2004
Une mi-temps... Un homme... Une femme... Un téton... L'affaire qui va faire trembler l'Amérique. Ca a l'air d'une bande-annonce pour un blockbuster avec Jason Statham et Charlize Theron mais non, il s'agit du résumé concis de la mi-temps du Super Bowl 2004.

Janet Jackson clôture le show en interprétant Rock Your Body aux côtés d'un Justin Timberlake bouillonnant, puisque celui-ci arrache (littéralement) le corset de Janet, dévoilant aux yeux de tous le sein droit de celle-ci.


Qu'il s'agisse d'une manoeuvre calculée ou d'un véritable "dysfonctionnement vestimentaire", qu'importe, pour les Américains, le mal est fait - et des années après, bon nombre de parodies continuent à voir le jour. Après cette affaire dite du "nipplegate", Janet s'attirera les foudres du public, et les radios ainsi que MTV refusent de jouer sa musique. Un boycott dont sa popularité ne s'est jamais vraiment remise, puisque ses ventes d'albums n'ont fait que décliner depuis cette année fatidique.

 

Et Justin, dans l'histoire ? Hé bien Justin est en pleine forme, il a depuis donné la réplique à Mila Kunis et Cameron Diaz, interprété l'un des co-fondateurs de Facebook dans le film The Social Network et son tout nouveau single a vite trouvé une place dans les top 10 des meilleurs ventes de titres un peu partout dans le monde. Espérons au moins qu'il ait pensé à envoyer un panier garni à Janet.

2011

En 2011, c'est Christina Aguilera qui se charge d'interpréter l'hymne national américain, moment sacré qu'il vaut mieux ne pas gâcher sous peine d'être traîné dans la boue et mis au pilori. C'est du moins ce que Christina va apprendre à ses dépends.


Première erreur : lui confier un micro, alors que le simple usage de sa voix à plein volume suffit pour que le stade l'entende (d'ailleurs, une rumeur dit que ce soir-là, on l'aurait entendue jusqu'en Alaska).

Dans le feu de l'action, Christina perd ses mots et improvise une nouvelle phrase au milieu du morceau. Mais Aguilera ne trébuche pas pour autant et délivre une prestation sans fausse note, si bien que pour tout spectateur ne connaissant pas l'hymne par coeur, l'illusion est parfaite. Aux Etats-Unis, l'histoire est toute autre. Christina subira des semaines de moqueries de la part des médias (tabloïds et talk-shows en tête), comparables à la fois où Ashlee Simpson avait été surprise en flagrant délit de playback au Saturday Night Live.


 

La morale de l'histoire, c'est qu'il aurait mieux vallu laisser Kelly Clarkson s'en charger. Après tout, c'est elle la préposée en chef à l'hymne national.

 

C'est bien simple, Kelly est partout : les Super Bowls, les matchs de Baseball, les finales de NBA... Kelly Clarkson est d'ailleurs à votre disposition pour tout événement que vous souhaitez organiser. Pour les mariages, elle chante Because Of You, et si vous avez besoin d'elle pour mettre l'ambiance, elle fait aussi chauffeuse de salle et saura scander un magnifique Seven Nation Army au bon moment (version POPOLOPOPOPO, bien sûr).

2012
L'an dernier, c'est Madonna qui a été choisie pour se produire devant une moyenne de 111 millions de téléspectateurs : il s'agit de la prestation la plus regardée en 47 ans de mi-temps du Super Bowl. Et c'est justement cet instant que choisit M.I.A. pour faire un doigt d'honneur à un public encore tout retourné d'avoir aperçu le téton de Janet Jackson huit ans auparavant.


Forcément, la pilule passe mal auprès de Madonna qui la traite de gamine, soutenue par Nicki Minaj (elle aussi présente sur scène à ce moment-là) qui a trouvé ça "inapproprié". La chaîne diffusant le programme présente ses excuses aux téléspectateurs et le contrôle du direct en régie se voit encore un peu plus renforcé.


En France
Là où les Américains règnent en maîtres incontestés de l'entertainment, la France est à la traîne. En même temps, ce n'est que l'an dernier que le pays semble avoir découvert la scripted-reality avec Hollywood Girls, alors il ne faut pas aller trop vite en besogne.

Si vous espérez voir Zaz interpréter La Marseillaise avant d'apprécier un medley des tubes les plus endiablés d'Amel Bent (dont la setlist consisterait uniquement en une version longue de Ma Philosophie), il va falloir vous faire une raison, cela n'arrivera pas. Mais pas de panique, il reste un plan B : se procurer une place pour la prochaine tournée des Enfoirés.

