SEBASTIEN TELLIER

Son disque de JMJ préféré: Oxygène IV

 

 

Oxygène est l’un des albums les plus importants de la musique française. Il est aujourd'hui une immense référence pour moi et les musiciens du monde entier. Les sons, la composition et la production de ce disque sont, encore maintenant, les symboles d'un futur plus beau, plus pertinent.

 

 

ARANDEL

Son disque de JMJ préféré: Deserted Palace

 

 

Typiquement de la musique électronique sur la forme, mais pas sur le fond. Une facture parfaitement classique, que Jarre traite de façon purement électronique. 1972, c'est cette époque où les pionniers de la musique électronique populaire peinent encore à définir un style et à tracer une voie pérenne pour cette musique, qui ne pourra pas rester celle du futur encore très longtemps. Les Dick Hyman, Jean-Jacques Perrey, Gershon & Kingsley ont un peu épuisé tout ce qu'on pouvait faire en combinant un moog et un orchestre de variété classique. La relève se fait attendre. Kraftwerk et compagnie n'ont pas encore franchi le Rhin, et on sent dans ce Deserted Palace entre soundtrack et library, un Jean-Michel Jarre partagé entre entre la composition classique à laquelle il a été formé (le joli contrepoint), l'héritage électro-acoustique (et son passage dans les classes de Schaeffer au GRM de 1968 à 1970 y est pour beaucoup), et la tentation pop de produire l'hymne définitif. Ce morceau annonce à la fois la BO du film Les Granges Brûlées qu'il produira l'année suivante (Delon et Signoret sur fond de Moog et VCS3, ça doit valoir le détour), et un album comme Oxygène, dont la parution en 1976, et le succès qu'on lui connaît, changeront (avec un retentissement et un impact bien supérieurs aux Tangerine Dream ou Klaus Schulze, qui lui avaient pourtant bien préparé le terrain) à jamais la face de la musique électronique populaire. Ce Deserted Palace résonne un peu comme le pendant "demo" du premier mouvement très "classisant" d'Oxygène 5, que nous avons réorchestré et remixé pour l'inauguration des 10 ans de Nuits Sonores.

 

 

ACID WASHED

Leur morceau de JMJ préféré: Oxygène V

 

 

Déjà, premier souvenir de pochette qui fait légèrement "flipper"...

C'est le morceau le plus long de cet album (mes parents m'ont bercé avec celui-ci). L'intro me fait penser à du JS Bach minimal et électronique qui aurait rencontré Walter Carlos au coin de la rue. La fin très Krautrock avec sa rythmique "à la Autobahn de Kraftwerk" est juste imparable. Ce morceau est vraiment le témoin d'une époque. Je le réécoute toujours avec un grand plaisir.

 

 

ETIENNE JAUMET

Son disque de JMJ préféré: Oxygène instruments Explained

 

 

Ce qui me touche le plus chez Jean Mi, c’est son approche du son.

Je sais que ses compositions sont critiquables, mais malgré tout, sa musique a plus compté pour moi comparé à celle de plein d’artistes électroniques importants dans mon éducation musicale. Son statut de précurseur en France, lorsque les premiers instruments électroniques sont apparus, lui a ouvert les voies de la reconnaissance médiatique. C’est donc les premiers sons électroniques que j’ai pu entendre petit...

Et j’aime toujours autant les sons qu’il utilise... Dans la vidéo de sa démonstration que je vous propose, on sent qu’il connaît bien ses instruments et qu’il s’éclate avec. C’est terrible, il possède tout ceux que je rêve un jour d’avoir.... en plus il les a en quadruple!

 

 

TURZI

Son morceau de JMJ préféré: Waiting for Cousteau

 

 

Depuis quelques années Jean Michel Jarre va et vient sur ma platine me fournissant par moment des bouffées d'inspiration et de créativité qui le place en génie et moi en admirateur. Mais il a aussi cette facilité a tout pouvoir détruire en un titre ou un déhanché sur scène… J'aime pourtant tout ses albums car ils témoignent à chaque fois de générations de sons différentes, caractéristiques d'une époque avec cette constance d'arrangements classiques.

Du génie donc, comme du vomi. Ainsi il va et vient, (comme un papa dans une maman) et continue à s'immiscer entre mes enceintes et mes oreilles avec parfois un besoin pressant de revenir sur l'ensemble de sa discographie, armé de patience et surtout plein d'espoir au cas où je serais passé à côté d'un titre.

