BOB MARLEY (et le reggae)

Oui, l'Everest, rien de moins. Car trouver quelqu'un dans nos cercles bien-pensants (et parisiens) qui vante les mérites de Bob Marley n'est pas chose simple. L'attirail rasta n'étant pas cher ni compliqué à maîtriser (au premier degré), la France a beaucoup souffert de ses artistes reggae. De Tryo à Pierpoljak, on a souvent eu envie de légaliser l'euthanasie. Vrai avantage, c'est une bonne façon de faire le point dès la première rencontre. Revers de la médaille, si vous faites du co-voiturage pour un festival d'été, c'est un risque à prendre.

Pourtant, Bob a le mérite d'avoir un son profond, un songwriting à toute épreuve (certes pourri en partie par les interprétations calamiteuses de nos années lycées) et un jeu de guitare minimaliste mais pas moins prescripteur. Pas loin d'un Jim Morrison reggae pour le côté gourou solaire, il est l'une des raisons pour lesquelles les gens se sont mis à porter des chemises en jean dans les années 1970 (avec Robert Plant). Et surtout, son personnage est assez torturé, bizarre et controversé pour qu'on ne le réduise pas au dessin déformé au dos des sweats à capuches des festivaliers d'Aurillac

 

 

Potentiel de retour de hype : Nul

Malgré quelques t-shirts aperçus ça et là à Brooklyn sur des hipsters (vraiment) ironiques, on ne parierait pas sur Bob. A la différence de son camarade de stand sur les marchés, Tupac, le mal est fait et bien fait. Bob Marley sera toujours associé à ce mec en troisième première année de fac d'histoire avec des bolas ou cette fille qui est trop défoncée pour rentrer avec vous et vous demande de rejouer Redemption Song pour la 42ème fois de la soirée. Accordons par contre à l'alliance Snoop/Diplo (étonnamment plutôt réussie) ou, dans une version plus dark, au crew Gaza de Vybz Kartel de prêcher la bonne parole.

 

 

PHIL COLLINS

Le dernier arrivé est fan de Phil Collins. Tout est dit dans cette phrase (que l'on doit, en parlant de mauvais goût, à Eric et Ramzy - même si le film de Dupieux est excellent). Le petit chauve, qui provoque souvent la réaction «oh, my dad is deejaying» quand vous le mettez en soirée avec vos amis américains, a pourtant écrit des tubes puissants et sombres dans les années 80 (avant la dure période B.O. de Tarzan et Star Academy). Celui qui a vu ou lu American Psycho comprendra. Quintessence de la musique du yuppie triste et de ces restaurants lounge peuplés de jeunes quadras défoncés à la coke de l'ennui, Against All Odds, One More Night ou encore Another Day in Paradise compilent atmosphère ultra-suicidaire et production kamikaze (les voix et la batterie gavés d'écho et 40 décibels plus forts que le reste de la musique). Pourquoi, pour qui et surtout comment ? On ne le saura probablement jamais. Mais la prochaine fois que vous allez à un after work avec vos collègues de bureau, que vous avez consommé des drogues dures ou qu'on ne vous a pas renouvelé votre CDI de graphiste en agence de pub, passez vous un petit Phil et vous verrez la lumière.

 

 

Potentiel de retour de hype : Medium

Le cheese années 80 est de bon ton chez les groupes cools (Austra, Blood Orange, Grimes). Mais il est de meilleur ton de citer Kate Bush que Phil Collins en interview. La retraite de notre ami au fin fond de la Suisse ne risque pas d'aider. Car si à quelques kilomètres se trouve le sulfureux Polanski, Collins, plus sage, déprime tranquillement en jouant au Scrabble et en écoutant siffler ses acouphènes (l'Anglais n'a plus d'oreille, la musique pour lui c'est fini). A noter que ses hymnes traversent étonnamment mieux le temps en version edit qu’en reprises.

