Bon, évitons d'emblée la question rébarbative que tous les magazines vous posent « Mais pourquoi ce nom, Nasser ? » (rattrapage : acronyme de Nicolas Simon Romain). Racontez-moi plutôt cette fameuse soirée en boîte où tout bascula.
Simon : C'est un soir où je mixais au Mistral, à Aix-en-Provence, quand j'officiais encore sous le pseudonyme de Facteur. Romain et Nico sont venus me voir, puis…
Nicolas : En fait, quand il a arrêté de mixer, on est allés boire un coup, pas mal de Champagne puisqu'à l'époque on avait un peu d'argent. La musique était vraiment mauvaise après lui, et on s'est dit « faut vraiment faire un groupe », « faut faire danser les filles », car il y avait que les mecs qui dansaient ce soir-là. Au départ donc, quand on a voulu monter Nasser, ce n'était pas forcément sérieux. On voulait faire un groupe pour s'amuser, pour tester de nouvelles choses. Puis le projet a mûri.
 
Nicolas, comme Romain, tu es passé de la publicité à la musique pure et dure. C'est 99F qui  t'a dégoûté de ce milieu ?
Nicolas : Non, pas du tout. D'abord, par rapport à ton observation, je ne suis pas passé de la publicité à la musique pure et dure puisque la musique, j'en ai toujours fait, avant même de débuter dans la pub. J'ai été dégouté, entre guillemets, parce que 99F est quand même une grosse caricature du milieu. Tous les gens ne sont pas comme ça. Mais c'est vrai que j'étais un peu fatigué de ce monde là, j'avais envie de faire autre chose. Et Nasser est arrivé à point nommé.
 
Entendu. Lors de vos prestations scéniques, Romain et Nico sont chemises blanches/cravates noires, et Simon, chemise noire/cravate blanche. Simon, t'es le mouton noir ?
(Rires)
Simon : Non, carrément pas ! C'est venu comme ça, par hasard.
Nicolas : Au début, on se cherchait un peu au niveau du look. Tout faire nous-même au bout d'un moment, c'est un peu chiant, et ça nous laisse à la merci d'une faute de goût. Alors on a demandé à un pote styliste de nous aider, avec les moyens que l'on avait à l'époque. On en est arrivés à faire ça !
 
Vous apparaissez toujours au format carte d'identité sur vos photos promo. Comment définiriez-vous l'identité du trio réuni ?
Nicolas : Nasser est clairement dans l'électro-rock, voire le rock-électro. C'est l'étiquette que l'on nous a collés, qui marche bien avec nous. Pour revenir au visuel, on a pris le parti de communiquer uniquement sur ce type de photo, et ce dès le premier EP. J'espère qu'on va tenir jusqu'à notre 6ème, 7ème album ! Ça nous permet de voir la progression du look dans le temps. On devrait prendre cher d'ici quelques années ! (rires)

Trois mecs : manque pas une présence féminine là ?
Nicolas : Y'a une présence féminine : notre manageuse, Lara. C'est bien d'avoir une nana dans le groupe. Elle amène un peu de sensibilité.
Simon : Bon après, ce n'est peut-être pas plus mal qu'il n'y ait que des mecs, franchement. Parfois ça s'engueule, mais ça ne va pas plus loin. Des caractères de mec quoi !
Nicolas : Et concrètement, s'il y avait une fille au milieu de nous, je pense que l'on ne ferait pas du tout la même musique. Nasser est très « mâle », très « rock » sur scène.
 
Vous avez fait le choix de rester travailler à Marseille. Réel sentiment d'appartenance à la ville ou peur de trahir vos racines ?
Simon : Non, ce n'est pas par peur de trahir nos racines. En revanche, c'est une réelle volonté de rester à Marseille, parce qu'on est bien, on est tranquilles. On n'est pas vraiment dans le milieu parisien. C'est pas qu'on ne l'aime pas, on y est tout le temps, mais ça nous plait d'être à Marseille, de voir nos potes, il fait beau….
Nicolas : C'est important pour un groupe de ne pas forcément se projeter tout de suite à Paris, où soi-disant tout se fait. Le terreau de Nasser, il est ici !
 
Pourquoi chanter en Anglais ? Placer emboucaner, peuchère ou tarpin dans les paroles était trop compliqué ?
Nicolas : (rires) On bouligue, nouveau mot appris. Plus sérieusement, ce n'est clairement pas la vocation de Nasser de chanter comme ça. On n'est pas un groupe festif occitan. Certains le font mieux que nous. Et on a envie de marcher un petit peu à l'international aussi !
 
Récemment, Brain a fait un article sur les Cagoles. Quelle est votre définition personnelle ?
Nicolas : En deux mots « Putain chan-mé ! »

 
Plutôt samedi soir à danser le MIA ou dimanche aux Goudes ?
Ensemble : Les deux.
Nicolas : Boire un coup le samedi soir, puis le dimanche aller aux Goudes se faire bronzer, avec un petit apéro, tranquille.
 
