TACTEEL

Para One : Tacteel alias Jérôme Echenoz travaillait avec ATK fin des années 90 début des années 2000, c'est là où je l'ai rencontré parce que je travaillais avec des gens d'ATK. Nous avons vraiment commencé à squatter ensemble autour de l'émission Grec Frites qu'animait Teki Latex, qui nous a tous rassemblés à l'époque : Klub des Losers, TTC, certaines personnes d'ATK, devenu L'Atelier. On s'est retrouvé à chanter les mêmes paroles de rap chez moi lors des « Para Sessions », des sessions de mix et de freestyle. On se rendait compte qu'on aimait la même musique. On a commencé à acheter des disques ensemble, à se balader dans Paris, à squatter en studio, puis naturellement à faire de la musique ensemble. Pour TTC, on faisait chacun nos sons, et simultanément nous avons monté FuckALoop, un projet d'expérimentation pure. Allumer des machines, voir ce qui se passe et enregistrer en temps réel, toujours en live. Nous avions tous les deux besoin de nous libérer du carcan de la prod rap français d'où nous venions et de découvrir ensemble des choses, comme Autechre, par exemple. Nous avons fait tous les deux la même bascule rap - rap électronique - musique électronique.



Vous avez toujours bossé ensemble sous une forme ou sous une autre ?
Para One : Au moment où j'ai sorti mon album solo, nous avons fait un peu chacun notre route. J'étais en tournée tout le temps. Lui était sur son album aussi. On s'est retrouvé il y a un an et demi, en studio à nouveau, en se disant « essayons de faire des trucs ». On a fait une sorte de deuxième génération de musique ensemble.

Ça a été facile ?
Para One : Extrêmement facile. Justement, c'était un test. On se disait « si ça se trouve, nous ne sommes plus sur la même planète ». Le set-up de mon studio est assez pratique, il nous permettait de faire la même chose qu'avant mais avec plus de contrôle, en réfléchissant mieux. Au bout de la première journée, nous nous sommes dit que c'était fabuleux et qu'il fallait continuer à tout prix. Nous avons décidé de signer « Para One & Tacteel » pour faire plus simple et parce que FuckALoop était un projet fini, c'était de l'enregistrement one-shot. Maintenant, nous sommes dans des formats pop, des chansons même instrumentales, des morceaux plus écrits. En live, FuckALoop, c'était du copier-coller fait en deux secondes. Là, on a envie de plus de maturité, de faire remonter toutes nos influences, au delà des dix dernières années.

Qu'est-ce que lui fait bien et que tu fais moins bien et vice versa ?
Para One : Jérôme sait un peu plus ce qu'il fait quand il le fait. J'avance plus à tâtons. Je produis de la matière sans vraiment comprendre ce qui se passe alors que lui voit tout de suite où il veut emmener le truc. Par exemple, si on enregistre une ligne de synthé qui comporte des moments magiques, il est capable de capter quels sont ces moments magiques, les transformer en morceau, structurer le temps. Moi je vois toujours des sortes de tunnels infinis de musique possible. Sur le reste, nous sommes tous les deux capables de nous servir d'un sampler, d'une boîte à rythmes, de platines.

Des projets de sorties ?
Para One : Il y a un EP sur Fool's Gold qui vient de sortir. Il comprend la musique du film Tomboy et tous les morceaux que nous avons faits cette année et qui ne sont pas des remixes.

 


