En février 2009, je décollais vers New-York aux côtés de mon camarade de jeux College pour notre première visite outre-Atlantique. Les Etats-Unis, pays fantasmé toute une jeunesse durant et dont nous avions assimilé les codes au travers d'écrans, de disques et d'équipes de basket, nous accueillait pour y jouer notre musique dans quatre de ses grandes villes. On pouvait difficilement rêver mieux. Trois années plus tard, bien des choses nous sont indépendamment arrivées, et on se retrouve au même aéroport pour la même destination, mais cette fois-ci pour un mois, 24 dates et 18 000km de route. College joue toujours en solo, moi je suis désormais quatre, et en bonus, nos amis canadiens d'Electric Youth nous accompagnent en première partie de chaque date.

 

 

Arrivés à New-York, on nous apprend que nos dates sont sold out, aussi bien le soir-même que le lendemain à Washington! Jouer à New-York c'est un peu comme jouer à Paris, ça met quelque peu la pression, pour d'obscures raisons que je vous épargnerai ici. Et quand en plus on nous informe que la salle sera comble, je ne sais pas si c'en devient rassurant, mais au moins, on sait que tous nos efforts n'auront pas été vains. Ce fut le cas ce soir-là: le public nous aura bien rendu notre investissement humain, et a achevé de remplir notre jauge de motivation pour le reste de cette tournée… qui s'annonce très longue, pour des petits Français habitués au trajet annuel des grandes vacances, c'est-à-dire en moyenne 500 km. Cette fois-ci, on en comptera 36 fois plus.

 

Heureusement pour nous, les Américains ont le sens de l'accueil en termes de transport automobile. Ils doivent être habitués à passer les grandes vacances assez loin de chez eux, à en croire le molleton de leurs sièges. De plus, ce petit boîtier magique qui nous distribue de l'internet sans fil nous permet de pouvoir tweeter sans cesse et de regarder des vidéos intellectuelles sur Youtube.

 

Nous voilà donc partis à l'assaut des routes interminables de ce grand pays, avec en guise d'apéritif un petit chapelet d'allers-retours sur les voies les plus fréquentées du continent: New-York, Washington, Boston, Philadelphie puis Montréal. Ce qui équivaut, à la louche, à un Lyon, Marseille, Paris, Dijon puis Londres. Avec le trafic du 15 août. 

 

C'est donc d'à proximité d'Albany, dans le magnifique état de New-York, que je vous écris ces quelques lignes, profitant pleinement de ce gadget so 2012. D'ici, après avoir joué dans les villes sus-nommées, nous nous dirigeons vers le Canada pour deux dates (une à Montréal et une autre à Toronto). Je dois à présent vous laisser, j'ai des tweets à envoyer. 

 

Yours truly, Anoraak.

 

Bien des choses se sont passées depuis mon dernier rapport, des kilomètres, entre autres. Enfin des miles. 

 

Une fois les formalités douanières accomplies, nous voici à Montréal. Je vous laisse imaginer à quel point on s'est gavés de poutine ("plat national" québécois, ndlr). Le Théâtre Corona est une salle magnifique, ce qui contribua d'autant plus à en faire une date mémorable, car nos amis canadiens ont vraiment le sens de la fête. Nous en eûmes la confirmation le lendemain à Toronto, dans un lieu moins exceptionnel mais tout aussi plein à craquer. Le public avait bien décidé de ne pas venir pour rien. Comme chaque jour, pas vraiment de possibilité de voir quoi que ce soit de la ville mis à part la salle, sa rue et son plus proche restaurant servant le moins possible de frites/pizzas/burgers/tacos. Et c'est loin d'être gagné d'avance.

 

A peine le temps de penser à manger sainement que l'on se retrouve à Detroit, plus exactement à Pontiac, ville limitrophe connue pour ses usines de voitures. Soyons honnêtes, en arrivant dans le quartier, l'enthousiasme n'était pas à son paroxysme, les rues désertes et les immeubles abandonnés laissant peu de place à une envie de faire la fête (mis à part, peut être, "pour oublier"). Tout comme l'habit ne fait pas le moine, la ville ne fait pas le fêtard, et à l'heure de l'ouverture de la salle, comme surgie par magie de nulle part, une large audience emplit soudainement ce lieu jusqu'alors un peu triste. A la suite de cette belle surprise, nous voici à Chicago, 3ème ville des Etats-Unis, où, enfin, un franc et brûlant soleil se décide à nous accompagner. Oui parce qu'en fait, en partant, on avait emmené les nuages et les trombes de flotte avec nous, histoire que vous ayez du soleil, on est sympas hein. Chicago donc, superbe ville pour qui aime les belles tours et le vent, et où nous jouons au Lincoln Hall. Une salle qui, encore une fois, est bourrée à craquer d'un public toujours plus investi. Après 8 concerts, on commence à ressentir une petite fierté de voir autant de monde se déplacer pour venir nous écouter. C'est le jour suivant, à Minneapolis, que se confirmait ce sentiment. 

