LCD Soundsystem ayant annoncé sa retraite musicale, vas-tu devenir le nouvel ambassadeur de DFA?
Juan MacLean :
Je ne pense pas que la fin annoncée de LCD soit définitive. James dit parfois des choses, mais je ne les prends pas vraiment au sérieux. Son dernier album est excellent, et sa tournée se passe incroyablement bien, je pense que cela va être difficile pour lui d'arrêter. De plus, beaucoup d'entre nous seraient très mécontents s'il n'y avait pas d'autre album de LCD, hors de question qu'on le laisse prendre sa retraite. Pour ce qui est d'être un ambassadeur, non, je suis bien trop fauteur de troubles.


Mais ressens-tu une pression par rapport à cela ?
Juan MacLean : 
D'une certaine façon, oui. J'ai déjà imaginé un futur sans LCD. Mais je suis certain que James ne disparaîtra comme ça pas de la surface de la terre, donc notre vie de tous les jours n'en sera pas affectée plus que ça. Peut-être qu'il se consacrera à DFA à temps plein, car je sais que cela fait plusieurs années qu'il est frustré de ne pas pouvoir s'occuper plus du label.

Quel rôle a joué James Murphy dans ta vie, puisqu'il a notamment produit Law of Ruins en 1998 ?
Juan MacLean :
Je ne ferais pas de la musique en tant que The Juan MacLean si James ne s'était pas montré aussi enthousiaste à l'idée que je me remette à produire de la musique. James et Tim on monté DFA dans le but de sortir les premiers maxis de Rapture et de moi-même. Depuis ce jour, j'ai le sentiment que ma musique est liée au label, à James et à toute la famille DFA, et cela d'une façon différente d'une relation traditionnelle entre un artiste et un label. Il s'agit plus d'un collectif de potes, on participe tous aux morceaux des autres, on joue tous dans les groupes des uns et des autres.

Comment en es-tu arrivé à faire de la house music moderne sur un label électronique après une carrière dans le monde post-punk/indie avec Sub Pop ?
Juan MacLean :
Mon premier groupe, SIx Finger Satelitte, était très influencé par la disco à un moment où cette musique horrifiait les gens. On était très post-punk mais comme Gand of Four, PIL, The Slits et d'autres, on s'inspirait de la funk et de la disco. Donc pour moi ce n'était pas faire un grand écart que de mettre à produire exclusivement de la dance music. D'autant plus que dès le milieu des années 90, je me suis mis à écouter de la techno de Detroit et de la house de Chicago.

Tu as la réputation d'être très calé pour tout ce qui concerne le hardware. C'est important pour toi de contrôler chaque aspect de ta musique ?
Juan MacLean :
J'avais mon propre studio à 20 ans, donc j'ai grandi en tant que producteur à l'époque du hardware. J'ai accumulé énormément de matériel au cours des années, une collection qui vaut aujourd'hui une fortune, mais que j'ai récupérée dans des magasins de seconde main pour rien du tout. Selon moi, il y a deux avantages. D'une part, je travaille beaucoup mieux quand je peux physiquement toucher des boutons, des curseurs, des faders, tout ce qu'il est possible de bouger pour changer le son. Deuxièmement, je trouve tout simplement que le son est meilleur. Et pourtant plein de gens font des morceaux incroyables en utilisant du software. Je ne sais pas comment ils font, j'en suis incapable, je ne sais même pas comment on fait !

Que penses-tu des autres artistes qui sont connus pour travailler de cette façon, comme par exemple Manuel Göttsching ?
Juan MacLean
: Ils m'ont énormément influencé. Quand j'étais adolescent, j'étais obsédé par les sons de Kraftwerk . Je n'avais aucune idée de la façon dont ils faisaient leur musique, et c'était avant Internet donc c'était vraiment difficile de trouver des réponses. C'est en me plantant alors que j'essayais de copier des gens comme Kraftwerk, Göttsching, Eno ou Can que j'ai réalisé mes plus grands succès musicaux personnels .
 
De 6FS à Juan MacLean, tu as exploré de nombreuses textures, mouvements, etc. Qu'est-ce qui fait qu'un son est excitant ?
Juan MacLean :
Je vais dire une phrase de hippie ésotérique qui ne veut rien dire, mais c'est impossible de décrire ceci avec des mots. Très souvent, j'essaie d'écrire une chanson parce que je suis simplement excité par un son. Et c'est paradoxal, parce que la plus simple oscilliation générée par un Roland SH-101 peut être une source incroyable d'inspiration, pour que je crée ensuite un programme très complexe dans mon synthé Waldorf avec des modulations sans fin et des échantillons, ce qui est tout autant excitant. Une chose que je sais c'est que c'est très facile pour moi de rendre intéressants les sons synthé analogiques. Ils ont ce "mouvement" que les synthés digitaux ne possèdent pas.

Ta carrière musicale a été émaillée de nombreuses tragédies. C'est peut-être trop personnel, mais est-ce un aspect qui a affecté ta musique ?
Juan MacLean :
Très certainement. J'y pense beaucoup ces temps-ci. Je n'ai joué que dans deux groupes au cours de ma carrière musicale, et ces deux groupes ont connu la mort tragique de membres que je considérais comme mes meilleurs amis. Ma musique a toujours eu un côté mélancolique, et bien entendu ces événements m'ont beaucoup influencé. Cependant, une chose m'a attiré vers la house music : un sens de l'optimisme. J'ai un côté sombre mais je suis aussi rempli d'espoir.

Que penses-tu de Hercules & Love Affair ? Es-tu porté par le même objectif, explorer le passé en devinant que "le futur viendra" ?
Juan MacLean :
J'adore Hercules & Love Affair. Je pense qu'on partage des idées très similaires, qu'on a tiré des leçons du passé pour faire une musique qui a un sens dans le présent.

Tes chansons durent souvent plus que les 3 minutes obligatoires pour un passage radio. Est-ce que c'est important pour toi de faire des morceaux de 10 minutes ?
Juan MacLean :
Oh oui, très très important. James et moi, on se dit souvent qu'on ne peut pas oublier que les maxis ont toujours été l'essence de DFA, c'est notre marque de fabrique. Faire des tracks pour le dancefloor sera toujours mon orientation première. Ceci dit, j'aime aussi les pop songs moins longues. Sur mon dernier album, je me suis forcé à réduire la durée de certains morceaux, et on fait toujours des edits radio.

House ou techno ?
Juan MacLean : House bien sûr. La house music est en plein grand retour, il y a beaucoup de producteurs qui font des morceaux incroyables en ce moment.

 

Olivier Tesquet // Photos: DR.