La religion est aujourd'hui un sujet si chargé que ça devient risqué de dire quoi que ce soit si vous ne voulez pas finir emprisonné à vie dans un hashtag sur Twitter. C'est devenu très casse-gueule d'employer le moindre mot qui fasse partie du vocabulaire de la foi. Surtout quand on n'est pas soi-même croyant, car c'est alors vu comme un manque de respect, même si c'est pourtant la preuve que vous êtes sensible à la beauté de tous ces mots sacrés. Quand mon père est décédé il y a 2 mois, le livre qui était au-dessus de sa pile dans son salon, c'était le Coran avec plein de notes et de passages surlignés. Je me suis dit: "Je VEUX ce livre !" Les dernières notes de mon père, dans le Coran ! It's a keeper !

 

Normalement, il devrait y avoir partout sur Internet les mots religieux que les mécréants n'ont pas le droit d'utiliser. On ferait moins de bêtises, et surtout, ça permettrait aux journalistes d'arrêter de dire n'importe quoi. Mon attitude est plus naïve : j’espère qu’on peut dédramatiser les conflits actuels en reprenant d'une manière décontractée certains noms de code religieux dans la conversation populaire. C'est d'ailleurs la clef du hit planétaire des Black Eyed Peas quand ils ont détourné le "mazel tov" juif qui est, c'est vrai, désormais dans le lexique de tout le monde. Mais on peut faire des variantes amusantes au détour d'une conversation:

- Je sais que c'est haram, mais la bite de Paddy O'Brian est trop incroyable !

- Tu ne vas pas t'habiller comme ça pour le défilé d'Hedi Slimane, tu ressembles à un golem !

- T'es décidément trop drogué mec, tu crois que c'est l'Epiphanie aujourd'hui ou quoi ?

- Ces deux-là, s'ils font un gosse, on n'en veut pas, on le fourgue à Abraham dès qu'ils vont à Sephora !

- T'es circoncis? Mais pourtant t'es le goy de la mort !

- On ne va pas demander à Lana Del Rey de se comporter en mensch, quoi !

- C'est pas casher de porter des motifs Liberty !

Etc, etc, etc.

 

Quand on accumule les phrases comme ça, les amis vous regardent en coin, se demandant si vous ne virez pas facho ou si c'est du lard ou du cochon (ah, cette expression idiote entre toutes, cause de 1500 blagues cheapos dans les titres de Libé depuis 20 ans !), et ils paniquent si vous vous êtes convertis la nuit d'avant en cachette pour devenir le nouveau Mohamed Merah. Mais non, je décoooone. Alors bien sûr, les vrais croyants n'aiment pas trop qu'on fasse des blagues parce que quand on commence, c'est OK, mais ça finit toujours sur la couverture de Charlie Hebdo juste pour augmenter les chiffres de vente - et ça, c'est vraiment haram pour de vrai. Dans ma famille exemple, on dit "Inch'Allah !" à  la place de "Je touche du bois !" quand on veut tirer le ticket gagnant du loto. C'est trivial, mais ça ne nous a jamais porté chance (comme quoi on est cons). Après tout, il ne faut pas utiliser le nom du prophète en vain. Face à un catho tradi', ce n'est pas bien vu de dire "je fais le carême des Ferrero Rocher, c'est ma manière de contribuer à la passion du Christ". Pas malin ! Et si vous utilisez des acronymes comme MSL pour faire référence à My Sweet Lord de George Harrison (qui est une très belle chanson), ils vont croire que vous parlez de PMS, ce qui veut dire les règles en anglais. Pas malin encore ! Rien à voir avec la foi, mais c’est mignon : "je veux être ton Shon-di !" S'exclame affectueusement Kato dans le Green Hornet. C'est chou non?

 

Les mots religieux, c'est finalement comme le latin ou les mots étrangers dans la discussion. Ca fait snob, mais au fond, c'est l'amour de la poésie. Par exemple, utilisez souvent le mot nakba (la catastrophe du 14 mai 1948 pour les Arabes), non seulement parce que c'est un moment super important de l'histoire moderne, mais aussi parce qu'on peut l'utiliser tout le temps : "ces profiteroles, c'est la nakba totale !". Vous faites un clin d'œil à ceux qui peuvent comprendre, vous les attirez vers vous au lieu de les éloigner. Ainsi, quand vous rencontrez un ami musulman et que vous dites "Mash'Allah" en mettant rapidement votre main sur le cœur, c'est la plus belle manière de dire bonjour. Alors soit, ça se fait de plus en plus, mais faut pas non plus abuser : comme le formule mon ami Mustapha, "si tu dis t'as une grosse bite Mash'Allah, c'est très moyen"...

 

Attends, je m'en doutais ! Je ne suis pas si cruche ! En tout cas, merci pour L'Islam pour les nuls, on l'a déjà envoyé à Manuel Valls.

 

 

Didier Lestrade // Visuel de Une : Scae.