Le terroir des musiques électroniques françaises est très fertile. Ses plus fins connoisseurs ont déjà lu le nom des Gentlemen Drivers. Le duo parisien œuvre depuis plusieurs années au travers de nombreux remixes, playlistés chez Kitsuné notamment, et compte à son actif plusieurs DJ sets dans les meilleurs lieux de débauche de la capitale. Les GD’s ont un univers visuel lié à la route et au voyage. Benoich et Mica (deux noms qui sonnent comme des pseudonymes de karting) préfèrent une conduite courtoise et élégante à celle des dangereux conducteurs de deux-roues qui ne méritent que la mort. Leur musique électronique à eux est un peu club, un peu pop. Ils sortent un premier EP, L'Arche, 4 titres dont un featuring avec Soko, qui joue habilement sur le contraste entre les sons synthétiques et froids et les mélodies catchy et pleines d’émotion. Des synthés, des mini-samples, des montées et breaks club, des rythmiques pop… de la musique, quoi. Mais en bien mieux que bien d’autres.


Comment Mica et Benoit se sont-ils rencontrés ?
Benoich :
On s’est rencontrés en 5ème au collège. On a grandit dans la même ville, à Saint Cloud.  On n’était pas dans la même classe mais  on partageait les mêmes heures de permanence.
Mica : Les mêmes heures de colle !
Benoich : C’est vrai, c’est plus cool de dire qu’on s’est rencontrés en heure de colle, après avoir fumé un ou deux profs t’as vu.

Background musical ?
Mica :
J’écoutais des trucs assez pop, les Beatles, Michael Jackson, Supertramp… Et je suis vite arrivé à la musique électronique. J’ai écouté pas mal de french touch et d’autres trucs plus abstraits. Tout ne me branchait pas forcément en french touch mais c’était une vague assez intéressante. J’aimais d’autres facettes de la musique électronique, la deep house notamment; il y avait beaucoup de français dont j’aimais beaucoup le travail comme DJ Deep, Gregory, des trucs comme ça.
Benoich : J’écoutais la musique en fonction des modes vestimentaires que je suivais sur le moment. Comme je faisais de la batterie, j’ai écouté du métal, du rock. J’ai écouté beaucoup de rap aussi. Je m’y connaissais moins en musique électronique, c’est vraiment Mica qui m’a fait connaître cette musique. Au début, je connaissais les titres qui passent en radio, ça n’allait pas plus loin.

Qu’est-ce qu’un Gentleman Driver ?
Mica :
Selon la vraie définition, ça désigne une catégorie en sport automobile, des seniors qui font des courses avec leurs belles voitures sans trop prendre de risque.  Pour nous, c’est plus un personnage qui emmène vers l’évasion.
Benoich : Le pilote de l’évasion…

Mica, tu faisais beaucoup de karting étant plus jeune, je crois.
Mica :
Oui, mais je ne parlerai de karting que si Benoit parle de tir à l’arc ! Il était très fort en tir à l’arc !

Tu faisais beaucoup de tir à l’arc Benoit ?
Benoich :
Il a un délire de dire que j’ai fait du tir à l’arc. Non, j’ai dû en faire une fois au Club Med. Ça s’arrête là.
Mica : Allez, tu parles pas de ton arc, celui que t’avais à l’époque ?
Benoich : Non, moi je faisais surtout de la batterie.    



La musique GD ?
Mica :
On fait de la musique électronique à tendance mélodique.
Benoich : On veut faire de la musique plutôt club.  Pas club dans le sens « ultra-turbine », mais plutôt un truc ambiant, un peu mélodieux, atmosphérique. C’est plus une musique de club avec un univers, une atmosphère.

J’ai cru comprendre que vous aviez envie de vous diriger davantage vers une production pop comme pour votre titre avec Soko notamment ?
Mica :
C’est quelque chose qu’on a envie de garder en parallèle à nos productions club, un pendant un peu pop, avec des voix. On adore mélanger le côté froid de la musique électronique avec une voix intéressante.
Benoich : Et le travail est assez différent. Quand on fait une production sans voix, il faut qu’il y ait une ambiance, il faut que la musique parle d’elle même. Alors qu’avec une voix, c’est comme quand on fait un remix, c’est un autre travail, la structure est différente. Le côté producteur nous intéresse beaucoup.

Soko ?
Mica :
Je la connais depuis presque 10 ans. On a commencé à faire de la musique au même moment et on s’est toujours dit qu’on aimerait bien travailler ensemble. On l’a donc invité à faire un featuring sur une de nos productions.
Benoich : Avant ça, on avait fait un remix des Klaxons, Not Over Yet. On trouvait ça drôle de faire réinterpréter la chanson par une voix de fille. Et c’est naturellement qu’on a demandé à Soko. Mais en fait ce titre a une histoire assez tragique : il commençait à prendre pas mal à sa sortie, on était bien soutenus par notre maison de disque Because. Mais un jour, on a reçu un mail nous disant que les Klaxons demandaient de retirer le morceau parce qu’il commençait à  trop tourner à leur goût, sur des radios étrangères, en Australie notamment et sur des blogs. On a dû enlever ce morceau, ça a été une petite frustration. Mais ça nous avait beaucoup plu de faire l’enregistrement avec Soko, on avait beaucoup aimé cette partie du travail, on a donc voulu le refaire pour nous.