TEKI LATEX

Para One : Comme Tacteel, c'est une amitié très forte qui a transformé ma vie. J'ai rencontré Tekila quand je faisais des mixtapes qui s'appelaient Quality Street, hip-hop reggae ragga, traditionnelles mais on se targuait d'amener un truc frais. On a fait une interview commune. Un pote qui faisait les mixtapes avec moi venait de me faire écouter Game Over 99. Tout le monde dans le milieu traditionnel rap avait trouvé ça trop bizarre. Moi je trouvais ça ultra mortel et j'étais fan des prods de Flash, le producteur officiel de TTC à l'époque. Quand j'ai rencontré TTC, j'étais en transe, ils avaient signé chez Ninja Tune en plus, j'ai tout de suite cherché à squatter avec eux. Tekila était hyper impressionnant, addictif, il a une façon de penser, d'appréhender les choses, qui est tellement à contre-pied, rafraîchissante et tout le temps étonnante. Quand tu deviens son ami, tu deviens drogué à son avis. C'est intellectuellement très stimulant. Nous étions voisins, on a commencé à faire des tracks ensemble, un morceau pour les Svinkels, je leur ai fait écouter mes sons bizarres pour des courts-métrages hors cadre rap. Cuizinier et lui m'ont dit tout de suite « c'est ça qu'on veut écouter, pas des sons de rap normal, on s'en branle ». A l'époque, j'étais un peu un faiseur, j'étais bon techniquement mais ça n'avait pas beaucoup d'intérêt. Tekila m'a motivé à trouver mon propre style et ça a été déterminant. Pour le premier album de TTC, nous nous sommes super lâchés. On a mixé cinq morceaux et j'en ai produit un. Au fil des années, on se voyait tous les jours, on sortait ensemble en club, on a eu des débats permanents sur la musique.



Il a gardé son rôle de moteur artistique ?
Para One : Oui et c'est un dialogue très riche. A certains moments, on était en osmose totale, à d'autres, c'était lui qui menait la danse, à d'autres peut-être plus moi qui amenais des nouvelles idées. Et parfois, nous n'étions plus d'accord, par exemple après la sortie de son album. Il voulait s'inclure dans un circuit pop qui pour moi n'était déjà plus viable. J'étais persuadé que ça ne nous correspondait pas complètement. Nous étions un groupe chelou et nous allions forcément perdre quelque chose en passant dans un goulot grosse maison de disques, télévision, etc. J'ai donc eu une période où j'ai préféré concevoir mes idées tout seul, et nous nous sommes retrouvés rapidement.

Parce que lui a fait le chemin inverse ?
Para One : Nous avons tous les deux fait du chemin mais son grand talent à lui est de changer d'avis tout le temps. Tout est dans ses contradictions.

Et toi, le circuit pop, ce n'est définitivement pas ton truc ?
Para One : Je trouve ça trop douloureux de changer ta musique pour plaire, de trouver le dénominateur commun le plus faible. Si un tube sort de mes machines du jour au lendemain, je serai ravi de cartonner. Mais aller fabriquer quelque chose qui soit en adéquation avec ce que demande une major, non. D'autant que les majors ne veulent plus investir, ne veulent que des choses safe. L'absence de prise de risques ne m'intéresse pas. J'ai besoin de contre-pied. Mais je ne suis pas du tout contre le mainstream. Dans un pays où c'est possible, comme les Etats-Unis avec le R'n'B, oui, mais dans un système sclérosé comme en France, avec une radio qui prend zéro risque, non. On l'a vu avec Alizée aussi, d'une certaine façon. J'ai trouvé l'album super réussi, mais même en prenant une icône comme Alizée, si tu ramènes des choix radicaux, ça ne marche pas.

Pour toi, l'album d'Alizée, c'était trop d'efforts pour rien ?
Para One : Non, je trouvais que le projet était très intéressant, comme l'album de Tekila, d'ailleurs. Mais la façon dont on markète le truc est trop compliquée à gérer, je n'arrive pas à me projeter là-dedans.

Slice & Soda, ton projet avec San Serac, c'est très différent de ça ? C'est une démarche d'album pop, non ?
Para One : Oui, c'est un album pop, moi j'adore le mainstream, la pop actuelle comme passée, d'ailleurs. Les tracks sont venus très naturellement. S'ils sont frais et légers, c'est parce que j'étais frais et léger à ce moment-là. On n'a pas calibré les morceaux en demandant l'avis d'un DA. On se disait « de toute façon, on ne passera vraisemblablement pas en radio ». Finalement on passe un peu en radio.
 

Download (lire la critique Brain ici)

Puisqu'on parle de pop, Institubes a connu une forme de succès populaire, un gros buzz, pas au sens marketing mais au sens affectif. Qu'est-ce que tu retiens de cette période ?
Para One : On a découvert le degré de ce côté affectif quand Institubes est mort. On était triste même si on voyait arriver cette fin depuis longtemps. On était soulagés, comme lorsque quelqu'un de très malade meurt. Pour nous, Institubes était une continuité de TTC. Il s'agissait d'étendre l'esprit de TTC à toutes sortes de musiques. C'est resté très familial. C'était une grande bande de potes, donc forcément ce sont des souvenirs très forts. Nous avons fait tous les choix à l'affect même si c'était aussi pour l'amour de la musique et des idées. Il y a eu plein d'étapes, plusieurs changements de forme. A la fin, c'était trop lourd, il y avait trop d'artistes. C'était bien d'avoir de l'ambition mais on ne pouvait pas étendre notre spectre à l'infini sans être très solide financièrement.

