Présentation, qui fait quoi ?
Romain :
Ben... On fait tous du synthé. (rires)
Quentin : C'est ça qui est génial en fait.
Raphaël : Moi je chante aussi.
Quentin : Et tout le monde compose. Minitel Rose, c'est un sport d'équipe.

Vos influences ?
Romain :
Beaucoup de Prince déjà.
Quentin : La pop des 60s aussi. Nos influences sont assez vastes, au début on faisait beaucoup de samples, du rap. On achetait beaucoup, beaucoup de disques des 60, 70, 80. Ça nous a ouvert sur une palette d'un milliard de trucs. Pas mal de musique noire, de la soul, du funk, du jazz, du disco.

Pas de Jean-Michel Jarre ?
Quentin :
Non, on n'écoutait pas trop de musique avec des synthés. En fait on aimait les synthés mais plutôt sur les musiques de l'espace, toute la scène Moroder, Vangelis...

Vous semblez avoir adhéré à ce phénomène qu'est le vidéo clip. Quelle est la réelle valeur ajoutée de ce nouveau support pour des artistes à part passer au top 50 ?
Quentin :
Ben, des mecs vont inventer Internet dans pas longtemps et ça va grave buzzer.
Raphaël : Le clip, c'est un passage obligé. C'est hyper dur d'en parler comme dans les 80's parce que justement à cette époque les budgets étaient des budgets de films de cinéma et aujourd'hui t'es obligé de faire des clips avec 100 euros. Tu passes sur MTV quand même mais bon.
Romain : Y a tout le délire du fond vert aussi dans les années 80...
Quentin : Carrément mais à l'époque ça coûtait cher le délire sur fond vert.
Raphaël : Ce qui est bien aujourd'hui avec le fait qu'il n'y ait pas beaucoup d'argent dans les clips c'est que les gens se creusent un peu plus la tête.
Quentin : Il n'y avait pas non plus de notion de censure ou de politiquement correct. Aujourd'hui tu as même une autocensure vachement plus importante.
Raphaël : Dans les 80's les gens n'avaient pas peur du ridicule, ils ne se prenaient pas autant au sérieux.
Quentin : C'est justement ça qu'on aime dans les 80's, plus que la musique ou quoi que ce soit d'autre. Finalement on n'écoute pas grand-chose des années 80. On est surtout attachés à l'image et à ce côté "on ne se prend pas la tête, on fait la teuf, on s'en fout."
Raphaël : Comme dans Miracle sur la 8e rue, c'est un film pour enfants produit par Spielberg. A un moment, il y a un couple en train de se disputer. Le mec dit à la femme "Non mais attends, t'es pas dans la réalité là." Et la nana lui répond "Mais attends, on est dans les années 80, on en a rien à foutre de la réalité." Je trouve cette phrase géniale, surtout dans un film pour enfants.

Clip - Continue



Le compact disque se démocratise, est-ce la fin annoncée du vinyle ?
Quentin :
Oui maintenant les jeunes copient sur cassettes, ils n'achètent plus rien. C'est abusé.
Raphaël : C'est quand même pas mal. Le CD c'est vachement plus petit que le vinyle, il faut le dire.

Considérez-vous que si un ami me fait une cassette de votre album pour que je puisse l'écouter dans mon baladeur, c'est du vol?
En chœur :
Non c'est cool de faire ça.
Raphaël : Quand j'étais au collège, c'était cool de faire des cassettes pour les filles.
Quentin : Nous ce qu'on veut c'est que la musique soit diffusée. Concrètement, aujourd'hui ce qui fait vivre Minitel Rose, c'est les lives. Les CDs, les vinyles, sauf si demain on en vend 300 000... Ce qu'on veut c'est qu'il y ait un maximum de gens qui écoutent notre musique.

Et si un jour on avait les avancées technologiques nécessaires pour ne plus avoir besoin de support physique tels qu'une cassette, un CD, un vinyle (l'ordinateur il paraît que c'est l'avenir) pour écouter de la musique... Seriez-vous pour ou contre le fait que la vôtre soit accessible gratuitement par tous, tout le temps, partout?
Raphaël :
Mais c'est impossible! C'est de la sorcellerie!
Romain : Ben si, ça nous dérangerait un peu quand même. On devrait faire des clips pour encore moins cher.
Quentin : Bon, on va peut-être changer de métier en fait.

