La Fouine est un homme de lettres qui ne mâche pas ses mots et qui ne les choisit jamais par accident. Au delà du pré carré du ghetto, il est connu pour être un amoureux de la langue française qu’il n’hésite pas à remanier, détourner et moderniser  avec brio et délicatesse pour mieux la sublimer (cf. ses titres Hamdoulah, moi ça va ou encore Fouiny Gamos).

 

Grand amateur d’allégories et autres métaphores, La Fouine ne laisse jamais rien au hasard, pas même son pseudo. Car oui, aussi curieux que cela puisse paraître, La Fouine ne s’appelle pas vraiment La Fouine mais bien Laouni Mouhid. Un choix manifestement motivé par le prestige de l’animal en question. La Fouine est en effet particulièrement connue pour marquer son territoire avec des secrétions, et pour ses multiples bagarres avec d'autres fouines du même sexe.

 

La rumeur dit que La Fouine avait en vérité opté pour un autre alias, «Le Furet» - mais selon son entourage, «ça faisait trop pédé».

On notera par ailleurs que la famille Mouhid semble éprouver une tendresse particulière pour tout ce qui est faune et flore, le frère de Laouni évoluant lui-même sous le blaze de Canardo.

Alors qu’il s’apprête à sortir son cinquième album, Drôle de Parcours, nous avons décidé de nous attarder sur l'une de ses  chansons au titre sans équivoque, On s’en bat les couilles, véritable manifeste nihiliste démontrant que le rappeur est un vecteur contemporain de la pensée nietzschéenne.

 

Dans ce conte urbain, La Fouine énumère toutes les obsessions qui hantent son quotidien mais qu'il affirme renier, en appelant ses congénères à n’en avoir que faire (à s’en battre les couilles). Il fait également la part belle à ce qu’il apprécie fortement dans la vie : la gent féminine et les moyens de paiement en masse. Mais il s’en réfère par ailleurs à ce qu’il n’aime pas : tout ce qui est forces de l’ordre («Quand les keufs sont trop speed négro, On s'en bat les couilles », entre autres).

 

Ce qui peut paraître encore plus surprenant, c’est qu'On s’en bat les couilles n’est rien d’autre qu’une revisite (voire un hommage) d’un tube des années 40, J’men fous pas malsigné… Edith Piaf.

Il suffit de se pencher sérieusement sur la question pour voir un parallèle troublant entre la nonchalance et le flow de la Fouine et la gouaille et la rage de la Môme, cette cendrillon du ghetto 1.0.

 

Plusieurs thèmes sont en effet évoqués dans les deux chansons avec la même force et détermination. Exemples.

 

Le rapport à la séduction et au sexe opposé :

J'ai mon amant qui est à moi

C'est peut-être banal

Mais ce que les gens pensent de vous

Ça m'est égal!

Je m'en fous!

(Edith)

 

Oh ben si je meurs, prenez ma voix faites-en des dons d'organes,

J'partirai d'une balle dans le dos dans le lit de Clara Morgane

Les rappeurs portent plainte, elles ont honte de crainte je deale de la daube pas du zouk, moi je baise sur du zouk

(La Fouine)

 

Ou encore :

Laisse la donc finir son strip négro

On s'en bat les couilles.

 

Le  rapport aux autres :

C'est pas bien malin, ce que tu fais-là...

Faut ce qu'y faut, mais toi, tu exagères,

Tu verras qu'un jour, tu le regretteras...

(Edith)

 

Laisse les parler si tu m'parles ça peut mal aller

(La Fouine)

 

Le rapport au travail :

J’ai pris de la graine, et pour longtemps

Je travaille comme un chien toute la semaine

Je vous jure que le patron, il est content

(Edith)

 

On fait des chiffres on fait des sous

On prend du biff tu prends des gifles

(La Fouine)

 

Entre affirmation de soi et rébellion contre un système pourri et des congénères malfaisants, La Fouine a donc signé avec On s’en bat les couilles un classique qui a toute sa place dans la culture française, quelque part entre Huis Clos de Sartre («l’Enfer, c’est les autres») et Et alors ? de Shy’m.

 

 

Sarah Dahan.