Est-ce que tu as l'impression d'avoir représenté quelque chose à un moment de l'histoire de l'électro française et de l'électro en général ?
Para One : Peut-être un peu, mais si j'ai pu représenter quelque chose c'est en tant que partie d'une équipe. Le moment où ça a percé, il y avait vraiment un effet d'équipe, pas seulement avec Institubes mais aussi avec Ed Banger, etc. Au moins à l'époque où on a commencé Institubes. Après ça a changé parce qu'Ed Banger avait un son très typé, qui a pu être excitant et fatiguant alternativement. Pour ce qui me concerne personnellement, on comptera les points plus tard.

Pour toi, ce n'est pas le moment ?
Para One : On peut compter les points sur la période Institubes, si. Je me rends compte que j'ai pu avoir une influence mais je n'ai pas un recul énorme et je suis en constante évolution, je ne peux pas me retourner tout de suite, j'ai encore énormément à apporter.



Il y a eu Sound Pellegrino ; est-ce un modèle que Marble (label créé par Para One, Surkin et Bobmo après la fin d'Institubes, NDLR) a suivi ?
Para One : Oui, totalement. Le point de départ a été de se dire « faisons un label cousin de Sound Pellegrino ». On leur a dit, ils nous supportent à fond, ils participent, Tekila a fait un morceau avec moi… Nous n'avons pas les mêmes choix dans les sons même si ça se complète.

L'ambition, c'est de se débarrasser de toutes les lourdeurs que peut avoir un label de l'ambition d'Institubes ?
Para One : Oui, c'est prendre le contre-pied d'Institubes. On a envie que ce soit plus léger, plus rapide, plus adapté au digital, et le business plan, c'est de ne pas compter sur les ventes de musique, et c'est assez nouveau. Institubes souffrait de ramer à contre-courant, cherchait à monter des projets ambitieux type eighties, avec de la production, des idées visuelles envahissantes. On a aussi voulu recentrer sur de la musique club et s'adapter au rythme du circuit club. Surkin et Bobmo qui sont avec moi, sont plus jeunes que moi et n'ont pas envie de faire partie de l'ancienne génération. Surkin n'a pas encore sorti son album, il va le faire. Ils sont au taquet au niveau inspiration et on a envie que ça reflète ça.

Et il y avait du conflit chez Institubes lorsque Marble n'existait pas encore ?
Para One : Non, c'était juste chiant parce qu'il y avait des projets qu'on ne pouvait pas sortir. Ceux qui dirigeaient Institubes étaient dans une position compliquée : il n'y avait pas les finances et il fallait maintenir le bateau à flot. Du conflit, non, mais de la frustration chez les artistes. On avait envie de rebondir, d'envoyer un signal fort de vie.

Est-ce que c'est important pour toi que TTC continue de travailler ensemble d'une manière ou d'une autre ?
Para One : TTC, c'est fondateur pour nous, c'est un peu la matrice. Même Surkin on l'a connu par un remix qu'il a fait pour nous. On nous demande toujours si on va relancer TTC, mais pour moi ce n'est jamais vraiment mort. Je vais voir Cuizinier demain, par exemple, on va faire des tracks ensemble.
 