Mais une société est quand même culturellement plus riche lorsqu'elle est libre d'emprunter et de construire sur le passé. Les remixes, les samples, c'est aussi ça...
Quentin :
Oui bien sûr... Nous-mêmes avons commencé comme ça avec Minitel Rose.
Raphaël : On a emprunté au rock, à la dance, tout ça, justement parce que nous y avons eu accès. Au collège tu avais ceux qui écoutaient du rap, ceux qui écoutaient du rock et ça ne se mélangeait pas du tout. Il fallait les acheter les disques. Il fallait choisir, tu ne pouvais pas tout avoir. Et le choix était difficile. Quel album de rap vais-je acheter ? Et puis les radios c'était pareil. Il n'y avait pas grand-chose. Moi, j'attendais une émission qui passait à 3 heures du mat' le mardi soir et j'attendais 3 heures pour mettre la cassette, je m'endormais et je mettais le réveil une demi heure après pour retourner la cassette et enregistrer l'autre face. Et ça me faisait la semaine. Je suis sûr que sans Internet il y aurait eu plein de choses que je n'aurais jamais connues.
Quentin : Et puis tu peux découvrir plein de trucs qui n'ont pas forcément été diffusés. Tous les skeuds qui ne sont jamais sortis en France déjà.
Raphaël : Nous sommes POUR tout ça, définitivement.

Votre budget musique mensuel ?
Quentin :
Attends, c'était les anciens francs à l'époque non ?
Romain et Raphaël : Ah non non quand même pas !
Quentin : Si, si en 1989 c'était les anciens francs!
Raphaël : Non, non.
Quentin : Bon, moi, 500 francs. J'achète pas mal de CDs.

Budget Minitel Rose mensuel ?
Raphaël :
3000, 4000 francs.
Quentin : Ah oui à l'époque c'était payant... S'il fallait retranscrire le temps de porno de maintenant en temps payant d'avant... J'aurais une belle amende.
Raphaël : Moi ça me fait peur toutes ces machines, j'ai peur d'attraper un cancer.
Romain : Le Journal du Hard ça existait déjà ?
Quentin : Ouais ouais.
Romain : Alors c'était gratos.
Quentin : Ben non, fallait avoir Canal.
Raphaël : Ça coûtait combien?
Quentin : Je sais pas, 200, 300 francs.

Comment expliquez-vous que les affiches pour 3615 Ulla soient aussi laides ?
Quentin :
Pas du tout, c'était un canon de beauté à l'époque la meuf!
Raphaël : Ils misaient surtout sur la taille.
Quentin : Je suis sûr que des colleurs d'affiches en sont morts. Elles sont efficaces, la preuve tout le monde s'en rappelle et c'est ça l'essentiel.
Romain : Un chiffre, une meuf, un prénom.
Raphaël : Elles sont super pops ces affiches.
Quentin : Simples et efficaces.
 
Que pensez-vous de notre président actuel ?
Raphaël :
Il a l'air de magouiller grave.
Quentin : Carrément, je suis sûr qu'il a une fille cachée.

79 loi Veil, 81 abolition de la peine de mort, 82 l'homosexualité n'est plus un délit. Le prochain grand chantier à mettre en oeuvre pour ces années 90 c'est quoi?
Romain :
Un tunnel sous la manche, ouvrir les frontières!
Quentin : La place de la culture dans l'éducation. En France, 1 heure de musique, 1 heure de dessin par semaine, c'est light. Et il y a peu de pays où c'est aussi peu développé. On a une culture encore super élitiste, 8 heures de français, 4 heures de physique...
Raphaël : Ce qui serait super c'est que dans le futur on puisse dire "Faut que j'y aille, j'ai cours de mp3 là." Ou cours de téléchargement, comment télécharger plus de mp3 en moins de temps.
Quentin : Mettre l'accent sur l'informatique, ce serait pas mal c'est vrai. A la maison j'avais un ordinateur sous Windows 95 et à l'école on était toujours sous MS-DOS ! Il fallait enregistrer en tapant C://. Ridicule.
Raphaël : Le paradoxe temporel.