Le remix dont vous êtes le plus satisfait ?
Mica :
Le remix de Klaxons, Not Over Yet.
Benoich : Moi j’aime vraiment bien le remix qu’on a fait pour Hockey, Too Fake. Et aussi celui qu’on a fait pour Comanechi, Death Of You.

Les titres des morceaux de l’EP ?
Mica :
L’Arche : le titre fait référence à la chaîne de restaurants d’aire d’autoroute. C’est le point de départ de la route, du voyage. On aimait bien leur univers visuel.
Benoich : On avait travaillé ce titre comme une espèce d’intro pour l’EP, de point de départ. Perpetual, c’est un truc de riches conducteurs de belles voitures. Ça vient du mouvement de la Rolex qui est soi-disant perpétuel. On est assez fans de montres.
Mica : Et on trouvait que le nom sonnait bien.
Benoich : Et puis pour la flambe aussi ! Pour, 2042 LA Dream, c’était un peu notre première production. On l’avait faite à la base pour une compilation Source Lab.
Mica : Les compiles Source Lab étaient des compilations prescriptrices, qui mettaient en avant des artistes comme Phoenix, Air ou Sébastien Tellier à leurs débuts.
Benoich : Le titre de ce morceau fait référence à notre rêve ultime de l’époque, celui d’aller à Los Angeles. Finalement, la compilation n’est jamais sortie. On a gardé le morceau pour notre maxi.  Et enfin, pour Beat Her, c’est le refrain que Soko chante.

La pochette ?
Benoich :
C’est Quentin Brachet qui a fait le logo et toute notre pochette. C’est un mec qui travaillait pour H5 et entre autre, sur Logorama.
Mica : On a contacté Quentin alors qu’on ne le connaissait pas du tout. Il aimait bien ce qu’on faisait et ça le branchait bien de bosser sur notre pochette.
Benoich : Ce qui nous faisait marrer, c’est que H5 avait déjà réalisé plusieurs pochettes d’artistes de la vague french touch (comme Super Discount, les compiles Source Lab, Demon, Alex Gopher…) et leur style était très différent des derniers trucs qui se faisaient. Ils avaient un peu ce côté 90’s voulu qui nous plaisait bien.

D’où vient la photo ?
Benoich :
La photo a été prise par Mica, lors d’un voyage à Los Angeles. Sur la photo, Soko met de l’essence dans son pick up, à une station service. On la suivait sur la route de New Port Beach… avec nos Rolex bien évidemment.



J’ai vu qui vous aviez sorti un « sent-bon » pour voiture, estampillé Gentlemen Drivers ?
Mica :
On a voulu faire des objets promo un peu originaux, qui sortaient de l’ordinaire.
Benoich : On voulait sortir du traditionnel sticker même si on en a fait aussi. Ils sentent très bon, senteur vanille, très pratiques !

Donnez-moi des titres honteux que vous aimez bien.
Mica :
J’aime beaucoup le dernier album des BB Brunes.
Benoich : J’aime bien Bruel. J’aime bien Zhao aussi, mais ça c’est à cause de mon pote Aldo. Sinon, j’aime bien le morceau Point of Vue d’un groupe qui s’appelle DB Boulevard. Ce morceau sample un morceau des Phoenix, Heat Wave. Point of Vue est un peu une reprise cheap, une sorte de tube de l’été de l’époque. Je me souviens du clip horrible, avec des personnages et un décor en carton. C’est un peu honteux, parce que celle que je préfère c’est quand même la version un peu pourrie de DB Boulevard. Sinon, j’écoute la radio en voiture, et ça c’est un peu honteux aussi. Et quand j’entends un petit Cœur de Pirate, ça m’arrive de fredonner un peu.

Il y a une sorte de concours de photo sur votre Facebook…
Benoich :
Oui, on a eu plein de personnes qui se sont prises en photos avec notre EP devant leur tête et ont posté leurs photos sur notre Facebook. Et d’ailleurs, si une fille veut faire pareil, les seins à l’air, on n’est pas contre. On est assez ouverts d’esprit.
Mica : Il faut juste qu’elle ait une belle poitrine.
Benoich : Si on a une photo avec des seins nus, ce sera déjà cool. On trouve notre EP à la Fnac, Virgin et chez les bons disquaires !

Est-ce qu’en bons Gentlemen Drivers, vous avez toujours 12 points sur vos permis ?
Mica :
Il doit m’en rester 8.
Benoich : Moi je n’en ai plus que 2. Je dois passer un stage d’ailleurs. Mais je me dis que si je me fais arrêter, je sors un vinyle Gentlemen Drivers ou un sent-bon et peut être qu’ils me laisseront passer.

Que pensez-vous de l’alcool au volant ?
Mica :
On est pour.
Benoich : C’est à cause de ça que je n’ai plus que 2 points… et ça m’a valu un retrait de permis. Maintenant, je fais super attention.

Vos prochains titres ?
Benoich :
On prévoit de sortir un maxi à la rentrée, en septembre, au même format que ce premier EP : 4 titres, dont un featuring avec une petite chanteuse qui s’appelle Lisa Li-Lund. On a toujours été assez fan de ce qu’elle fait et de son univers. Même si elle ne fait pas de musique électronique a priori.
Mica : Mais elle a une voix qui s’y prête.
Benoich : On veut faire un truc assez classe et ensuite penser à faire un album.

Un clip :




++ myspace.com/gentlemendrivers
++ facebook.com/gentlemendriversmusic


Gaétan Boussand // Photos: Dimitri Coste.