 
CHRIS MARKER

Para One : Chris Marker est un cinéaste qui a commencé à travailler je ne sais plus à quelle période, il avait travaillé avec Resnais sur Nuit et Brouillard me semble-t-il. Il voyageait beaucoup parce qu'il avait une mission pour l'Unesco, quelque chose comme ça, et il avait commencé à faire des carnets de voyage, des courts-métrages passionnants que j'ai découverts vers 1996-1997. J'ai d'abord découvert son long-métrage Sans Soleil qui m'a complètement bouleversé. On peut dire qu'il y avait Godard dans la lumière et Marker dans l'ombre mais qu'ils ont pas mal dialogué à travers leurs films. Marker était très caché, ne répondait pas aux interviews. C'est pour ça que ça me met presque mal à l'aise de le mettre dans la lumière, d'avoir autant officialisé que c'était mon directeur de fin d'études à la Femis par exemple. Je lui avais fait voir certains de mes films, nous nous étions écrit à propos de cinéma. J'avais donc cette passion pour ce cinéaste. Parmi d'autres, bien sûr, mais c'était un modèle pour pas mal de gens de ma génération. Et quand Lionel de Sixpack a su ça, lui qui était ancien projectionniste et très fan de La Jetée, il m'a demandé de faire un film autour de Chris Marker. It Was on Earth that I Knew Joy est né de ça. Il voulait que je fasse un film sur Marker, j'ai dit « hors de question » mais j'avais un film en tête qui n'était pas éloigné de l'univers de Marker, avec des thèmes en commun.

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Tu ambitionnes d'être un cinéaste expérimental méconnu comme Marker ou tu envisages autre chose ?
Para One : Pour moi, It Was on Earth était une démarche très expérimentale puisque c'était un journal intime transformé en science fiction, avec l'idée que rien ne devait être filmé qui n'ait été filmé « naturellement », mais l'idée était aussi de faire une histoire qui puisse toucher tout le monde, de le diffuser sur internet et de le faire voir au plus de monde possible. J'adore les systèmes excitants, comme par exemple couper le son des images et mettre d'autres sons, c'est stimulant intellectuellement, mais le but est aussi de faire du sens, du récit. Sinon, je m'intéresserais beaucoup plus au clip, à la pub. Il y a des gens très forts pour ça, qui déploient des trésors technologiques. Moi c'est toujours bricolé très cheap. J'aime bien faire des films sans avoir de compte à rendre à personne, sans argent, avec des amis. Si après, j'arrive à faire comme Alain Cavalier qui tourne un film dans une pièce avec deux personnes, et qui va à Cannes, je serai très heureux.

Il y a quand même un problème d'échelle…
Para One : Oui, mais c'est comme pour la musique. Franchir un cap et retenir l'attention de médias plus importants, ça implique soit d'avoir une idée de génie, qui tient la route et que tu arrives à faire dans l'inspiration et la vitesse, comme Céline Sciamma avec Tomboy par exemple, soit de rentrer dans le système, et c'est un sacerdoce. Écrire des versions de scénarios, tenter le CNC, trouver des acteurs, bankable si possible… C'est un chemin que je ne suis pas prêt à faire. Ça m'épuise d'avance. Je sens que je vais en souffrir de la même façon que je souffrais de faire des versions Skyrock de TTC. L'intérêt de TTC est aussi dans le fait que c'est un peu trop chelou pour passer sur Skyrock. Je me rends compte que je suis malgré moi plus naturellement expérimental que ce que je crois. Pourtant j'adore les blockbusters et les grandes fresques. Si demain, je me retrouve avec un film expérimental qui est acheté, financé et qui cartonne, ce sera toujours le même hasard qui nous avait fait exploser avec Institubes à l'époque. Ca doit toujours partir de la démarche la plus sincère possible sinon je ne m'y retrouve pas du tout.
 

CELINE SCIAMMA
(Réalisatrice des films Naissance des Pieuvres et Tomboy dont Para One a (co-)composé la bande-originale, NDLR)

Para One : Tu cites des gens très proches. A la Femis, elle était en scénario, moi en réalisation. C'était écrit d'avance qu'on devait bosser ensemble mais on a mis un peu de temps à le faire. Dès qu'on s'est connu, on s'est plus lâché. On a bossé sur mes courts-métrages, sur ses films via la musique. Et ça dépasse le cadre du boulot, on se voit tout le temps.

Il y a une connexion entre vous sur le cinéma ? Tu aimes ses films ?
Para One : Oui, carrément. Après, c'est dur de faire la part des choses. J'ai été bouleversé à chacun de ses films en salle de montage mais c'est aussi parce que c'est mon amie, que je vois que le film est abouti, qu'elle a dit ce qu'elle avait à dire et que ça me touche. Mais je recommande aussi ses films chaudement en tant que cinéphile. Et ce n'est pas un hasard, nous avons eu les mêmes obsessions.



