Lana Del Rey ( 25 ans, Lizzie Grant à l’état civil) a bien du mérite, elle déchaîne plus de passions que Mylène Farmer et Lady Gaga réunies et pourtant elle n’est pas transgenre.


Après une enfance paisible et gâtée par papa, un magnat de l’immobilier, près de Lake Placid dans l’état de New York, la jeune Lizzie décide de se lancer dans la chanson en écumant tous les pianos-bars de New York et finit par sortir un premier album qui connaît  un échec cuisant en 2009.


Aujourd’hui, pour certains, Lana del Rey représente le Diable en personne et ce, pour trois raisons : elle a choisi d’opter pour un nouveau nom, elle est visiblement passée sur le billard et, ô malheur, elle a signé sur une major.


Il est vrai que Lana a une bouche assez proéminente (so what ?), qu’elle minaude et qu’elle n’adopte pas la pause indé de rigueur, autrement appelée la « pause Activia » tant Anna Calvi a l’air tendue (ça doit manifestement provoquer des complications gastriques que d’être la PJ Harvey du pauvre). Mais voilà, le problème, si c’en est un, c’est que Lana fait de la putain de bonne musique. Alors pourquoi cet acharnement ?


Video Games et Blue Jeans sont deux morceaux tellement évidents qu’ils en deviennent bouleversants. Si ses chansons, pathos, grandioses, épiques, romantiques ne parlent pas aux ayatollahs de l’indie qui tournent de l’œil dès qu’un refrain est trop catchy ou lorsque un « artiste » (de préférence barbu avec une guitare à trois cordes, ou alors une putafrange) vend ses albums au-delà de la sphère familiale, elles ont en tous cas su toucher les amoureux de l’amour et les amoureux de la pop, cette musique qui a le culot de vouloir toucher le plus grand nombre de gens avec des mots et des notes d’une simplicité déconcertante.

 


Mais, au fait,  pourquoi Lavinia faisait-elle autant la misère à Princesse Sarah ? Mais parce qu’elle était jalouse pardi. On comprend mieux pourquoi Christopher Owens, le chanteur de Girls, mais aussi la plus grande pleureuse indie depuis Cat Power, a tapé un scandale parce que Lana Del Rey fut invitée sur le prestigieux plateau de Jools Holland et pas lui. Mais mec, lave-toi les cheveux, écris un chef-d’œuvre et on reparlera peut- être plus tard.


Hollywood Sadcore


Lana se définit elle-même comme une lolita un peu trash, une "Gangsta Nancy Sinatra" et c’est bien dans ce registre là qu’on la découvre sur la terrasse du Mama Shelter pour notre interview. Coiffée de bigoudis et vêtue d’un petit peignoir, elle fait penser à une starlette sur le retour qui donnerait une interview au bord de la piscine de sa villa sise au milieu du désert Californien, lunettes noires sur le nez et un verre de whisky à la main.


Il n’en est pourtant rien, Lana se prépare juste pour le tournage de son clip qui aura lieu le soir même dans un château de la banlieue de Paris. Pour son nouveau single Born2Die elle a en effet choisi d’abandonner l’esthétique DIY pour s’entourer des talents de Yoann « Woodkid » Lemoine qui a déjà officié pour Yelle, Katy Perry et Mystery Jets, entre autres.



Relooking extrême et Kabale


Depuis son apparition sur la toile cet été avec le clip de Video Games, nourri en grande partie d’images d’archives, de vidéos en Super 8 et de duckface, Lana Del Rey dérange et le nombre de ses détracteurs est exponentiel (le label DFA en tête). « Pourquoi sort-elle ce clip  homemade  si une major et des gros sous sont derrière tout ça ? » se demandent les haters, toujours suspicieux.


Quand on lui en parle elle n’a pourtant pas l’air d’être un robot marqueté par une maison de disques tant ses yeux de biche se font humides et sa voix chevrotante :


« On a voulu me classer comme une artiste indie parce qu’il y a une vibe un peu dark rattachée à ma musique et on dit aussi que je suis passée de l’indie au mainstream de façon totalement réfléchie mais la raison à cela est toute simple : c’est parce que les gens ont aimé Video Games. Une musique devient pop à partir du moment où elle devient populaire. Je peux comprendre que ça puisse étonner certaines personnes que cela m’arrive à moi et pas à quelqu’un d’autre, moi-même ça m’étonne. Tu sais je suis signée sur une major, mais je suis encore en charge de tout, la musique comme l’image. J'ai imposé Yoann « Woodkid » Lemoine pour la réalisation de mon nouveau clip Born2Die, c’est moi qui choisit tout.