Votre opinion sur Marseille, capitale européenne de la Culture en 2013 ?
Simon : On a de l'espoir, mais pour l'instant, il n'y a rien de concret !
Nicolas : Comme dans les formulaires administratifs : « ne se prononce pas ».
 
Topo sur l'album maintenant. Votre premier EP s'intitulait Nasser 1, le second Nasser 2, le troisième Nasser 3, votre premier album s'intitulera Nasser 4 : manque d'inspiration, narcissisme exacerbé ou choix délibéré ?
Nicolas : Un choix délibéré de notre part, complètement. C'est comme les pochettes de nos disques. On s'est dit d'entrée que les visuels et les noms d'album créent beaucoup de tensions dans les groupes. Partons alors sur les numéros et comme ça, on ne se prendra jamais la tête. On ne passera jamais de nuits blanches à trouver un nom.
Simon : Et puis, en général, les gens ne sont jamais très fans du titre des albums. Tu ne les retiens pas, mis à part les plus grands. Tu gardes en tête les titres des chansons, ou l'idée du premier album. Voilà, on dira de nous : « c'est leur premier album » !
 
Justement, que pourra-t-on trouver sur ce disque ?
Nicolas : Il y a treize titres sur Nasser 4, dont deux anciennes chansons qu'on a remis : Come On et The Shooter. Le reste, ce ne sont que des inédits, enfin qu'on joue déjà en live, mais qui ne figurent pas sur les trois premiers EP.

L'EP 3 est en free download sur votre Myspace. Pourquoi ce choix et qu'en sera t-il de l'album ?
Simon : Cet EP ne comporte que des remixes, et ce sont des morceaux qu'on voulait donner. On n'est pas toujours là à vendre, vendre, vendre ! On est là aussi pour donner de la musique. Par contre, numéro 4 lui sera payant ! (rires)

Mouais. Est-ce que l'on reverra un chimpanzé dans vos futurs clips, à l'instar de Do You Think I Am Stupid ?
Nicolas : Peut-être. D'ailleurs ce chimpanzé, c'est celui qui jouait dans les pubs Omo.
  
Tu nous fais un making-off littéral de ce fameux clip ?
Nicolas : Je m'en souviens bien. On y a assisté, puisqu'on l'a nous même réalisé. C'est en réalité une pub détournée, initialement prévue pour une marque de scotch qui s'appelle PowerTape. Une campagne internationale, avec plusieurs réalisateurs de chez Partizan, la boîte dans laquelle Romain et moi avons bossé. La Chose servait de support audio à la pub. Du coup, instinctivement, on en a profité pour tourner un truc alternatif, pour derrière en faire un teaser.
 
Ok. Vous êtes en tournée jusqu'au 27 mai dans toute la France. Quelle est la date que vous redoutez le plus ?
Nicolas : Ouuh, bien plus que ça, puisqu'on a gagné le concours Détours 2011 de l'ADAMI. Cela nous permet de jouer aux Eurockéennes, à Paleo, aux Vieilles Charrues, à Solidays… en plus des premières dates bookées.
Simon : Pour revenir à ta question, on n'en redoute aucune. On les attend toutes avec impatience en fait !

A quoi pensez-vous les 10 secondes avant de monter sur scène ?
Nicolas : « Il faut absolument que j'aille pisser un coup » ! Ou alors je vais chercher une bière, une serviette, de l'eau.
Simon : On a un petit cérémonial aussi. On se met un gros coup de tête avant de monter ! Mais gentil le coup de tête.
 
Si je vous compare aux Bloody Beetroots en live, que me répondez-vous ?
Nicolas : Non, moi je ne suis pas d'accord avec cette comparaison. Je l'ai lu d'ailleurs sur Deezer la dernière fois, ça m'a fait marrer. Un commentaire du style « J'aime bien Nasser, ça me fait penser à du Bloody Beetroots frustré. » Je ne pense pas qu'on apporte la même chose que les Bloody sur scène.
Simon : Je peux comprendre que les gens fassent un léger rapprochement. Musique électronique, quelques instruments, une batterie... Après sur l'album, ça n'a rien à voir !
 
Pour finir, ça fait quoi d'avoir un site Internet hébergeant des images de « mature ladies » et des questions philo telles que « Que sont les puces de lit » ?
Nicolas : C'est la classe ! (rires) D'avoir un site qui ne marche pas tu veux dire ? Le constat d'échec des sites Internet, tout simplement. Avec tous ces Facebook, Myspace ou Twitter, ça ne sert plus à rien les sites. Du coup, on n'a pas renouvelé l'abonnement pour le nom de domaine, et on ne peut plus maintenant puisqu'on s'est fait acheter le nom par une boîte, donc on est comme des cons ! (rires)
 

Guillaume Blot.