On y découvre ce qui se tramait en filigrane sur Dystopia. Les synthés sont toujours au centre de la composition mais le côté spacio-futuriste laisse la place à des nappes mélancoliques dignes de The Dark Side of the Moon. Rencontre avec Vincent Vendetta (aucun lien avec Mickael), chanteur et claviériste du groupe, monsieur timide qui se soigne et grand ami des chats.
 
 
Quelles ont été vos sources d'inspiration, cet album semble plus calme et plus nostalgique que le premier. Vous l'avez composé en tournée ?
Vincent Vendetta : La plupart de l'album a été écrit pendant notre tournée en 2008 et bien entendu ça doit se ressentir, la route nous a inspirés. Comparé au premier album, les ambiances y sont différentes, nous ne pensions plus et ne vivions plus les mêmes choses. On y retrouve sûrement plus d'optimisme aussi. Nous n'avions plus besoin de cette espèce de côté abrasif qu'on pouvait retrouver sur certaines chansons de Dystopia. Oui, c'est peut-être plus... nostalgique, mais pas d'une manière mélancolique. Nos émotions ont été plus directement instillées dans la musique. The Crystal Axis est définitivement différent de son grand frère et c'est ce qu'on voulait. La pochette était aussi très importante pour nous, on a voulu créer une sculpture qui traduise physiquement ce qu'est notre musique. On y retrouve beaucoup d'instruments utilisés pendant l'enregistrement, des synthés, des claviers. On a aussi récupéré beaucoup des choses d'un vieux théâtre qui accueillait des comédies musicales dans les années 40 et 50. Des cors, les vieilleries les plus bizarres qu'on ait pu y trouver y ont été ajoutées.
 
Les voix sont peu mises en avant avec vous, c'est une autre couche parmi toutes celles qui composent vos chansons. Tu considères la voix comme n'importe quel autre instrument?
Vincent Vendetta : Oui, j'aime considérer les voix comme n'importe quel autre instrument, par exemple les cordes ou la section rythmique. C'est amusant de jouer avec tous ces éléments sans qu'il y en ait un qui prenne le pas sur les autres. C'est comme pour les paroles, elles ne sont pas fondamentales. Ce qui importe surtout, c'est l'ambiance générale du morceau, c'est ça qui te transporte réellement.
 
Pour cet album, vous avez travaillé avec Chris Moore, producteur de TV On The Radio,  Yeasayer, The Yeah Yeah Yeahs, Foals, entre autres. Vous vous sentez proches de cette scène indé ?
Vincent Vendetta : C'était la première fois qu'on travaillait avec un "étranger" au groupe. Ça a été vraiment enrichissant. Mais il était important pour nous qu'il vienne un peu du même monde, et on aime beaucoup cette scène-ci, oui. Peut-être qu'on travaille d'une manière un peu moins traditionnelle que dans ce qu'on appelle le mainstream. Et Chris a définitivement travaillé avec des groupes plus expérimentaux, en tout cas qui vont plus loin que le classique guitare/basse/batterie. C'était super de se retrouver en studio avec lui, on a passé des heures à s'amuser avec les synthés, sans avoir à regarder avec angoisse l'horloge au-dessus de nos têtes. On a eu le temps de chercher, trouver, creuser des idées. Ça finissait souvent en jam session qui étaient enregistrées et on en a gardé des choses très riches pour l'album. En plus Chris est très branché synthé, je ne peux que l'aimer.
 

 

Et si le synthé n'existait pas, vous feriez comment ?
Vincent Vendetta : Quand j'avais 6 ans, mes parents m'ont inscrit à des cours de violon, 2 heures tous les jours. Et à 12 ans, j'ai intégré un petit ensemble de cordes. On jouait dans des centres commerciaux, des mariages et d'autres trucs dans le genre. Donc j'imagine que si je devais remplacer le synthé, ce serait par des cordes. D'ailleurs il faudrait qu'on essaie, ça pourrait être sympa des violons. Mais je joue surtout de la guitare. Si le synthé n'existait pas je pense que je serais heureux de jouer dans un groupe de rock à grosses guitares. On en revient à AC/DC.
 