Je ne suis pas devenue une autre personne comme les gens aiment à le dire, je n’ai pas adopté de personnage, je ne suis pas la création d’une maison de disques. Je voulais prendre ce nom depuis longtemps, mais mon premier album n’ayant pas marché, je me suis dit que c’était l’occasion. Je voulais un nom cinématographique, qui claque mais qui soit en même temps joli et doux. Il n’y aucune idée de « réinvention » derrière tout ça, je n’ai pas à me réinventer, j’ai toujours pensé que ce que je faisais était bien, même quand personne n’écoutait. Je suis la même personne, je vois les mêmes gens, je fais la même musique, j’écoute la même musique.


Je ne sais pas trop pourquoi les gens font une fixette sur mon apparence. Ok je cultive un certain look, mais comme tu le vois dans la  vie  je suis normale. Je suis déçue qu’on ne parle que de ça car pour moi ma musique parle d’elle-même, je la trouve bonne. A vrai dire je ne m’attendais à ce qu’on ne parle de rien. Mon premier album n’ayant pas marché, je n’avais aucune attente ou aucun espoir particulier quand j’ai posté cette vidéo sur Youtube cet été. »

 

Quand Lana del Rey s'appelait encore Lizzie "sans les lèvres" Grant



Inspirations


Si ses paroles transies d’amour et ses arrangements dignes des Bandes Originales des plus grands péplums hollywoodiens peuvent donner envie aux plus sensibles de pleurer comme un bichon, c’est pourtant le bonheur et Eminem qui sont ses références principales :


« Ma plus grande inspiration reste ma vie, mon vécu. J’ai connu plein de choses en très peu de temps, et ça n’a pas toujours été facile. Mon influence principale est l’amour, c’est une émotion tellement différente des autres, ça te prend au cœur et au corps, ça a un impact indéniable sur ma musique. Même si la mélancolie est très présente dans mes morceaux, je les écris quand je suis heureuse, sinon je n’y arrive pas. Je ne peux rien faire quand je suis en souffrance, je suis dans un état second et je ne suis bonne à rien.


Eminem m’a beaucoup inspiré dans le sens où il met tellement bien sa vie en scène et en musique. Ses rimes sont tellement intelligentes et percutantes qu’il m’influence dans ma manière d’écrire. »



Vaness' Del Rey


La rédaction de Brain Magazine est fan de Vaness' la Bomba devant l’Eternel, et depuis sa réapparition récente en tant que Vaness Del Rey, l’amour n’a fait que grandir.

 

En toute logique nous avons donc demandé à Lana si elle avait vu la vidéo gentiment parodique de l’amie :


« - Lana (apeurée) : Non je ne l’ai pas vue, c’est drôle ? Elle fait quoi ? Elle se moque de moi ?

Brain : Non, disons qu’à la place de mettre des images de Red Carpet  dans son clip, elle filme des pigeons au ralenti dans le métro parisien, et puis elle pose comme toi, mais votre look est relativement différent…


-Lana (hyper fébrile, les larmes aux yeux) : Ah ça va, si tu me dis que c’est drôle, tu me rassures un peu, j’ai eu peur. Tu sais ce n’est pas facile d’entendre et de voir des gens se moquer de moi. Je ne sais pas comment gérer tout ça. »


Indeed !

 

 

Le rapport à la célébrité et aux médias


Son look et le choix de son pseudo démontrent que Lana a voulu construire un mythe, ou du moins un mystère, autour de sa personne, mais les codes de la célébrité semblent déjà lui échapper et surtout l’effrayer :


« Je ne sais pas de quoi le futur sera fait, aujourd'hui ma vie est radicalement différente de celle que je menais il y a trois mois, et j’essaie de ne pas trop prendre en compte les mauvaises langues ou même la bonne presse, sinon ça va me bouffer. Ma préoccupation principale est de finir cet album car c’est ce qui compte le plus actuellement pour moi. Mon idéal reste quand même de mener une vie simple et d’être disponible pour ma famille et mes amis. Je n’aime pas cette médiatisation, être connue implique trop de complications. Je me demande si je ne vais pas finir cet album et passer à autre chose. »

 

 

Sarah Dahan.