Ce qui se rapproche le plus d'une prestation de Beyoncé au Super Bowl, c'est lorsque Johnny Hallyday a enregistré un single spécialement pour la Coupe Du Monde 2002. C'était gentil de sa part, mais fallait pas se sentir obligé, hein. Le hasard fera d'ailleurs que la France soit éliminée directement au premier tour, sans avoir marqué un seul but. Le single de Johnny, quant à lui, se classera à la première place des ventes et deviendra disque de platine.



 

2013
Après ce rapide historique des prestations précédentes, passons aux artistes attendus au tournant cette année. Commentaires au cas par cas.


00:18
Jennifer Hudson et les enfants de l'école Sandy Hook (où s'est déroulée la fusillade de novembre dernier) chantent America The Beautiful, le deuxième chant patriotique le plus connu juste derrière l'hymne national.

 

 

En tant qu'ancienne égérie Weight Watchers, J-Hud exhibe fièrement sa nouvelle silhouette vêtue d'un combo haut en cuir / jupe longue de couleur blanche. Le tout est mignon, propre et carré.

00:21
Kelly Clarkson ayant déjà d'autres engagements (sûrement une compétition d'haltérophilie dans le Nevada où elle y interprètera Stronger ?), c'est à Alicia Keys que l'on a proposé cette année d'interpréter l'hymne américain.

Elle qui annonçait depuis des jours vouloir réinterpréter l'hymne américain d'une façon inattendue se retrouve assise devant un piano. Pour l'inattendu, on repassera : tout clip d'Alicia Keys se doit de disposer d'un plan où elle joue du piano.

 

Malgré quelques notes bleues, la performance est appréciable. Et puis au moins elle n'a pas cafouillé dans les paroles, elle (au moment où j'écris ces lignes, quelque part, dans le monde, Christina Aguilera hurle à la mort "LAISSEZ MOI TRANQUIIIIIIIIIIIIIILLE").

 

02:08
L'instant T arrive incessamment sous peu. Beyoncé n'est pas là pour plaisanter. Cela fait une semaine qu'elle bombarde Instagram de photos des préparatifs, que ses photos promotionnelles font le tour des réseaux sociaux et que la rumeur évoquant une reformation "surprise" des Destiny's Child ne cesse de se faire entendre.


On imagine alors Beyoncé écrire nonchalamment sur le mur de Kelly Rowland «Superbowl dimanche. T'en es ?», Michelle Williams intercepter leur échange pour y ajouter «Moi aussi je suis libre dimanche!!!! ! ! !!! Ca tombe bien j'écoutais justement notre dernier best-of en boucle!!! !! ! !!», et Beyoncé apposer un "like" à contre-coeur sur le commentaire de cette dernière.

Oui, car lorsque Beyoncé émet la moindre trace d'activité sur internet, le portable de Michelle reçoit une alerte sur l'air de "Oh, happy days !".

 


 

02:10
Ca y est, c'est l'heure. Tapie dans l'ombre, Beyoncé nous fait une petite frayeur en ouvrant le bal sur l'intro de Run The World, sa cacocophonie samplée sur Major Lazer de 2012, avant de donner de la voix sur Love On Top. Puis, elle déboule sur Crazy In Love (accompagnée de la chorégraphie du clip) et End Of Time (accompagnée d'une ribambelle de danseuses). S'ensuit Baby Boy, mais sans Sean Paul, que Beyoncé doit sûrement renier depuis qu'il s'est fait un iroquois.

 

 

Le moment-clé de la performance survient alors : Kelly et Michelle surgissent d'une trappe pour interpréter Bootylicious, Independent Woman et une version de Single Ladies en trio. A un moment, Beyoncé leur demande gentiment de partir et les deux s'exécutent, d'une façon qui n'est pas sans rappeler le sketch de MadTV à ce sujet.

 

 

Mais impossible de lui en vouloir, il s'agit du Beyoncé Show, et non celui des Destiny's Child. "Queen B" conclut alors le show sur Halo, les cheveux au vent et le regard défiant comme dans une pub L'Oréal. La voix-off annonce la fin du show, et on en reprendrait bien pour 1h30 de plus. Pas de controverse, pas de chute, pas de playback, rien à signaler. Mission accomplie, Beyoncé peut embarquer dans son vaisseau, retourner à sa base de commande et dorloter son nouveau-né...tranquille.

 

 

Thomas Rietzmann.