touche groovy apportée par le légendaire Clarence Clemons, décédé en 2011, et ancien membre du non moins culte E Street Band qui accompagne le Boss depuis ses débuts.

 

 

Il va sans dire que le saxophone est par ailleurs un instrument indissociable de toute ballade (plus ou moins guimauve) qui se respecte, et on l’entendra ainsi chez George Michael, Elton John, Phil Collins ou encore sur The Power of Love - pas la trop belle chanson de Frankie Goes to Hollywood, l’autre.

 

Le nouveau visage d’un instrument désormais plébiscité par tous

Il aurait pu rester dans les limbes de la musique de supermarché, mais depuis une dizaine d’années, le saxo opère un retour de hype.Dès son premier album United sorti en 2000, Phoenix pose les bases d’une réhabilitation décomplexée sur le morceau Definitive Breaks qui clôt le disque. Quelques années plus tard, c’est deux Français qui rendent le sax cool en la personne de Mr Oizo et M83.

Enfin, depuis quelque temps, le saxophone a changé de bord, il est passé du statut d’élément hype à celui d’ultra-populaire et ce, par le biais des établissements de nuit. Hé oui, de nombreux disc-jockeys aiment à l’utiliser dans des tracks d’obédience deep ou tech house. Tel est le cas de Bakermat, de son vrai nom Lodewjik Fluttert Jr., un producteur de musique néerlandais de 22 ans. Celui-ci utilise le saxo sur bon nombre de ses morceaux comme Vandaag sur lequel il sample notamment un discours de Martin Luther King, et Uitzicht. Parfois cependant, il s’autorise quelques folies et troque le saxo pour la trompette comme sur le morceau Leven.

 

 

Dans un même registre on trouve également Klingande, duo électro composé de Cédric et Edgar, tous deux originaires de Croix dans le nord de la France, et qu’on croirait tout droit sortis d’un meeting des Jeunes Pop. Eux aussi sont de fervents amateurs de saxophone qu’ils aiment à noyer avec des sons lounge qui feraient fureur dans des stations balnéaires fréquentées par des Allemands et des Hollandais (et dans des fêtes d’écoles de commerce). Si ce mégamix sonne douteux à l’oreille, il remporte en tout cas un franc succès : le single Punga est rentré dans le Top 100 des charts français et le single Jubel s’est lui placé en première position des charts en Allemagne et en Suisse. D’ailleurs, les clubs européens s’arrachent les deux DJ’s en herbe, 21 ans au compteur, qui ont pour le coup abandonné leurs études de commerce. Un bon présage pour peut-être signer en musique le retour gagnant de Nicolas Sarkozy en 2017 ?

 

 

 

Sarah Dahan // Visuel de Une : Bill Clinton inaugure son mandat en duo avec Everette Harp (1993).