LE ROIVincent Gallo

 

Musicien, peintre, plasticien, acteur, modèle, Vincent Gallo n’a pas attendu l’apparition du vocable «hipster» pour en être un. Dès 2003, il réalise The Brown Bunny avec la fameuse scène de fellation pratiquée par Chloë Sevigny (lien tout-à-fait NSFW mais avec excuse cinéphile, ndlr), égérie de ceux qui aiment porter des lunettes de violeurs d’enfants. Vincent Gallo a beau être multi-facettes, il n’a qu’une seule et unique expression qu’il promène de films en séances photo : celle d’un mec blasé à qui on viendrait de raconter une blague lourde sur les camps de concentration. Pour information, le dernier film de Vincent Gallo intitulé Promises Written in Water ne sortira pas au cinéma, car le roi hipster refuse d’offrir son travail à votre vue de spectateurs indignes. Il avait déjà fait le coup avec la peinture qu’il avait définitivement cessé d’exercer pour priver les gens de ses «tableaux sublimes». Provocation ou ironie, les hipsters amateurs peuvent en prendre de la graine.

 

Le dauphin du roi : Jason Schwartzman, héritier du clan Coppola aux talents multiples (principaux faits hipsters : les films de Wes Anderson, la série Bored To Death et son fort beatlesque groupe Coconuts Records).

 

 

LA JEUNE CHAMPIONNE : Lena Dunham

 

A 26 ans seulement, Lena Dunham s’est imposée comme la Nadia Comaneci des hipsters. Elle a grandi à Brooklyn (berceau des hispters), a étudié à l’Université d’Oberlin (qui figure dans le haut du panier des universités hipsters) et est devenue célèbre du jour au lendemain en créant Girls, un Sex and the City générationnel made in Brooklyn. Si vous n’avez jamais entendu parler de ce jeune prodige au cours de l’année écoulée, vous avez sûrement atterri sur Brain par erreur. Si vous voulez en savoir plus, consultez donc n’importe quel magazine branchstream de votre choix, ce sujet a été vu et revu (non, il n’y a pas que Brain Magazine dans la vie).

 

L’ancienne championne : Zooey Deschanel. Légèrement ringardisée par la génération de Lena Dunham, elle a longtemps incarné l’idéal féminin des hipsters (principaux faits hipsters : le film (500) jours ensemble, la série New Girl et son groupe pop-folk She & Him).

 

 

LE MEILLEUR ESPOIR : Greta Gerwig

 

Greta Gerwig n’aime pas seulement porter des robes de mamies qui font que, par réflexe, on lui laisserait notre place assise si on la croisait dans le métro. C’est aussi une actrice en vogue. Très liée à la mouvance mumblecore (films fauchés traitant des relations sociales, filmés avec les moyens du bord, avec beaucoup de gros plans et du son de mauvaise qualité), on la remarque en 2010 face à Ben Stiller dans Greenberg de Noah Baumbach (scénariste de Wes Anderson). En 2012, les choses s’accélèrent avec un rôle dans To Rome With Love, la livraison annuelle de Woody Allen, le grand-père de tous les hipsters, et dans Damsels In Distress, comédie spirituelle ou bavarde selon les goûts, réalisée par le New-Yorkais Whit Stillman, Dieu vivant pour les hispters, avec un casting hipstérisant  à souhait (Analeigh Tipton, Adam Brody, Aubrey Plaza). L'actrice du moment est également à l'affiche du film tendance sitcom indie Lola Versus qui sort aujourd'hui en salles.

 

Le meilleur espoir 2007 : Ellen Page (principaux faits hipsters : Juno, porter des bonnets en permanence).

 

 

LE NERD HIPSTER : Michael Cera

 

Depuis Juno justement (écrit par Diablo Cody), Michael Cera est le principal représentant de la tendance nerd des hipsters. Son truc, ce n’est pas vraiment les tatouages, la mode et les photoshoots, c’est juste d’être bizarre tout le temps, avec une posture d’épouvantail, un regard de bouledogue français et une voix de crécelle (son autre truc, c’est de ne pas vieillir et c’est bizarre aussi). Michael Cera se joue lui-même à la perfection dans tous les films où il joue (Michael Cera joue Michael Cera qui joue Michael Cera…). Il joue aussi dans un groupe dont personne n’a rien à faire, ce groupe s’appelle Mister Heavenly et il y tient le rôle de bassiste (le journalisme, c’est avant tout de l’information). Il devrait connaître un regain de popularité si Arrested Development, la géniale série dans laquelle il a fait ses classes et qui est restée longtemps injustement confidentielle (donc appréciée par les hipsters), reprend et devient le film tant attendu.

 

L'autre acteur avec un regard de chien battu : Paul Dano (principaux faits hipster : Little Miss Sunshine, Elle s'appelle Ruby).

 

 

LE TRAITRE : Ryan Gosling

 

Il avait tout du hipster parfait, les tenues (sa vie ressemble à un catalogue Urban Outfitters), les choix de films (Half Nelson, Blue Valentine), un groupe indé apprécié (Dead Man’s Bones), mais en 2010, il change brusquement de direction avec Drive et montre ses abdos dans la comédie romantique grand public Crazy, Stupid, Love. Aujourd’hui, Ryan Gosling est adulé partout et ça donne envie de jeter son cupcake au sol pour l’écraser rageusement sous sa semelle siglée Vans. Cette trahison ne serait-elle pas un signe avant-coureur du déclin de la culture hipster ?

 

L’autre Trotsky: le versatile et très hot Joseph Gordon-Levitt qui alterne entre films hipsters à coiffure hipster-approved (Mysterious Skin de Gregg Araki, (500) Jours Ensemble et dernièrement Premium Rush, un film entier sur les fixies) et blockbusters (Inception, Batman, Looper).

 

 

Damien Megherbi.