Le nom du groupe fait-il référence à la Déesse de la Lumière dans la mythologie Lituanienne ?
Katie Stelmanis (Austra) :
Non, c’est mon deuxième prénom, on trouvait que ça sonnait bien. Mais c’est vrai que c’est un prénom très répandu en Lituanie. J’ai découvert le rapport avec la déesse de la lumière il y a seulement un mois de ça !

Tu as étudié la musique classique, le violon et le piano, pendant de nombreuses années, étais- tu partagée pendant ton adolescence entre le classique et une musique plus pop ?
K.S (Austra) :
Non, pas vraiment, j’étais une élève très studieuse, très sérieuse. J’ai consacré toute mon enfance et mon adolescence à la musique classique, je ne savais pas vraiment qu’il y avait autre chose à l’extérieur. Donc, ça ne m’a pas manqué.

Quand t’es tu ouverte au « monde extérieur » ?
K.S (Austra) :
Quand j’ai terminé le lycée, juste avant de rentrer à la fac. Là je me suis confrontée à la vraie vie, que ce soit au niveau musical comme au niveau personnel. J’ai très vite monté des groupes, fait des concerts, je suis tombée amoureuse de cette vie-là et j’ai laissé tomber celle que je vivais lorsque j’étudiais le classique.



Tu comprends qu’on puisse comparer ta voix à celle de Karin Dreijer Andersson, la chanteuse  de The Knife ?
K.S (Austra) :
Absolument pas, je pense même qu’on ne pourrait pas faire plus différent. J’écoutais encore Fever Ray (side project de Karin Dreijer Andersson nldr) dans l’avion pour venir ici et je ne comprends toujours pas pourquoi les gens disent ça ! Si jamais je devais choisir une voix proche de la mienne, je choisirais celle de Florence Welsh de Florence and The Machine. Ou alors Zola Jesus.

Tu cites comme influences Kate Bush, Bjork….
K.S (Austra) :
Oui, c’est grâce à elles que j’ai mis un pied dans la musique « mainstream », enfin elles sont mainstream dans le sens où elles touchent beaucoup de monde, mais ce sont des artistes extraordinaires.

Elles ont aussi un parcours professionnel assez singulier. Ce sont des carrières que tu aimerais répéter ?
K.S (Austra) :
Oui, complètement. Je pense aussi à Tegan and Sara, qui à la base n’était qu’un petit groupe indie venant de Calgary, une ville de merde. Maintenant elles sont signées sur une major et sont devenues une référence dans leur genre. Tout ça après avoir construit leur carrière petit à petit, tout en restant intègres. Cela leur a pris des années mais maintenant elles ont des fans jusqu’à la mort dans le monde entier. Ca m’inspire plus que tous ces groupes indies qui deviennent connus du jour au lendemain avec un tube et qui retombent dans l’oubli quelques mois plus tard. D’une manière générale j’aime quand les choses vont lentement.



Comment se passe la composition au sein d’Austra ?
K.S (Austra) :
Je suis la principale auteure et compositrice du groupe, mais ça devient un projet  de plus en plus collaboratif et ça me plaît. Je m’occupe de plus en plus des arrangements et de la production avec Maya, la batteuse.

On sent bien l’influence darkwave sur l’album mais pourtant ça sonne très moderne. Comment avez vous réussi à éviter les écueils du genre ?
K.S (Austra) :
Je ne sais jamais ce que je fais et je ne sais jamais ce que va être le résultat. J’ai une banque de samples que j’aime utiliser, je les associe à une certaine rigueur et une certaine esthétique que j’aime et ça donne notre son. Je pense qu’il y a des éléments 80’s sur cet album mais pas que ça, loin de là même. C’est un mix de tout, et les chansons qu’on retrouve dessus ont été écrites à plusieurs années d’intervalle, donc ça donne un ensemble assez hétérogène.

Tu as dit que tu voulais être perçue comme une musicienne « queer ». Tu ne trouves pas ça un peu réducteur ?
K.S (Austra) :
Non, je n’ai pas dit ça exactement, j’ai juste dit que je n’ai aucun problème à dire que je suis lesbienne. Je pense que ma musique est assez intègre et passionnée pour que je ne sois pas cloisonnée à un genre particulier. Je suis d’abord musicienne, j’ai fait ça toute ma vie mais je suis très ouverte pour parler de ça car je pense que c’est important pour les jeunes d’avoir des personnes à qui s’identifier. Ca peut tellement aider, c’est toujours plus rassurant d’entendre des gens à l’aise avec leur sexualité et leur vie.


Tu avais des idoles gays quand tu étais plus jeune ?
K.S (Austra) :
Disons que j’ai réalisé que j’étais gay quand j’avais 20 ans, donc je n’en cherchais pas vraiment, ça ne m’intéressait pas. En plus j’évoluais dans un monde musical classique et tu t’imagines bien qu’il n’y officiellement pas de gays dans ce milieu là. Aujourd’hui je me sens proche dans l’esprit de gens comme Hercules and Love affair ou Gossip. Ce sont des gens qui se perçoivent avant tout comme des musiciens mais qui sont hyper relax pour parler de leur sexualité qui, forcément, a un énorme impact sur leur musique. Mais je crois que la frontière est mince entre ceux qui sont prêts à parler de leur sexualité sans problème et ceux qui s’en servent à des fins marketing.

