OK, la semaine dernière c’était Halloween, ce moment ringardissime du calendrier, donc c'est le moment rêvé pour vous assommer avec des expressions bien françois qui font peur. Il s'agit souvent de ces mots pompeux que les étudiants d'école de commerce (ah, cette niche identitaire!) aiment prononcer parce qu'ils les ont lues dans Le Monde et ça fait genre. C'est le parlé assuré des experts et des journalistes sur les plateaux de télé et qui s'expriment en s'écoutant encore comme le font les sénateurs (des vieux quoi). Ils disent des trucs comme « au grand dam de... » que j'ai lu il y a encore un mois dans un article sur la guerre civile en Syrie. Au grand dam! Oui ma chère! Ou alors, leurs lèvres se mettent en cul de poule (comme on dit) quand ils commencent une phrase par « D'aucuns disent que... » pour finir la même tirade (overdose linguistique or what) par « pour bien comprendre les tenants et les aboutissants». Alors moi je demande : mais c'est qui les tenants ? Et les aboutissants sont-ils pour le mariage gay, hein ? Mais qui sont-ils ?

 

C'est vraiment un vestige du prestige de la haute société, les Old Money People. La particularité de ces idiomes, c'est qu'ils semblent sortis d'un film de cape et d'épée des années 60. Vous avez déjà entendu un prolo dire « Sur ces entrefaites, je lui ai acheté un steak haché» ? Dans la liste, un des pires, c'est « peu ou prou». C'est un truc que vous avez entendu dans un méchant docu d'Envoyé Spécial par l'agence Capa et vous croyez, naïvement, larchouma, que ça fait chic de le sortir. Pourtant, « plus ou moins», c'est plus simple, non ? Et puis, il y a ce grand cliché journalistique qui pollue depuis des décennies des dîners des ploucs riches : « À l'aune de... ». Pour moi, c'est presque une expression obscène. À l'aune de quoi, crétine ? Il y a aussi « la panacée universelle» qu'on entend beaucoup dans les émissions télé sur le jardinage : « La panacée universelle, c'est le purin d'ortie». Super, maintenant casse-toi, on le sait déjà.

 

J'ai des amis qui aiment tellement se moquer de ces expressions qu'ils finissent par les utiliser au 5ème degré et on se met à parler autour de la table, par pur dégoût comique, comme si on était pris dans un souvenir écran de la Brasserie Lipp en 1985. Genre Jean d'Ormesson, Patrick Poivre d'Arvor, toussa. C'est comme si c'était la Pentecôte des expressions débiles. En cherchant sur le net à « Expressions désuètes », la N°1 du Top 20, c'est « Peu me chaut ». Je connais un ancien rédacteur en chef qui dit ça pour de vrai! Un internaute raconte qu'il a entendu quelqu'un asséner à la caissière : « Dites à votre service marketing que peu me chaut de collectionner des vignettes pour acheter des casseroles ». Ouhla, tu vis dans le 16ème toi! Il y a le site expressions-ringardes.com qui s'est spécialisé dans ces horreurs et on peut voter si c'est ringard ou pas. Genre, « En son for intérieur », pour ou contre? J'ai entendu un gay dire un jour, en parlant d'un mec rencontré la veille : « Il m'a honoré 3 fois de suite ». BEURK! Et « moult », as in "Il y avait moult sextoys et vibromasseurs dans le donjon ».  Par pitié...

 

Mais celle qui me fait le plus gerber, c'est « faire florès » qu'on voit beaucoup dans les pages de Libé. Parfois, 2 fois dans le même numéro, merci les secrétaires de rédaction! « Les campagnes de boycott contre le salami non vegan ont fait florès ». NOT! Entendre ça, c'est plus douloureux qu'une double pénétration (DP pour les intimes). D'ailleurs Libé semble avoir pris le leadership de « combien de divisions », la célèbre expression moderne datant de... 1945 en la déclinant à toutes les sauces. Le réchauffement climatique, combien de divisions ? Gangnam Style, combien de divisions ? Le racisme anti-blanc, combien de divisions ? ARRETEZ PPPPPLEASE.


Didier Lestrade // Graphisme: Scae.