Bewitched Hands, Brodinski, The Shoes, toi...… Vous avez Reims en commun. Est-ce une lubie de journaliste de considérer qu'une scène se fomente passé trois groupes ou, au-delà de la production de champagne, la pop/l'électro serait bel et bien en train de devenir une spécialité locale ?
Yuksek : Je sais pas trop. J'ai pas trop de réponse à cette question. Je sais qu'en tout cas hormis dans notre groupe d'amis - puisque dans tous les groupes que tu as cités, nous sommes proches, voire très proches - il n'y a rien de nouveau et de très excitant qui vient de chez nous…. Et puis une scène, je sais pas, parce qu'on ne fait pas spécialement la même chose. Bien que nous soyons très proches. Par exemple, les Bewitched apprécient la musique électronique et moi, en tant que producteur électronique, j'aime beaucoup ce qu'ils font. On a des gouts qui se recoupent même si on ne fait pas forcément la même chose. Une scène, je sais pas, ça me laisse un peu perplexe….

D'ailleurs, tu as choisi d'enregistrer là-bas. S'éloigner de Paris… ?
Yuksek : Je me suis pas éloigné de Paris dans la mesure où je m'en suis jamais rapproché.…

Tu habites toujours à Reims ?
Yuksek : J'ai toujours eu mon studio là. Avant, j'avais plutôt une espèce de boite à chaussures au fond d'une cave, aujourd'hui j'ai un vrai studio mais toujours à Reims. Et donc, j'ai toujours tout enregistré là-bas.

Tu sens que ça t'a apporté quelque chose d'être là-bas pour l'enregistrer ?
Yuksek : Déjà je ne pense pas qu'ailleurs j'aurais eu la place que j'ai ici, qui me permette d'avoir en permanence toute ma collection de claviers branchés, une batterie avec tous les micros, des guitares, d'être complètement autonome…. Bref, j'ai un vrai studio d'enregistrement dans 70 mètres carrés, chose que je n'aurais jamais eue à Paris. Sauf si j'avais fait comme Joakim, ou des mecs qui ont investi des fortunes là-dedans, qui ont revendu leur appartement pour acheter ça.

Tu finis par vivre dedans….
Yuksek : Exactement. Sauf que là c'est pas du tout chez moi, ça me coûte rien, c'est vraiment une autre hygiène. Et puis moi, je ne suis pas du tout dans le trip Province Vs. Paris… J'ai besoin d'être hors du tumulte, de l'oeil du cyclone. Savoir ce que tout le monde fait, ça ne m'intéresse pas, en plus je sors assez peu.…

Ha oui ?
Yuksek : Je sors quand je joue, quoi.

Yuksek est un casanier ? Il serait légitime d'avoir la vision d'un homme de nuit, peut être même mondain...
Yuksek : Non pas du tout. Je suis pas du tout quelqu'un de réseau, non plus… Tous les réseaux que j'ai faits, ce sont des réseaux de travail.… J'ai des amis, c'est Brodinski, c'est The Shoes…...

Tu marches en famille, quoi ?
Yuksek : Oui. Il y a des gens avec qui je travaille qui eux me font profiter de leur réseau professionnel. Mais pas d'un réseau d'influence mondain. C'est ce qui fait, je pense, que j'ai jamais été… hype. Ce qui est cool, moi ça me va très bien. Du coup j'ai jamais été le mec qu'on découvre d'un seul coup, qui devient la folie de la semaine et qui est oublié le mois suivant. Le truc se fait graduellement.

Être à l'écart de la hype permet donc de se forger une certaine longévité ?
Yuksek : Ouais, et ça m'enlève un poids niveau pression. Et puis même le premier album a vachement bien marché, bien au delà de ce que j'imaginais, en France et à l'étranger. D'ailleurs, ça se présente plutôt bien avec ce nouvel album à l'étranger.