Si on compare les films de Céline Sciamma et les chansons de TTC, les approches sur les filles et les garçons sont très différentes. Est-ce que ça correspond à des personnalités et des milieux différents ? Et comment tu te retrouves entre ces deux milieux ?
Para One : Pour TTC, ce n'est pas moi qui ai écrit les textes. Et ce sont des gens qui sont par ailleurs amis, Céline, Tekila ou Gonzales. Moi, ça me fait marrer, tant de richesse de perception, de richesse de points de vue, de richesse émotionnelle autour de moi. Je suis ravi d'être au carrefour de tant de créativités différentes. Céline a sa sensibilité évidemment féminine, et elle dit des choses très secrètes dans ses films. Et TTC, c'est un exutoire, les paroles sont de l'ordre de la fiction, du fantasme, du délire. Ce n'est pas parce qu'ils ont écrit Girlfriend qu'ils étaient sans arrêt en train de violer les meufs dans la rue et de leur faire faire la chenille.

On pourrait même avoir une interprétation « expression sur le genre » de ce type de chansons.
Para One : Je ne peux pas te citer de conversation précise, mais ça dialogue là-dessus sans problème entre eux. Céline m'a fait découvrir toute une pensée sur le genre qui m'a passionné. Et comme Tekila, elle a changé ma vie sur le plan intellectuel. Elle est d'une intelligence fulgurante. Elle et Tekila amènent des idées tellement fortes, tellement personnelles, avec un background solide. Céline en dit plus dans ses films que ce que les journalistes en disent, avec pas mal de violence même s'il y a de la douceur dans la façon de filmer.



Est-ce que tu as pensé que sortir la BO de Naissance des Pieuvres était une opportunité de montrer un autre visage de ta musique ?
Para One : C'était plutôt au service du film. Il fallait que je sois le plus généreux possible avec Céline pour lui donner des choses qui s'incluent dans son film. Mais en écoutant le résultat d'une traite au moment du mastering, je me suis rendu compte que c'était peut-être l'objet dont j'étais le plus fier. Peut-être que justement le fait d'être au service d'une émotion qui n'est pas la tienne te fait dire des choses encore plus fortes.


MR OIZO

Je ne pense pas qu'il soit très proche de toi contrairement aux autres personnes citées.
Para One: Non, beaucoup moins, mais de qui est-il proche vraiment ? Mais on se connaît, on a déjà bu des cafés ensemble.

Je te parle de lui, juste pour ce truc « messieurs de l'électro française qui font du ciné ». Comment tu vois sa façon de faire les deux comparée à ta façon à toi ?
Para One : On a un point commun, c'est de faire comme s'il n'y avait pas eu d'histoire de la musique que l'on fait ou du cinéma qu'on veut faire. On avait eu cette discussion, on était d'accord là dessus. C'est comme si on trouvait une caméra un matin et qu'on faisait un film de façon empirique. Les conclusions qu'on en tire et les choses qu'on fait sont extrêmement différentes. Il a un ton en tant qu'artiste qui est très signé. C'est un caractère très fort, il fait des choses intéressantes ou crispantes, ça dépend des moments ; moi ça m'a alternativement intéressé et crispé. Il aime beaucoup le cynisme, avec tout ce que ça a d'horripilant. Je suis plus premier degré, avec tout ce que ça a d'horripilant aussi. Sans doute qu'on s'admire ou qu'on s'horripile mutuellement. Il est très intelligent mais il est un peu fabriqué à l'envers. Il donne l'impression d'un chien qu'il faut taper et caresser en même temps pour qu'il devienne ton ami. Moi, ça m'épuise d'avoir des rapports comme ça. Il y a une telle quantité de névroses, qui se transcrivent directement dans ce qu'il fait d'ailleurs. Chez moi aussi, il y a des névroses bien sûr, mais pas du tout les mêmes. En tout cas, Oizo et TTC, surtout Tekilatex, sont passés par tous les états de clash. C'est normal avec des personnalités aussi fortes.