Vous contrôlez tous les aspects de votre projet, l'écriture, la production, les artworks, les clips...
Vincent Vendetta : On essaie. On aime ce côté old school DIY. C'est comme ça qu'on a commencé, c'est comme ça que tous les groupes commencent. C'est beaucoup de travail en plus, en tournée par exemple il est difficile de jongler avec tous ces différents aspects. Mais nous sommes 3 et chacun fait sa part de boulot, on s'entraide. C'est un challenge mais c'est vraiment gratifiant.
 
Vous avez déjà fait passer des messages subliminaux dans votre musique ?
Vincent Vendetta : Hmmm oui... Je passe des sons à l'envers. Parfois quand je fais des remixes, je m'amuse à y ajouter des bruits bizarres. Quand il y a un break je rajoute des sons ridicules, comme des bruits d'animaux de la ferme, mais en les passant à l'envers au lieu d'entendre une vache ça donne un son venu tout droit de l'enfer. Tous ces petits effets m'amusent beaucoup. Et puis quand on a enregistré notre premier EP dans mon salon, j'avais deux chatons. Et chaque fois que j'enregistrais ma voix, il y avait les miaulements de mes chats à l'arrière. Ça ne se remarque peut-être pas au premier abord mais lorsqu'on donne nos morceaux en plusieurs parties pour en faire faire des remixes, on les entend très bien. C'est subtil mais ça apporte une atmosphère très intéressante à ces premiers enregistrements.
 
C'est toi alors, qui t'occupes du MySpace de votre label, Siberia ? Vous n'êtes amis qu'avec des chats...
Vincent Vendetta (rire gêné) : Tu sais j'ai grandi avec des chats...
 
Toi aussi tu es donc fan des LOLcats ?
Vincent Vendetta (explosé de rire) : Ouais ! Quand j'ai créé cette page, il a quoi, 4 ans, beaucoup de gens sur MySpace créaient des pages pour leurs animaux de compagnie. Et puis au fur et à mesure beaucoup sont morts, c'est tellement triste quand tu vois ces photos de petits chats avec un signe R.I.P. Je passe mon temps à remplacer les morts par de nouveaux amis chats vivants.
 
Vous signeriez d'autres artistes sur votre label un jour ?
Vincent Vendetta : Oui, on aimerait bien. Mais nous sommes tellement occupés pour le moment avec notre propre musique que ça attendra encore un peu. On nous envoie beaucoup de démos et il y en a de vraiment bonnes. On commence à prospecter un peu plus sérieusement. On va essayer de faire quelque chose avec Kirin J. Callinan assez vite. C'est un artiste expérimental australien, il utilise des guitares et des boîtes à rythme mais il va très loin, sa démarche nous intéresse. On reçoit aussi pas mal de messages de groupes russes, parce que “Siberia” tu vois, alors les gens croient que c'est un label sibérien. On envisage de sortir une compilation de tous ces groupes, ce serait cool non ? On va sûrement aller faire un tour en Russie un peu plus tard dans l'année.
 
Le meilleur lieu pour un concert à Paris ?
Vincent Vendetta : J'aime beaucoup être en extérieur et j'ai vu quelques groupes d'amis comme Scenario Rock au Point Ephémère, on n'y a jamais joué nous-mêmes, on y est passé en DJ set en revanche. C'est sympa de pouvoir sortir, être sur les quais par une belle journée d'été. J'aime cet endroit juste parce qu'on peut y respirer, si on veut. Sinon j'aime jouer dans les vieux théâtres, ça apporte une autre dimension au concert, le Bataclan m'a plu. J'ai vu Duran Duran une fois à La Cigale, c'était pas mal aussi, j'espère qu'on pourra y jouer bientôt.
 

Tu sais dire quelques mots en français à part "Le tour Eiffel, Paris,  le France, je t'aime" et "Voulez-vous coucher avec moi ce soir" ?
Vincent Vendetta : Je me souviens être allé au zoo une fois et j'ai dû demander, c'est sûrement pas français mais bon "Où est le section pour crocodiles ?" Et à Melbourne, il y a une entreprise en bâtiment qui s'appelle “Grocon”. Un jour, avec des amis français, nous sommes passés devant cet énorme panneau Grocon,  et ils se sont mis à rire aux larmes, je ne comprenais pas pourquoi. Je leur ai demandé ce qu'il y avait de si drôle et maintenant je sais dire gros con.
 