Outre les frontières, Living On The Edge Of Time semble chercher un plus grand public que le simple amateur d'électronique ? Me trompe-je ?
Yuksek :
Bah ça je sais pas, parce qu'il y a quand même une grosse audience pour la musique électronique.… En tout cas je l'ai pas fait dans cet esprit-là. Pour moi, c'était un truc naturel, la suite du premier disque.… Enfin, de certains morceaux du premier disque. C'est la suite de So Far Away From The Sea, le morceau avec les Bewitched, même s'il n'y a pas la même énergie. Bref, je fais de la musique par passion, j'ai toujours fait ça… Je pourrais pas faire deux fois la même chose, ça me ferait vraiment chier. Je passe mon temps à ça, ça remplit 100% de mon temps, donc si je dois me mettre dans la tête de refaire la même chose pour plaire aux mêmes groupes de gens ça serait juste insupportable. Et puis, la seule volonté sur ce disque-là, c'était d'être le seul chanteur, pour plein de raisons : c'est un challenge personnel, et… j'avais commencé à le faire sur un ou deux titres. Et s'il y en a deux, autant aller jusqu'au bout.

Tu as tout écrit toi-même?
Yuksek :
Ouais. Et chanté. Parce que j'aime pas trop les albums à featurings en général… C'est une facilité, une façon de se cacher derrière son petit doigt. Alors il y a des gens qui le réussissent plus ou moins bien, je trouve que l'album des Shoes est plutôt réussi dans cet état d'esprit…. Mais souvent, je trouve ça gênant à l'écoute, ça ressemble plus à une compilation qu'à un album. Donc voilà, l'objectif c'était : chanter moi-même, avoir un truc hyper naturel. Pour tout, pour la voix comme pour le reste. C'est à dire qu'il y a peu d'effets, ou des effets à l'ancienne : des placements, des reverbs, des placements stéréo. Mais pas d'effets modernes, pas d'effets spéciaux.

J'ai appris justement que tu avais une formation de conservatoire, est ce que ça s'entend encore aujourd'hui d'après toi ?
Yuksek : Je sais pas trop.…

Peut être dans les arrangements - c'est très arrangé pour le genre - et puis la présence forte du piano, les arpèges… ?
Yuksek : Ouais, ouais, alors il y a peut-être des choix, des suites d'accords un peu alambiqués qui retombent sur leurs pieds, il y a peut-être ce truc là c'est vrai. Mais c'est pas conscient, je me dis pas "tiens, je vais faire un truc super compliqué". C'est pas le cas, je fais pas de la musique compliquée. Mais des titres comme Always On The Run, qui parait être le morceau le plus con de la Terre, lorsque tu le décortiques, que tu écris la suite d'accords, c'est assez tordu. D'ailleurs, j'en chie pour en faire un edit radio, parce qu'en fait les refrains sont sur un mode, les couplets sur un autre. Couper/réduire des parties c'est quasiment impossible. Bref, c'est pas conscient. En tout cas, je fais pas étalage de ça. Mais j'aime bien le piano. De plus en plus. Ca revient. J'avais un peu oublié et puis j'en ai récupéré un chez moi. Ça faisait deux ans que j'en avais pas touché un.

Tu n'es pas très laptop toi ?
Yuksek : Pas trop non. J'ai eu une grosse période, il y a deux ans. Tous les remix que je faisais - je ne passais même plus au studio - je les faisais au casque sur l'ordi. Et j'y arrive plus en fait. C'est un peu mon problème, je peux pas travailler de la même façon deux ans de suite. J'ai eu cette période laptop "paf c'est cool je peux faire n'importe quel remix avec des plugins, des conneries". Aujourd'hui, si je suis pas au studio j'arrive pas à faire de remix. Autrefois, sur le premier album, je composais les trois quarts des trucs, dans les trains, les avions, les hôtels… Celui-ci pas du tout. Maintenant quand je suis ailleurs, je lis un bouquin, je regarde un film mais je fais plus de musique ailleurs qu'au studio… J'envie presque les mecs qui arrivent à garder la même ligne toute leur vie….

Yuksek

En même temps tu te renouvelles, c'est pas un mal.
Yuksek : Oui oui, mais par exemple, Hermann Dune fait toujours la même chose et en même temps c'est de la chanson et la chanson on s'en fout que ça soit la même chose. On va pas reprocher à Herman Dune de faire toujours la même chose parce que c'est de la chanson. Quand tu es producteur d'électronique et que tu es intéressé un minimum par la recherche de sons, il y a forcément des partis pris, des choix qui doivent être faits, et là j'avais envie d'aller ailleurs que ce que j'avais fait jusqu'à présent.