Ses névroses, en tout cas son ton, son caractère, se retranscrivent de la même façon dans ses films et sa musique. Chez toi, musique et cinéma ne semblent pas suivre la même logique.
Para One : Oui, c'est comme la différence entre avoir faim et avoir des ambitions spirituelles. Les films, c'est un processus long par lequel je cherche à dire des choses. La musique, je la fais dans l'urgence. À terme, c'est amené à se rejoindre. Une cohérence va se faire entre les deux. D'ailleurs, dans It Was On Earth, c'est un peu le cas. Alors qu'à l'époque de la Femis, entre le rap et mes films, j'avais l'impression d'être schizophrène. C'est peut-être ma quête, et il y a moyen que ça prenne du temps.

Tu n'as pas l'impression d'être bouffé par la musique ?
Para One : Si, bien sûr. Mais j'ai aussi cette impression pour le cinéma. Et ce n'est pas du temps perdu. Dans le cinéma, je suis encore jeune, il faut grandir.

Quels sont tes projets dans le ciné ?
Para One : J'ai un projet de long-métrage que je traîne comme une arlésienne. J'ai fait beaucoup de musique, cette année. Le film, je le laisse mûrir. Ça me réussit mieux de laisser les choses venir.


MATTHIEU DE LAUBIER

C'est ton frère chanteur lyrique…
Para One : Il y a beaucoup de gens qui s'intéressent à la musique dans ma famille : un frère fait de la batterie, un autre de la guitare, un autre est chanteur, tout le monde joue du piano… Nous sommes sous une double influence rock et classique. Et ce sont mes soeurs qui m'ont fait découvrir le rap.

Tu as déjà travaillé avec des gens du classique, n'est-ce pas ?
Para One : Oui, avec la chef d'orchestre Laurence Equilbey qui avait déjà bossé avec mon frère. Je trouvais ça cool de recoller les morceaux avec mon héritage baroque. Influence qui se retrouve d'ailleurs d'une certaine façon dans l'écriture de mes morceaux. Dans l'usage du contrepoint par exemple.

As-tu l'impression d'être considéré comme un musicien sérieux ?
Para One : Ce n'est pas encore le moment du vrai comptage de points. J'ai participé à des projets qui ont explosé (TTC ou Birdy Nam Nam dont je produis l'album qui sort à la rentrée) mais ça reste une chapelle.
Être reconnu ou pas comme un musicien sérieux, je m'en fous, mais je prends la musique au sérieux. Ceux qui me suivent savent reconnaître quelque chose. Il y a des mélodies à la Para One. Et l'harmonie en dit long sur celui qui a composé, c'est peut-être ce qui me distingue le plus.



Tu es trentenaire, est-ce que c'est différent par rapport à tes années 2000 plutôt frénétiques ?
Para One : Il y a une forme de calme très agréable mais cette année, j'ai l'impression d'avoir retrouvé plus de fougue. Il y a des vagues, avec des périodes de rush. Là, le calme, ça signifie moins de lutte pour la survie, moins de guerre des ego.

Tu as un deuxième album solo en préparation ? Pourquoi c'est important, un album solo ?
Para One : J'en suis au sixième ou septième album si on compte tout ce que j'ai fait. Après le premier album, j'avais quelque chose en tête mais c'est devenu autre chose. Un nouvel album me permettra de reprendre un fil laissé avec le premier et le développer. Ce n'est pas indispensable dans l'absolu mais à force de collaborer, j'ai besoin de poser mes valises.

Est-ce qu'il y a des choses dans ton parcours qui ont foiré ?
Para One : Pas des longs projets. Certains essais ont été à côté de la plaque, par exemple des remixes. J'assume toutes les périodes. Il y a un parcours qui se dessine sur le long terme. Il y a des malentendus, comme le troisième album de TTC qui est sorti trop tard. Il a été perçu comme moins bien alors que j'étais très fier de certaines prods. Mais comme il n'y a pas eu d'explosion phénoménale, il n'y a pas eu de phénomène de rejet. C'est très confortable d'être au top de l'underground plutôt qu'à la queue de la pop.

Tu produis Birdy Nam Nam. Producteur de groupe, c'est un job qui te plaît ?
Para One : Oui, je suis très fier de leur album. C'est une belle expérience, et producteur, c'est une position qui m'intéresse vachement. J'aimerais bien produire le prochain MGMT (rires). Ou alors un groupe de petits jeunes plein d'idées et sans expérience. Avec Tekila, on se dit qu'on pourrait produire à deux, lui sur la partie vocale, moi sur la musique.
 
 
Crame // Photo: Marco Dos Santos.