 

 

MYLENE FARMER

Si certains d'entre vous ont aussi pensé «tiens, une chanson de Michel Sardou en anglais» au moment où la vague chill wave battait son plein, ce paragraphe vous est dédié. Mylène Farmer cumule énormément de tares mais pourtant, un peu comme Lady Gaga, elle reste un personnage assez fascinant, drainant toute une secte d'adeptes capables de la suivre jusqu'à la mort tout en se scarifiant les paroles de ses chansons au cutter. Personnage asexué voire vampirique (avant Twilight), elle a conjugué esthétique dark - voire new-wave, clips complètement débiles d'ambition (qu'on pourrait voir aujourd'hui chez The Knife avec ses éphèbes à capuches et ses corbeaux gothiques) et morceaux synth-pop capables de violer les cortex les plus réticents (dû à son Voldemort de mari, Laurent Boutonnat). Avec une transformation physique sans réel autre équivalent (sauf peut-être chez Jean-Michel Jarre ou Michael Cimino), elle est aujourd'hui l'auteur de titres et d'albums affreux. Mais bon, il reste le clip de Ferrara pour California qui est au jour d'aujourd'hui toujours le seul morceau de musique évoquant en même temps Era, les pubs Ushuaïa et Nine Inch Nails. 

 

 

Potentiel de retour de hype : Plutôt haut

Le crooner sexy Femminielli la cite dans toutes ses interviews, difficile d'écouter Trust (le petit Canadien) sans y penser et on ne parle pas de Crystal Castles. Après, pour l'assumer en société, c'est une autre histoire.

 

 

LANA DEL REY

On a tout dit, tout écrit et tout entendu sur Lana del Rey. Et même certains magazines nationaux, pas forcément réputés pour leurs prises de risques musicaux, s'en sont pris à ces méchants branchets capables d'encenser le matin la jeune chanteuse pour la crucifier sur l'autel du bon goût le soir venu. Avec un peu de recul, le cas est intéressant car la petite Américaine - ou son équipe marketing - a un peu berné tout le monde en se faisant passer pour une artiste underground (quoiqu'elle soit loin d'être la première à avoir fait une chose pareille). Avec son titre Video Games, celui qui a «breaké», Lana apparaissait comme une fille un peu freaky, mal sapée, avec un strabisme weird et une chirurgie esthétique douteuse qui évoquait plutôt les salons de Tijuana que ceux de Beverly Hills.

Et ce morceau, son seul vraiment réussi, évoquait parfaitement cet univers d'acteurs ratés brûlés au soleil de Melrose qui chassent les déceptions à coup d'OxyContin. La suite, tout le monde la connaît : un album très moyen, des prestations lives passablement ratées, des tonnes de gifs plus ou moins drôles et une chanteuse qui ne rend pas les coups. Le souci, c'est peut-être surtout que Lana del Rey s'est trompée de voie - ou d'époque. Celle qu'on a essayé de vendre par la suite comme une diva hollywoodienne s'est laissée embarquer par des gens aussi mal-aimés et volatiles qu'elle (Asap Rocky qui n'intéresse déjà plus personne, Woodkid qui a provoqué la première overdose médiatique de 2013 avant celle du 21 mai dernier). Evoquant la Britney Spears paumée de 2007 sans avoir eu le courage de foutre en l'air son image (ou de se relooker en Charles Manson), Lana Del Rey est sûrement ce qu'on mérite à notre époque de zapping permanent qui nous fait passer en 20 secondes de l'amour à la haine et nous fait préférer le texte à l'image. Reste un grand morceau, Video Games donc, qui devrait survivre à l'épreuve du temps. 

 

 

Potentiel de retour de hype : Douteux

Lana Del Rey fait partie de ces artistes qui vendent encore des CD's aujourd'hui. Cela veut tout dire. Produit fabriqué, elle ne cassera probablement jamais ses jouets, devrait tranquillement mourir dans son lit et risque donc bien de rester cette fille agaçante qu'on soupçonne de ne pas avoir inventé le fil à couper la connexion ADSL. Mais la vie est parfois pleine de surprises.

 


Adrien Durand.