Brodinski se targue d'appartenir à la troisième "French Touch", avez-vous le sentiment de faire partie d'une nouvelle génération de musiciens ?
Bobmo : Je fais partie de rien moi...ou de la deuxième French Touch à la limite.
Surkin : Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire, ce n'est pas quelque chose qu'on choisit, c'est un jugement qu'on porte de l'extérieur.

Votre son est quand même moins pop, se démarque des productions Ed Banger…
Bobmo : La deuxième vague électro est très hétérogène, il y a des productions Rap avec TTC par exemple, c'est super éclectique, ça ne se limite pas à Justice.
Surkin : Je ne suis pas sûr qu'il faille envisager ça en terme de vagues où l'on pourrait ranger les artistes dans la deuxième ou la troisième mouvance. Il y a une scène qui a sa continuité. Ce sont les media et le public qui créent ce truc de troisième French Touch.

Vous avez monté un projet commun, les High Powered Boys, comment vous est venue l'idée?
Bobmo : En fait, on s'est rencontré à l'origine sur le net où l'on parlait musique.
Surkin : Ca vient de nulle part, on s'échangeait des morceaux. Ensuite on a pris ce nom en référence à une pochette du 2Live Crew (Is What You Are) où ils remercient tous les High Powered DJs. On n'est pas vraiment DJ donc on a mis "boys" même si ça fait un peu gay au final.
Bobmo : Non, c'est cool, ça fait dance.

C'est un projet qui vous tient à coeur ou juste un délire entre vous?
Surkin : Ah non, c'est du sérieux, on a notre premier son qui va enfin sortir... On va produire une dizaine de titres.

Vous vous êtes connus avant d'être signés sur Institubes?
Bobmo : Oui, moi je faisais du son dans mon coin, Surkin était déjà un peu en contact avec le label. Il avait son site qui s'appelait Ucreature où il uploadait des mixes. Il faisait exactement le genre de musique que j'écoutais, alors je l'ai contacté, on a échangé nos adresses msn.
Surkin : C'était des mixes Ghetto Tech, un peu Miami Bass.

C'est un truc de nerd en fait?
Surkin : Ouais, c'est ça... Tout s'est développé sur le net de toute façon, les gens sont connus grâce au web. Il y a un esprit geek.

Vous avez le sentiment d'avoir un parcours similaire ?
Bobmo : On a d'abord écouté du rap français puis du hip-hop hyper indé avant de se mettre à la house et à la techno.
Surkin : C'est vrai qu'on a suivi le même schéma...

Ca ne pose pas de problèmes cette proximité ? Vous êtes tous les deux jeunes, vous avez le même background, un son qui peut se recouper...
Surkin : Je crois que nos projets solos sont très différents et se complètent bien. Bobmo produit des sons plus simples, plus durs, un peu turcs ou mexicains. On ne fait pas des trucs super éloignés mais les deux peuvent vivre sans se marcher dessus.
Bobmo : Il a sorti ses trucs bien avant les miens donc il m'aide.

Vous vous entraidez ?
Bobmo : On échange nos ébauches, on se donne des conseils, des avis...
Surkin : Je n'ai pas assez de recul pour lui dire quoi faire mais on discute, on se conseille.

Surkin, tu prépares ton premier album, non?
Surkin : Ouais, il doit sortir en octobre ou en novembre si je le rends à temps...

Comment Institubes s'implique dans votre travail?
Surkin : On est assez libre en fait, si on veut vraiment sortir un morceau ils ne s'y opposent pas. Grâce au label, on a beaucoup de retours sur nos productions.
Bobmo : A la base je devais faire un seul maxi, au final on m'a dit qu'il valait mieux en faire deux... On est un peu guidé.

Est-ce que Teki intervient aussi?
Bobmo : Au début oui, il jouait un vrai rôle. Maintenant, il est un peu trop occupé avec TTC et ses projets solos. Il a quand même son mot à dire à chaque fois.
Surkin : Teki s'implique, mais n'est plus notre interlocuteur privilégié. Enfin je sais que sans lui, je n'aurais pas atterri sur Institubes, c'est à lui que j'ai filé mes premiers morceaux.

