ALICIA SILVERSTONE

 

1994. MTV diffuse Cryin' d'Aerosmith : le clip commence par une fille qui porte la chemise de Kurt Cobain et semble vouloir se jeter d'un échangeur d'autoroute. Toutes les années 90 en une image. Comment rendre le suicide cool ? Avec une belle fille pardi, qui en plus se fait faire un faux tatouage (grande époque des doublures). Elle récidive avec un Crazy (pas le morceau horrible auquel vous pensez, l'autre) en mode Thelma et Louise passé par un relooking Girls Gone Wild avec Liv Tyler. Elle fait des doigts d'honneur, la moue boudeuse et le sourire Colgate en même temps (ce qui n'est pas donné à tout le monde). Après le gros succès qu'est Clueless, le film pour les filles que les garçons aimaient bien regarder aussi, elle enchaîne avec le film de la honte : Batman et RobinEt là, c'est la dégringolade. On peut toutefois la créditer d'avoir lancé deux grandes tendances des décennies suivantes: être vegan et voir sa carrière voler en éclat à cause de poignées d'amour trop généreuses. Son actu? Elle a donné 500 (oui, cinq-cents) dollars à Obama pour sa dernière campagne.

 

 

 

CHRISTINA RICCI

 

Premiers émois de nos années de 6ème-5ème, Christina Ricci a irradié la terre entière en Mercredi Addams. Un peu comme la fille pas sympa avec qui on voulait sortir (celle qui écoutait Sebadoh et lisait Kerouac en cours), Christina impose sa misanthropie gothique comme irrésistible argument de séduction, tente de violer Elijah Wood dans le génial Ice Storm et joue dans le film de, par et pour Vincent Gallo, Buffalo' 66, où son charme de baby doll 50's éclipse presque l'homme le plus cool du monde. Depuis lors, il sembleraient que les deux ne se parlent d'ailleurs plus. Quoi qu'il en soit, les années 2000 sont moins souriantes, puisque la magnétique italo-américaine passe de Tim Burton à Ally McBeal, perd 75 kilos ou presque et ressemble à ces filles tristes qui peuplent les afterworks près du métro Bourse. Tel Samson et sa chevelure, en perdant ses rondeurs et en tentant de rentrer dans le moule mainstream, Christina dégringole vers les abîmes de l'oubli. Certes, personne ne peut lui reprocher d'être trop grosse - sauf des globes oculaires, à en juger son récent rôle dans la série Pan Am, embarrassante copie de Mad Men dans un avion.

 

 

 

WINONA RYDER

 

S'il ne fallait en garder qu'une, ce serait elle. Reine du bal grunge que furent les 90's, on doit ce sourire diabolique à Tim Burton - et sa filmographie des années 90 est une véritable voie lactée geek : Dracula de Coppola, Jarmush, Alien, toutes les jaquettes du vidéo-club restent ancrées dans nos esprits. Elle est la raison qui fait qu'on s'est tapé Les Quatre Filles du Dr. March et Un Automne à New-York (celui-là est triste en plus, elle meurt dedans), mais c'est son rôle dans Reality Bites (Génération 90 en VF, cocorico) que l'on considérera plus tard comme son manifeste. Bécassine paumée, amoureuse d'un rocker raté (Ethan Hawke et son goatee), elle rayonne dans un film pas terrible où Ben Stiller a un rôle sérieux  et où sa copine Janeane Garofalo invente le rôle de la bonne pote boulotte sympa qui pourrait sortir avec le bassiste de Weezer. Après, tout s'écroule : Winona se fait choper en train de voler dans des magasins alors qu'elle a des sous sur elle. Illico, Hollywood la blackliste. De plus, elle a la riche idée de refuser Sleepy Hollow, Beck (son ex) sort un album pourri en son honneur et elle sort avec Ryan Adams et Matt Damon. Elle ne s'en relèvera pas. Morale de l'histoire, mieux vaut se droguer que voler, au moins on peut continuer à faire des films.

 

 

 

CLAIRE DANES

 

Homeland. Oui, OK. Mais Claire Danes en 1995 s'appelle Angela, est amoureuse d'un rocker (hé oui, pas très imaginatifs les scénaristes aux cheveux gras), trimballe un sac-à-dos moche et fait croire à plein de filles que c'est cool d'avoir une teinture auburn dégueu. Avec une seule saison au compteur, elle invente pourtant le concept de la fille geek qui fait rêver les gentils garçons. Et étonnamment, vu le nombre de filles croisées à Williamsburg cet été qui portaient un sac à main à bretelles sur le dos, une veste en jean moche et une jupe à fleurs avec des rangers, force est de reconnaître que le vintage 90's, c'est son invention perso. Si elle s'en sort mieux que ses consoeurs dans les années 2000 (elle double le génial Princess Mononoke), c'est qu'elle a surtout compris qu'en jouant les filles instables sous Xanax (cycle entamé avec le sympa Igby), elle se démarque à la fois de Kirsten Dunst (trop parfaite) et de Kate Winslet (celle qui sent bon et ne boit pas d'alcool). Bien joué : avec Homeland, elle trouve le rôle parfait, même si on avoue que 1) elle fait un peu peur quand elle pleure, et 2) on dirait que sa bouche et ses yeux vivent leur propre vie.

 

 

 

MACAULAY CULKIN

 

C'est entendu : Macaulay Culkin n'est pas une fille. Mais depuis le clip de Sonic Youth pour Sunday (1998, faut-il le rappeler), on ne peut que lui accorder d'avoir éveillé nos tendances homo-érotiques. Tête-à-claques de Home Alone puis faux psychopate - ou cameo - de Will and Grace (la série qu'on doit passer aux prisonniers de Guantanamo pour les faire parler), Macaulay Culkin transpire la trashitude nineties avec une classe à renvoyer Lindsay Lohan au stand rehab/botox. Et surtout, il y a son chef d'oeuvre : Party Monster, OVNI débile et réjouissant, seul challenger potable aux films de Gregg Araki. Dernièrement, ce n'est pas facile pour notre tête blonde qui a perdu sa soeur et son meilleur ami (Michael Jackson) et qui lutte contre l'héro (quand on vous dit nineties, on ne vous ment pas). S'il ne casse pas sa pipe avant, on peut être sûr qu'il lui reste un grand'oeuvre à réaliser. Avant le revival 2000, s'il vous plaît.

 

 

 

Adrien Durand.