Et justement, sur ce dernier LP, tu te sens plus producteur d'électro qui aime la pop ou compositeur pop qui aime l'éléctro ?
Yuksek : Bah au fond, musicalement j'aime la pop, vraiment. Tu vois, à l'instant, un autre journaliste vient de me demander mes "10 meilleurs disques" et il n'y a pas un album d'électronique qui ressortait de là. Tu vois ? Pour moi la musique électronique c'est pas une émotion instantanée, c'est surtout du fun. 

On fait rarement la musique que l'on écoute, n'est-ce pas ?
Yuksek : Ouais. Je pourrais pas te citer un morceau d'électronique qui me transporte…. Enfin si, il y a des morceaux que je trouve chouettes, des beaux morceaux, mais moi c'est la voix qui me fait vraiment ressentir des choses dans la musique.… L'électronique est vraiment super pour produire, pour le fun, pour s'amuser. Mais tu n'as pas le même rapport à la musique. En plus, je suis vraiment collectionneur de vieux synthés. Je suis un ouf avec ça….

Outre l'amour de l'arpège, c'est un autre côté que tu as en commun avec Rebotini.
Yuksek : Ouais justement, c'est presque un problème si tu es en soirée avec Rebotini, Etienne Jaumet ou Turzi : c'est vraiment des geeks. C'est-à-dire, je vous mets dans un coin, dans le noir avec des cigarettes et de la vodka et ils parlent que de synthés. Des synthés modulaires, des trucs russes… C'est anti-sexy au possible… Mais c'est génial, j'adore ça aussi, c'est un kif. Ces machines, le son qu'elles ont, l'histoire qu'elles transmettent…. C'est une esthétique aussi, je suis fan des objets, j'arrête pas d'en acheter. Là je freine un peu, je commence, en toute modestie, à avoir à peu près tout, donc … bon, il y a toujours des conneries à trouver mais j'ai un échantillon assez important de toutes les marques. Comme je viens de m'acheter une maison plus grande, j'ai pu me faire une deuxième pièce en plus du studio pour entreposer tout ça.

Qui sait, un de ces quatre, vous ouvrirez peut être un musée du synthé.
Yuksek : Mais ouais. Et ça, ça fait partie aussi de mon amour pour la machine. J'aime beaucoup l'Histoire en général, et ces machines font parties de l'Histoire. C'est un patrimoine à préserver. Je viens d'acheter un MS-20 de Korg, mais la version éducation. C'est exactement le MS-20, sur un panneau que tu accroches au mur, avec de gros boutons et qui servaient aux démonstrateurs Korg à l'époque. Et ça, il y en a eu quarante dans le monde. Je pense qu'il doit en rester une quinzaine aujourd'hui et moi j'en ai choppé un. Le seul qui a du parvenir en France, qui avait été filé au mec qui s'occupait des synthés de Jean Michel Jarre et qui a finit par le revendre à un Anglais. J'ai pisté le mec - parce que tu pistes les mecs- je l'ai fait chier pendant deux ans pour lui racheter son truc mais ça valait le coup. Il est en bonne place et je l'ai limite mis sous blister.

L'entend-on sur ton album ?
Yuksek : Lui, non. Le MS-20 c'est le synthé que j'ai beaucoup utilisé avant et que j'ai abandonné. La couleur ne m'intéressait pas. Non le synthé ultime de cet album, vraiment, c'est le Memory Moog. J'ai fait les trois quarts des trucs avec sur l'album.



Moi qui voyais cet album très grand public, il pourrait finalement titiller l'auditeur pointu.
Yuksek : Ouais, j'espère. Mais pour en revenir à ce qu'on disait sur le grand public, j'ai jamais eu de velléités d'être underground. J'en ai rien à foutre. De toute façon, j'ai été catalogué d'entrée de jeu grand public : j'ai signé une pub pour la télé, je suis chez Barclay… Donc quoi que je fasse je serai jamais la nouvelle sensation underground. Mais je vis très bien avec ça, je me prends pas la tête. A mon avis, c'est même en France que ce disque-là va peiner à fonctionner. A vrai dire, j'en sais rien, mais je le sens comme ça.