Vous êtes un peu obligés de rejoindre tous les groupes Facebook qu'il crée, non?
Bobmo : Je ne comprends rien à Facebook, j'ai une tonne d'applications sur la gauche, je n'y vais plus vraiment...
Surkin : Je trouvais ça cool au début, mais c'est très vite devenu un enfer avec des gens qui t'invitent à utiliser des applications obscures... Je ne me connecte que pour ajouter des amis que je ne connais pas.
Bobmo : Je n'aurais pas du mettre "Bobmo" comme nom en fait...

D'où viennent vos pseudos d'ailleurs?
Surkin : Moi je n'ai pas vraiment choisi, je faisais du tag à treize ans et j'ai mis les lettres que j'arrivais à dessiner ensemble, je me suis retrouvé avec ça sur Internet puis sur mes morceaux... en fait c'est un truc que j'ai vaguement adopté.
Bobmo : Moi c'est salé, ça vient de Bob Morane en fait, mais faut pas trop le dire...
Surkin : Tu aurais mieux fait de fermer ta gueule là...tu vas te trouver en headline de l'article...

Vous échangeriez vos surnoms ?
Surkin : Oui, je vais répondre à toutes les questions de Bobmo : "ah l'bâtard, ah l'bâtard"

Vous avez tous les deux 22 ans : pensez-vous que votre âge a été pénalisant ou au contraire vous a aidés?
Surkin : C'est un atout, les gens sont plus disposés à écouter les trucs d'un mec jeune que d'un mec de cinquante ans, ça serait beaucoup moins sexy. Bobmo ment même sur son âge.
Bobmo : Sur Facebook j'ai mis 1988...je voulais mettre 1989 mais le site est interdit aux mineurs.

Avoir l'âge de son public c'est un avantage?
Bobmo : Oui, c'est évident.
Surkin : Enfin maintenant on est plus vieux que notre audience. Il y a des mecs de seize ans qui sont fans d'Ed Banger...c'est un truc de kids maintenant.

Est-ce que vous allez suivre la tendance et appeler Bastien Lattanzio pour réaliser un clip tecktonik?
Surkin : J'y comprends rien honnêtement, mais je trouve ça complètement fou, c'est un mouvement qui réunit tous les pires éléments possibles et inimaginables, tatouages tribaux, débardeurs à filet, crêtes en gel...
Bobmo : Il y a un côté Barcelone années 90...On pensait que la ceinture à clous c'était mort, mais ils ont réussi un concentré de mauvais goût et ça cartonne.
Surkin : C'est pas une esthétique à laquelle j'accroche. Pour TEPR, c'est vraiment de l'opportunisme surtout que son remix est pas du tout hard style.

On pensait que Bobmo avait un son qui pouvait se prêter à ce genre de danse...
Surkin : Il y a pas mal de vidéos où des gens dansent la tecktonik sur nos morceaux.
Bobmo : J'ai vu une vidéo d'une fille qui danse sur Bobmobile sur tout le morceau, c'est infernal.

Y a-t-il un artiste que vous refuseriez de remixer?
Surkin : Beaucoup pensent que l'on remixe les morceaux qu'on aime. Certes ça arrive, mais la plupart du temps, ce sont les maisons de disque qui te proposent ça pour lancer un artiste, avoir un titre qui passe en club.
Bobmo : Ouais , j'ai remixé un truc de Jape dernièrement sans en avoir jamais entendu parler, je ne sais même pas si c'est un groupe ou un mec seul...je sais juste qu'il est irlandais... Scénario Rock je les avais remixés sans vraiment les connaître non plus.
Surkin : J'ai déjà du mal à finir mon album alors même si j'aime un morceau, je ne vais pas me rajouter du travail.

Qu'appréciez-vous dans les productions l'un de l'autre?
Surkin : Moi j'aime pas la musique de Bobmo... Personne d'ailleurs.
Bobmo : J'aime pas non plus sa musique.

++ www.myspace.com/surkin
++ myspace.com/bobmo
++ www.institubes.com

Par Elise & Jean-Benoit // Collage: Lia Rochas-Paris // Photos: Sarah Liisborg.