Votre top 5 albums de cette dernière décennie?
Prince – Purple Rain
Giorgio Moroder, mais lequel ?
Serge Gainsbourg – L'homme à tête de chou (1976, perdu ndlr)
David Bowie – Let's Dance
La B.O. de Flashdance

Votre dessin animé préféré du Club Dorothée?
Quentin :
Les Chevaliers du Zodiaque.
Romain : Moi aussi.
Raphaël : Moi je n'étais pas trop Club Dorothée, plutôt la 3, Ulysse 31. Quand tu regardes le vaisseau d'Ulysse c'est exactement le logo de la 3, c'est ouf. Albator aussi.

Nintendo ou Sega ?
Quentin :
Sega.
Romain : Moi aussi, mais ce n'était pas un choix. C'est la première console que j'ai eue et puis j'ai continué. Mais Nintendo c'était peut-être pas plus mal.
Raphaël : J'avais la Nintendo mais j'aimais bien aller jouer à la Sega chez mon cousin. Mais le top c'était la Neo Geo, les jeux d'arcade dans ton salon, ça coûtait le prix d'une voiture, personne ne l'avait, c'était le rêve absolu.

D'ailleurs vous ne pomperiez pas un peu la musique de ces nouveaux "jeux vidéos" ?
Quentin :
Ça nous a forcément influencés de façon inconsciente.
Raphaël : Quand tu passes 24 heures sur le 3e niveau d'un monde avec une musique en boucle, tu finis par aimer ce son de synthé. Tu le remets plus tard dans telle chanson mais tu ne le sais pas en fait.
Romain : On s'est tous rechopé une console et quand on joue, j'ai constamment envie de sampler des trucs.
Quentin : Certains mecs sont des légendes. Celui qui a fait la musique de Street Of Rage par exemple.
Raphaël : Je me suis fait la réflexion il n'y a pas longtemps… Avec quel jeu déjà? La musique, on dirait les productions de rap bling-bling de 2009.
Romain : Wolverine sur Super NES.
Raphaël : Oui c'est ça! Bon ça date de 1996 mais on dirait les instrus de Booba, vraiment. Ça ne ressemble pas un peu, c'est ça. Tu te dis juste "OK, le mec avait 15 ans d'avance. Il s'est juste planté, il a fait ça pour un jeu vidéo." C'est vraiment conçu de la même manière et ça ne ressemble à rien de cette époque-là. C'est assez étrange. En plus les mecs étaient super limités. Tu mettais ta disquette qui transmettait la partition à la console. Et c'était le synthé intégré à la console qui retranscrivait la partition. Il fallait se faire chier à trouver des mélodies, des trucs marrants avec très très peu de moyens.
Quentin : Et dans Mickey & Donald, le niveau du monde sous-marin c'est du Boards of Canada, c'est hallucinant.
Raphaël : Oui, en jeux vidéos il y a des trucs hyper bien, ça rend dingue par contre, mais c'est vraiment bien.

Starsky & Hutch ou Magnum ?
Tous :
Magnum.
Raphaël : Pour l'avoir revu il n'y a pas longtemps, c'est ultra chiant Starsky & Hutch.
Quentin : Oui, il y a un côté mélo tellement relou. Au moins Magnum assurait.
Raphaël : Le mec, il a la chemise hawaïenne, la moustache, le short, la Ferrari et il arrive quand même à être le mec le plus masculin de l'histoire alors qu'a priori, c'était mal barré. Magnum défonce.
Quentin : Et puis le cadre est mortel, Hawaï.

Retour vers le Futur ou Le Flic de Beverly Hills ?
Tous :
Oh c'est chaud là ! C'est dur. Ouh la la la.
Quentin : Bon, Retour vers le futur.
Raphaël : Oui tout de même. Regarde Quentin est habillé comme Michael J. Fox, jean, énormes baskets montantes.
Quentin : Oui c'est vrai. C'est pour ça que je te parlais de l'iPhone, je reviens du futur là.

Michael Jackson ou Madonna?
Quentin :
Michael Jackson.
Romain : Je n'ai jamais aimé Madonna...
Quentin : Michael restera toujours Michael.

Dessine-moi un mouton de l'an 2010.



 
Télécharger le mix de Minitel Rose, Summer Hits On Fire Volume 2 : ici.


 
Hortense de Rouvre // Photos : Gregg Brehin // Dessin : Minitel Rose.