Tu le vois fonctionner où toi ?
Yuksek : Bah, le label anglais "Fixion", qui avait sorti le premier album savait à l'époque que ça allait pas déclencher des trucs de dingue en Angleterre. Il nous l'avait dit dès le départ, le truc était trop Français pour fonctionner là-bas. Mais là, ils sont mille fois plus motivés avec ce disque et les retours de presse anglaise semblent aller dans ce sens-là. Je pense qu'il y a une plus grande tradition de musique anglaise sur cet album-là. Aux Etats Unis, j'étais distribué sur un gros label, Interscope (celui de Lady Gaga, pour restituer, ndlr), et tu sentais que les mecs avaient signé en pensant décrocher le croisement entre David Guetta et Justice sans vraiment écouter la musique et en fait quand ils ont eu l'album, et qu'ils ont vu qu'ils en vendraient pas 400 000, ils ont voulu arrêter. Et du coup on a arrêté complètement les Etats-Unis. Je n'y suis même pas allé jouer depuis deux ans.

Ha oui ? (Il voit mon regard suspicieux, désormais, il sait que je sais)
Yuksek : J'y ai joué une fois, en octobre dernier….

Oui au Hiro Ballroom de NYC, et j'y étais justement….
Yuksek : C'est la seule fois où j'y suis allé ces deux dernières années, et c'était même pas sous le nom de Yuksek mais de The Krays. C'est à ce moment où j'ai fait un blackout total sur les Etats Unis. Il y a tellement d'autres endroits où aller, j'ai fait des tournées partout, au Japon, en Australie, en Europe, tout ça c'est cool ça marche, mais les Etats-Unis, non. Autant éviter, j'ai pas envie de bouffer de la merde, de me farcir une tournée relou, parce que, très franchement je l'ai fait, et vu de l'intérieur c'est horrible. Les Etats Unis pour les DJ's dans l'électro t'es plutôt mal payé, t'es pas bien reçu, c'est assez chiant, j'avais pas envie de ça. Donc cette fois-ci, j'ai tout effectué dans l'autre sens, il y a ce deuxième album qui est ce qu'il est, on trouvera un bon tourneur, on commencera par du live et on offrira une image de Yuksek qui n'est pas brouillée par autre chose. Et finalement, ça a l'air d'être payant aussi puisqu'on a signé avec un super bon label là-bas et que les mecs sont super motivés. C'est bon signe. 

Après avoir autant tourné tu te sens représentatif d'une certaine électro française dans le monde ?
Yuksek : Ho surtout pas, au secours.

Tellier a fait l'Eurovision, si on te le propose, tu dis quoi ?
Yuksek : Ça c'est rigolo, c'est super cool. Parce que le personnage le permet, moi je le ferais jamais, j'ai pas son aplomb, son second degré, son je-m'en-foutisme absolu. C'est parfait. Il est parfait. J'ai adoré sa prestation mais personne ne peut faire ça. Si, Gonzales à la limite. Mais en tout cas, "représentant d'une électro française à l'étranger" : surtout pas.  J'aime tellement pas les trois quarts des trucs qui se font en France, j'aimerais pas en être le représentant. Je peux te piquer une clope ?

Je t'en prie. Et cette pochette, Yuksek avec des ailes, qu'est ce que tu essaies de nous dire ?
Yuksek : Pas grand chose, c'est un truc de graphiste. Il y a juste ce côté prise de risque, cette implication sensible totale. C'est à dire qu'objectivement je me mets un peu à poil sur ce disque, je prends le risque de tout chanter, de tout écrire et de le faire honnêtement. C'est pas confortable comme situation, c'est plus facile d'écrire des chansons et de les faire chanter par d'autres. Ou d'aller vers des styles plus porteurs en se disant que ça plaira à une base de gens. Pour le coup sur cet album il y a un vrai parti pris un peu plus risqué… C'est The Edge, quoi, l'équilibre instable.… Mais pourquoi l'oiseau ? On trouvait ça joli….

Cover Album

Et cette pochette (toujours), Yuksek avec en arrière plan une barre d'immeuble, c'est ton coté ghetto ?
Yuksek : Haha. Non. Mais pour revenir à l'oiseau, il y a peut-être un rapport avec le fait que je survole les choses. Je suis au-dessus de tout ça. Du reste. De ce qui ne concerne pas la musique, il n'y a qu'elle qui m'obsède. Toutes les questions annexes à tout ça m'en touchent une sans faire bouger l'autre. L'image au sens large, le clip, ce que l'on pense de moi, le business… Tout ça je m'en fous. Je suis content de gagner des thunes, je dis pas le contraire, mais il n'y a vraiment que la musique qui m'intéresse et qui a l'honneur d'utiliser 95% de mon cerveau.
 