Vous avez des amis proches à Paris ?
Vincent Vendetta : Oui, j'ai dîné avec Gaspard et Xavier de Justice hier soir, et je vais sûrement les rejoindre après ces interviews ce soir. On a fait notre première tournée en Amérique du Nord, aux Etats-Unis et au Canada, avec eux. C'était un très bon départ pour nous, on ne pouvait pas imaginer mieux, et forcément, ça crée des liens. C'est sûrement pourquoi on aime tant venir à Paris, on y retrouve des potes. Les mecs de Château-Marmont je les connais aussi depuis pas mal de temps et c'est toujours bon de les revoir. D'ailleurs, je me demande s'ils sont à Paris en ce moment. Jamaica aussi... Oui, on a vraiment de bons amis ici.
 
Tu regardes des séries à la télé ?
Vincent Vendetta : J'aimais bien Lost mais c'était devenu beaucoup trop frustrant pour moi, chaque semaine j'avais envie d'exploser ma télé. Tellement de questions, et j'avais besoin de réponses qui ne venaient jamais. Alors j'ai arrêté pour ma propre santé mentale, et pour ma télé aussi.
 
Des coups de cœur musicaux récents ?
Vincent Vendetta (réfléchit longuement) : Hmmm non je ne peux pas dire ça. Attends je cherche un truc acceptable.
 
C'est tant la honte que ça ce à quoi tu penses ?
Vincent Vendetta (rires) : Oui, tu n'imagines pas ! Je vais t'en trouver un autre... J'ai toujours plus ou moins eu une passion pour Belinda Carlisle. Elle faisait partie du groupe The Go-Go's au début des années 80. C'était un groupe composé de 4 filles et puis elles ont splitté et Belinda Carlisle est partie faire une carrière solo. Elle a fait quelques tubes à la fin des années 80 comme Summer Rain, de la pop bien commerciale. D'ailleurs je crois qu'elle vit dans le sud de la France aujourd'hui, et comme j'y vais la semaine prochaine, j'envisage de la pister sur Internet, trouver où elle vit, quels sont ses restaurants préférés, pour lui demander de faire un duo. Mais je doute que ça marche.
 
Pink Floyd ou The Who ?
Vincent Vendetta : Probablement Pink Floyd.
 
Morricone ou Moroder ?
Vincent Vendetta : Ça se vaut, mais je dois dire Moroder, il a conçu sa propre voiture de sport.
 
Dario Argento ou David Cronenberg ?
Vincent Vendetta : Argento.
 
Phantom of the Paradise ou Rocky Horror Picture Show ?
Vincent Vendetta : Je viens de voir le Rocky Horror Picture Show. Je suis obligé de choisir celui-ci, juste pour Susan Sarandon, elle est magnifique.
 
Tu as déjà remixé des groupes que tu n'aimais pas ?
Vincent Vendetta : Pas vraiment. Si on accepte un remix c'est qu'il a quelque chose qui nous plaît et qu'on a envie de broder dessus, même si je ne suis pas forcément fan du groupe à la base.
 
Tu as déjà été arrêté ?
Vincent Vendetta : Non, ça aurait pourtant été l'occasion rêvée de frimer et de te raconter une histoire incroyable, mais non. Donne-moi encore 5 ou 10 ans, et on refera le point.
 
Tu as déjà abusé de tes groupies? Et si oui y en a-t-il eu des mineures?
Vincent Vendetta (rires) : Non je n'ai jamais profité d'une fan mineure. Je suis assez sentimental comme garçon. Par contre, pour les autres mecs du groupe il faudra que tu leur demandes personnellement, je ne réponds pas d'eux.

Tu ne veux toujours pas me dire à quoi tu pensais tout à l'heure à propos de tes coups de cœur musicaux ?
Vincent Vendetta : Ok... Je pensais à Party in the U.S.A. de Miley Cyrus... Elle a de bonnes chansons pop, très accrocheuses, je te jure !
 

Hortense de Rouvre // Photos: Cybele Malinowski.