 

Je vous écris ces quelques lignes du Montana, plus exactement à proximité d'Helena, capitale de l'état. Nous sommes au milieu d'un très long périple, de Minneapolis à Vancouver, soit 3000 km à parcourir en 2 jours. C'est beau. C'est long. 

 

Howdy, Anoraak.

 

Du sable, du vent, des cactus, et une température qui frôle 55°C… On est donc en Arizona, ce grand état désertique dont les autoroutes (interminablement rectilignes) sont parsemées de check-points où l'on vérifie que vous n'êtes pas un clandestin. On n'a jamais autant apprécié la climatisation de notre maison roulante. Avant cela, nous avons descendu toute la côte ouest, de Vancouver à San Diego en passant par Seattle, Portland, San Francisco et Los Angeles.

 

Bien que toutes ces dates furent mémorables (tant par le nombreux public que par l'hospitalité des organisateurs), décernons une mention spéciale à San Francisco et Los Angeles, où les 2 soirs, nous jouions à guichets fermés dans une ambiance électrique. Au passage, nous sommes arrivés sur place à l'heure de l'ouverture des portes. Pour ceux qui n'ont pas eu la chance de descendre la côte ouest dans une décapotable: le trafic y est presque aussi dense que sur le périphérique à 18h le vendredi, multiplié par dix. Il faut donc avoir du temps, de la patience et éviter d'écouter Pantera. Malgré tout, ces belles plages où Mitch Buchannon court en slip rouge et des concerts comme ceux-là valent bien quelques bouchons. La grande descente se terminait à San Diego, dans une salle semi-ouverte à environ 500 m du bout de la piste d'atterrissage de l'aéroport. Ce qui ponctue avec une certaine rudesse les discussions, et qui au premier abord surprend (effraie), lorsqu'on lève la tête et qu'on aperçoit un gros avion prêt à se poser. 

 

L'Arizona donc, Tucson plus précisément, comme un îlot tranquille dans un état réputé rude à bien des égards. La fatigue est bien installée dans nos corps fragilisés par tant de gastronomie locale, et la chaleur comparable à celle d'un four en pyrolyse n'améliore pas les choses. Les amplis n'ont jamais été aussi lourds de la tournée. Après une merveilleuse soirée où un ventilateur de la taille de Magic Johnson nous permit de ne pas trépasser de mort subite sur scène, nous profitions de notre premier -et unique- jour de relâche. Je n'en ai d'autre souvenir que celui de ce verre de vin rouge, et la larme de bonheur qui l'accompagnait. 

 

Quelques miles plus loin et 9h de route plus tard, voici El Paso, Texas. Etrange agglomération coupée en deux par la frontière avec le Mexique -et les barbelés de 5m qui l'accompagnent. El Paso côté Etat-Unis, Ciudad Juarez côté Mexique, des montagnes tout autour. 

 

Je referme cette page entre deux champs de derricks au beau milieu du Texas.

 

Sleep tight. Anoraak.

 

 

A l'instar de la côte ouest, beaucoup de gens ont décidé de s'installer à Dallas au Texas, en venant certainement en voiture à en croire le trafic infernal qui nous attendait après 12h de route. Mais une fois de plus, ça en valait la peine, le concert rentrant dans le top 5 de la tournée. Et le patron de la salle de nous le faire comprendre à coups de whisky de remerciement. Heureusement, la date suivante n'était pas trop loin: Austin, 4h de route. 

 

Le climat, lui, a changé aussi rapidement que le trajet fut vite parcouru: 45°C, 95% d'humidité dans l'air. A peine le temps de penser à sortir la batterie du van qu'il faut déjà changer de tee-shirt. Concert en extérieur + scène sous un toit de tôle noire = évanouissement proche. Mais ce soir la salle est pleine à craquer, donc on prend le risque. Au moins, maintenant on sait qu'on est capables de jouer à l'intérieur d'un barbecue. La Nouvelle Orléans nous réservera la même punition, mais cette fois-ci la salle est climatisée, ouf. A vrai dire, cette météo ne nous lâchera plus jusqu'à la fin de la tournée, à Miami d'abord, puis à Orlando ensuite, où un ciel noir comme l'ébène nous menaçait, et où un type fort inspiré traça au doigt sur notre van poussiéreux "FROGS!". Laule.

 

Le jour suivant, le public d'Atlanta nous attendait de pied ferme dans une salle flambant neuve. La fin étant proche, nos carcasses endolories, portées par un public affamé, accomplirent des exploits. Cette date prit des airs de dernière, au détail près qu'il en restait encore une à Chapel Hill, enclave étudiante de Caroline du Nord. Retour à des dimensions urbaines plus proches des villes européennes, descente en douceur avant de repartir le lendemain pour Paris. 

 

Voilà, c'est fait, 18 000 km de route, 24 concerts impossibles à départager, des litres de café sans goût de café, des grappes de raisin sans grain, du whisky, une traversée du désert au son d'Ariel Pink, des nuits très courtes, et une irrésistible envie d'y retourner.

 

Thank y'all! Anoraak.