Et tu lis un peu ce qui s'écrit sur toi ?
Yuksek : Bah j'avais dit que je ne le ferai plus. J'essaie au maximum, parce que ça sert à rien en fait. C'est vraiment vain. C'est hyper subjectif. Les avis peuvent être tellement orientés différemment… Ca ne veut rien dire. Sur le premier album, j'étais vraiment affecté par les trucs. Maintenant c'est paradoxal, autant les mauvaises critiques peuvent me faire vraiment hyper mal, parce que je me suis investi beaucoup plus, autant je peux aussi m'en foutre parce que je me serais pas vu faire autre chose. Tu vois ? Donc qu'un mec pense que c'est de la merde, tant pis, mais je me dirais pas "putain, merde, j'aurais du faire autre chose". Je suis allé au plus naturel. Ça s'est fait comme ça s'est fait.


Et finalement tu le vois comme le reflet de quoi cet album ?
Yuksek : J'écoute rien de ce qui se fait de nouveau, tu sais, mis a part les groupes influents, mais ça doit pas se sentir directement dans l'album. Tu vois, par exemple, The Horrors, m'a énormément marqué, je peux pas te dire que je suis fan de l'album mais il y a des trucs qui me vrillent vraiment le cerveau. Sea Within A Sea, pour moi, c'est un des morceaux les plus profonds qui ait été fait musicalement ces dernières années. J'ai toujours trouvé que The Horrors avait quelque chose en commun avec les Smith, ça serait Morrissey sous acide… Attends, qu'est ce que c'était la question ?

Et finalement tu le vois comme le reflet de quoi cet album ?
Yuksek : Ha oui oui. Après, il y a un truc perso qui peut se retrouver dans les textes, dans le côté mélancolique du truc qui est basé sur des expériences, du vécu, j'ai plus la même vie, j'ai plus 25 ans… Il y a des choses que tu as envie de transmettre dans ta musique. Dans l'idée, ça peut rejoindre The Cure ou New Order : de la musique à danser avec un propos, de la mélancolie, une écriture… Dans l'idée, dans le sentiment de la musique.

On va finir par des questions détente et confort. Toi qui a remixé énormément, par qui aimerais-tu voir remixer un de tes titres ?
Yuksek : J'aurais bien aimé qu'Erol (Alkan, ndlr) fasse un edit sur le disque, je suis assez fan de tout ce qu'il a fait. Mais il n'y a pas de remix qui m'intéresse énormément. Erol s'en sort bien, le remix de Connan Mockassin est mortel, celui de Metronomy est super. J'aime bien le côté edit, la perversion du morceau mais en gardant la structure. Normalement il y a Foals qui devrait faire une reprise de Always On The Run. Ça c'est cool, c'est le genre de truc qui m'excite vraiment, tout comme la reprise des Bewitched de Tonight.

Un album que tu as produit (Manual For A Successful Rioting de Birdy Nam Nam, ndlr) a gagné une "Victoire de la Musique" ? C'est agréable ou c'est vraiment un prix complaisant de copinage entre labels ?
Yuksek : Non c'est cool mais effectivement faut pas perdre de vue que les "Victoires de la Musique" c'est une cuisine interne des labels qui, entre eux, se donnent des tickets. Je trouve ça cool pour les Birdy, vraiment, qu'ils l'aient eu, c'est rigolo. Après je trouve ça odieux la façon dont sont traitées les musiques électroniques et les musiques urbaines dans le cadre de ce truc-là. Il y a une vraie apartheid. Le rap et l'électronique, ça apparait à 23h30, après la cinquième page de pub, une fois que tout le monde a zappé sur Dr.House, c'est un peu minable. Ça dénote le peu de respect que l'on a envers la musique électronique. Et puis faire une catégorie "électro" avec David Guetta, Birdy et Air ça n'a aucun sens. Mais je suis content pour eux, c'est une reconnaissance "grand public".

Dans la grandiloquence des choeurs, sur ce dernier album, j'ai presque cru entendre de l'électro de stade. Yuksek au "Stade De France", ça sonne comment ?
Yuksek :
Ha ha. Je crois pas avoir une audience assez large sur ce disque pour le faire mais un jour ça serait rigolo.

 
Mathias Deshours // Photos: Quentin de Briey.