Tu penses quoi de Lady Gaga qui autoproclame son titre Born This Way comme étant un hymne gay?
K.S (Austra) :
J’aime bien Lady Gaga, je suis contente qu’elle soit là. Après, je n’aime pas du tout sa musique, ça ne me touche pas une seconde mais je trouve le personnage intéressant.

Oui, mais tu ne penses pas qu’elle se sert de la communauté gay à des fins commerciales ?
K.S (Austra) :
Oui, évidemment je pense que rien n’a été laissé au hasard. Mais je trouve ça cool qu’elle parle des gays, personne d’autre ne prend le risque de faire un « hymne gay ». C’est cool que ça arrive enfin, et je suis sûre que ce morceau finira par devenir un hymne de toute façon.



Tu arrives à écrire quand tu es en tournée ?
K.S (Austra) :
Pas vraiment, j’aime prendre le temps, bricoler mes idées. Et c’est assez chiant d’installer tout un équipement quand on ne reste que trois heures dans un hôtel. Mais j’essaie quand même d’écrire régulièrement, car j’ai toujours peur de ne plus savoir comment faire si je m’arrête trop longtemps.

Entre la pochette de votre 1er EP, le clip de The Beat And The Pulse et votre look sur scène, on comprend que l’esthétique du groupe est recherchée et est très développée. Tu penses que c’est aussi important que la musique ?
K.S (Austra) :
Je pense que lorsque l’esthétique est forte, ça rend la musique encore plus puissante. Les gens la comprennent mieux. Et j’aime le fait d’emmener les gens vers un monde particulier. C’est une expérience encore plus bénéfique pour le public, quand on se déplace pour un concert, quand on paie pour une place on veut en prendre plein la vue. De Kate Bush à Nine Inch Nails, mes influences sont très théâtrales et très dramatiques.

Il n’y a pas un risque de tomber dans un cliché un peu dark et pathos ?
K.S (Austra) :
Ah, mais je pense qu’on est en plein dedans ! (rires). Non, disons qu’on est à mi- chemin. Le groupe se revendique comme darkwave mais je pense que nous saurons trouver un moyen pour évoluer comme il faut et ne pas tomber dans une parodie de nous-mêmes.

La presse a même beaucoup dit que vous étiez gothique, c’est un peu extrême, non ?
K.S (Austra) :
Oui en effet, mais pour une raison que j’ignore on me qualifie de gothique depuis des années. En même temps je fais une musique assez orientée électro, un peu indus, avec une voix assez « dramatique » donc il y a quand même un lien. Mais bon, la musique gothique s’est beaucoup démocratisée, du coup si ta musique est un tant soit peu « dark » tu es catégorisé comme « gothique ».

Est-ce que tu envisages dans le futur d’intégrer des instruments classiques à ta musique ?
K.S (Austra) :
Pour l’instant non, mais je pense que je finirai par y revenir. Mes premiers groupes comprenaient beaucoup d’éléments classiques, mais à base de  samples d’ordinateurs.

C’est surprenant venant de la part de quelqu’un qui a un background classique…
K.S (Austra) :
Oui je sais, ça peut paraître curieux, les gens de la communauté artistique de Toronto ne comprenaient pas pourquoi j’utilisais des samples et voulaient me persuader d’utiliser de vrais instruments. Mais j’aime la qualité synthétique de l’ordinateur. J’aime les sons d’orchestre Midi un peu cheap, j’aime les réarranger en quelque chose de plus électro par la suite.

Les Américains aiment bien vanner les Canadiens, ça te dérange ?
K.S (Austra) :
J’ai jamais vraiment bien compris pourquoi. Quand on y pense, on a bien plus  d’arguments pour les vanner. Mais on se fout bien de leur gueule aussi, surtout quand on a joué à SXSW où on est passé par le Kentucky et l’Arkansas. Crois-moi que par là bas il y a de la matière à se foutre de leur gueule.

Comment se passe la tournée ?
K.S (Austra) :
Ca se passe super bien, on adore les tournées, on adore voyager. Et comme on a déjà pas mal de tournées derrière nous, on s’est fait des potes dans pas mal de villes ce qui fait qu’on vit chaque arrêt différemment, car on voit la ville avec des gens qui y vivent. Mais il faut faire des efforts dans les tournées, il faut rendre les choses fun sinon ça peut devenir très mondain et donc chiant.

C’est assez rare d’entendre un groupe dire ça, généralement on ne parle que de frustration, de jet lags et de mal du pays quand on évoque les tournées…
K.S (Austra) :
Je pense qu’on apprécie les tournées car on a plus de moyens qu’il y a quelques mois. On a fait tellement de tournées avec des vans où nous nous occupions de tout de A à Z qu’on ne peut qu’apprécier notre situation actuelle. Mais c’est aussi grâce à ces tournées de galère qu’on s’est fait des potes dans le monde entier.
 


 
Sarah Dahan // Visuels extraits du clip The Beat And The Pulse.