Lorsqu'on on vous a interviewé à la sortie de Nights Out, Metronomy n'était pas la même formation qu'aujourd'hui. Qu'est-ce que ça a changé concrètement cette modification dans l'équipe ?
Joseph Mount de Metronomy : A cette époque, on était trois : Oscar, Gabriel et moi. Et puis Gabriel est parti pour faire sa propre musique. Je crois qu'Oscar et moi on voulait être autre chose qu'un groupe d'electro, on voulait être un "vrai groupe", faire de la musique ensemble sur scène. Avant on était tous derrière nos laptops, aujourd'hui on s'appuie les uns sur les autres, j'ai l'impression d'être un vrai musicien, avant ça n'était pas le cas. Quand Gabriel a décidé de partir on a eu l'occasion de changer de configuration, je voulais un batteur et j'avais toujours dit que si un jour on devait en avoir un, ce serait Anna, je la connais depuis longtemps. Ça a été très facile, le challenge c'était que la sauce prenne, et je crois qu'on a réussi.

Metronomy est devenu un groupe pop ?
Joseph Mount de Metronomy : Pour moi la pop, ça n'est pas la question d'utiliser un ordinateur ou avoir un groupe, la pop c'est pour tout le monde, les enfants, les vieux... La labellisation "electro" donne tout de suite l'impression que c'est destiné à un certain type de personne et j'ai toujours voulu que Metronomy soit ouvert à tous. Les gens sont beaucoup plus réceptifs face à une batterie et une basse que face à un ordinateur. Notre configuration est plus pop mais la musique n'a pas changé.



Tu as produit quelques trucs pour le nouveau groupe de Gabriel, Your Twenties...
Joseph Mount de Metronomy : Oui, on a enregistré une quinzaine de chansons. Mais je crois qu'ils vont en ré-enregistrer une partie, seulement je n'ai plus le temps de m'en occuper, Metronomy passe d'abord. Je ne sais pas trop si ça va donner quelque chose tout ça mais Gabriel y travaille toujours! (rires)

The English Riviera tu penses vraiment que c'est Daft Punk qui rencontre The Eagles comme l'a dit ton bassiste ?
Joseph Mount de Metronomy : The English Riviera, c'est une partie de la côte anglaise dans le Devon. Je l'ai imaginée comme si c'était la French Riviera, Miami ou L.A., ce genre de lieux près de l'océan. L'eau influence la musique qui est faite dans ces contrées. Je ne sais pas ce qui se fait à Cannes mais à L.A. par exemple, The Eagles, Steely Dan, Neil Young et Joni Mitchell... Tous sont allés là-bas pour y enregistrer le même genre de "sunshine music", à la cool, L.A. style. The English Riviera c'est mon L.A. à moi. Mais je n'essaie pas non plus de parodier qui que ce soit. Je ne vois aucun rapport avec Daft Punk, à part peut-être sur The Bay, le seul morceau un peu house. Je comprends pourquoi Gbenga a dit ça, l'idée est un peu là mais si quelqu'un va acheter l'album en s'attendant à ça, il risque d'être vachement déçu.

Ok, alors l'idée de l'eau, de la mer, de la côte anglaise ça on l'a pour le côté laid back mais as-tu remarqué que dans tes paroles tu ne parles pratiquement que d'amour ? Il n'y aurait pas aussi un petit effet "je suis amoureux" qui est venu s'ajouter à ton idée de base ?
Joseph Mount de Metronomy : C'est drôle je ne pense jamais trop aux paroles, je me concentre plutôt sur l'atmosphère que peut dégager un morceau. Mais oui, c'est bien plus... Nights Out c'était une période totalement "out of love", celui-ci au contraire serait plutôt"in love", alors oui, tu as raison.
 
 

La chanson dont tu es le plus fier sur cet album ?
Joseph Mount de Metronomy : We Broke Free. Je ne veux pas me la péter mais si quelqu'un d'autre avait fait cette chanson je serais hyper jaloux. Je suis vraiment très fier que ce soit mon œuvre. Ça semble si éloigné de ce qu'on pouvait faire sur Pip Paine (leur premier album ndlr) et pourtant, je ne sais pas comment expliquer ça mais, ça a du sens, cette chanson a du poids. Si on m'avait fait écouter We Broke Free il y a dix ans et dit que je serai celui qui la créerait, j'aurais sauté de joie, c'est excellent.

Les paroles les plus pourries que tu aies jamais écrites ?
Joseph Mount de Metronomy : (rires) J'ai pas envie d'avouer que je les trouve nulles... Dans A Thing For Me il y a un moment où ça fait (il prend une toute, toute petite voix et marmonne) : "I'm not ready... To let her go now... Ohhhhh, how long have we got..." Ce ne sont pas tant les paroles en elles-mêmes que la façon dont ça sonne, ce "Go now/Oh how"... ça fait con, non ?

Et tes préférées ?
Joseph Mount de Metronomy : J'aime toutes les paroles dans She Wants, je les ai écrites d'un trait, ça coulait de source. Elles sont simples mais ça paraît tellement évident.



Tu as remixé la terre entière, en revanche il y a très peu de remixes de tes chansons, pourquoi ?
Joseph Mount de Metronomy : J'ai fait beaucoup de remixes parce que je le faisais à chaque fois avec plaisir, je transformais réellement la chanson. Il y a bien quelques remixes de nos morceaux mais ils sont souvent ennuyeux. Tu donnes ta musique à quelqu'un qui s'en fiche un peu, qui rajoute juste une grosse basse et voilà, c'est fait. En règle générale je préfère mes originaux... Ceci dit, certains remixes sont bons, par exemple celui de Breakbot pour A Thing For Me ou celui de Micachu pour Radio Ladio. Pour The English Riviera on essaie d'avoir David Guetta, on n'a pas encore eu de réponse pour le moment. Ce serait super qu'il le fasse, on veut des mecs comme ça pour nos remixes, il est omniprésent mais je doute qu'il accepte, on ne peut pas le payer des millions.
 
Tu as le temps d'écouter un peu de musique en ce moment ?
Joseph Mount de Metronomy : Pas trop, comme je n'ai pas le temps de découvrir des trucs ce sont toujours de vieux CDs qui finissent par tourner en boucle... Rumours de Fleetwood Mac et le White Album des Beatles sont les meilleurs albums de 2010 pour moi ! Le dernier Kanye West est bien, j'ai découvert un groupe pas mal, Teeth... Oh, on a tourné avec Connan Mockasin aussi, ce mec est un bon dans le genre psychedelic trippy stuff.

Ton pire souvenir de cuite ?
Joseph Mount de Metronomy : Oh il y en a beaucoup trop, et puis chaque souvenir de cuite est le pire quand on y repense.

Un plaisir coupable ?
Joseph Mount de Metronomy : Je n'ai honte de rien. Je suis fan de jeux vidéo. Je joue beaucoup au golf sur la vieille Game Cube, à Tiger Woods. C'est vraiment génial, j'adore ça, et en plus je suis une grosse bête.

La chose dont tu rêverais de parler durant une interview mais qui n'arrivera jamais ?
Joseph Mount de Metronomy : J'aimerais parler cricket. J'adore le cricket, tu y joues ? Non ? C'est pas grave, de toute façon personne n'y joue. En Angleterre le cricket est bien plus qu'un simple sport, c'est un jeu de gentlemen, ça illustre parfaitement l'état d'esprit anglais. Mais encore une fois je ne pourrai pas en parler...

En effet, l'interview est finie et en plus on s'en fout. (rires)
 
 
Hortense de Rouvre // Photos: Phil Sharp, Gabriel Green