Puisqu'on se dit tout, je ne vais pas faire l'apologie de ses albums, (le gagnant du moment est Zoolook car j'aime les sons du Fairlight et de l'Emulator qui utilisent des disquettes (floppy disc) grosses comme des vinyles. Mais là encore, on parle d'un disque majeur de sa discographie, décortiqué et honoré par la monde entier, je n'ai rien à dire de plus.

Or, moi ce dont j'ai envie de vous parler, c'est de la petite pièce pas nécessairement rare ou inédite mais l'instant oublié ou mésestimée… Un certain moment où la composition sur-écrite laisserait place à un glissement vers l'interdit, le dark, l'obscur, le mal, la violence. Car ces adjectifs sont comme gommés de ses disques et la grandiloquence de l'arrangement prend souvent le dessus. Où sont ces instants fragiles et dangereux ?

Le silence entre les notes, ces moments simples de respiration sont exactement ce qui me séduit dans la musique en ce moment, je les trouve ô combien plus intéressants que le brouhaha de la grande armée. Et c'est ce simple "rien" que je cherche en vain. En 1990 et le concept n'est plus un gaz, une planète, une révolution, mais la mer. En Attendant Cousteau, ou plutôt waiting for cousteau. J'affirme qu'en ce 27 avril de l'an 2012 c'est bel et bien mon morceau préféré de Jean Michel André Jarre. C'est évident, il est contemplatif à souhait, il correspond à l'idéologie New Age, qui fait son grand retour depuis que les pépitos ont changé de couleur… A propos de quelle couleur sont ils aujourd'hui les pépitos ? Ils sont bleu, comme la mer de Jaques Cousteau, comme celle d'Eric serra, comme notre France en période électorale ! De quelle couleur sont les oreilles sur la pochette : jaune.

Après vingt minutes (de descente vers l'abime, l'abysse) votre corps est enfin prêt à entendre… ce qu’on n’entend pas. Et si votre esprit est suffisamment réceptif, vous découvrirez ces instants cachés, discrets et subliminaux : une cantate, des moines, des choeurs d'enfants, des rires naïfs, le langage incompréhensible des baleines, les criquets des dauphins, le chant des sirènes…

 

 

COSMO VITELLI

Son morceau de JMJ préféré: Christophe - Les Paradis Perdus (Musique de Jean Michel Jarre)

 

 

Il y a tellement de Jean-Michel Jarre que je n'ai jamais su clairement ce qu'il m'inspirait.

Je ne me suis jamais senti très concerné par le Jarre laborantin, transfuge du GRM, et collectionneur de synthés modulaire. Quelques fulgurances, bien sûr, mais pas mal de choses aussi qui ont plus à voir avec la muzak qu'avec Kraftwerk. Et puis il y a tout le folklore, le décorum à l'origine de ce virus endémique des années 80 : "le spectacle son et lumière". Bien sûr, j'aime souvent le compositeur de variété (Hardy, Juvet), de musique de film ou d'illustration sonore, et j'adore le parolier (le Christophe des Mots Bleus). Donc voila, s'il s'agit de sortir un morceau, va pour sa première collaboration avec ce dernier : Les Paradis Perdus. Des synthés (beaucoup, déjà, même si Jarre n'y était pour rien); et ses textes, incarnés par ce qui pourrait bien être le meilleur interprète français des 70's.

 

 

PRINCIPLES OF GEOMETRY

Leur morceau de JMJ préféré: Musique Pour Supermarché

 

 

J'ai connu intimement Jean Michel Jarre au supermarché. C'était au Continent, l'achat gagnant. L'une de mes premières impressions musicales, irradiée par les néons et les barils de lessive qui sentait bon les promesses d'un câlin d'été. Musique pour Supermarché, oeuvre dans l'oeuvre, éditée à un unique exemplaire, adjugée en salle des ventes, et diffusée une seule fois sur RTL, résumera donc mon propos, un peu comme l'évocation de caviar sur les murs pour une promesse de soirée.

Avec la compression cassette de l'enregistrement disponible, ça devient le chant des sirènes. Evidemment, j'aurais pu vous expliquer les diagonalismes abordables entre les yo-yo Russel Sprite et Zoolookologie , ou me contraindre à expliquer les raisons pour lesquelles je fusionne Ethnicolor, d'un frisson totalement brassy. Mais j'ai préféré laisser parler la lumière d'un souvenir pédé, en toute soupleté*.

* Soupleté : conjonction de la souplesse et de la fermeté.

 

Jean Michel Jarre est l'invité de la Red Bull Music Academy le 16 mai à Lyon. Les infos ici. Red Bull Music Academy l'a également rencontré pour parler de ses synthés préférés.