Bon, alors commençons par le début : quand tu étais petit, si tu avais été capable de te réincarner en gamin populaire, est-ce que tu l’aurais fait ?
Ariel Marcus Rosenberg (Ariel Pink) : Non, je ne pense pas, non. Mais ce qui est sûr, c’est que j’ai été un gamin beaucoup plus longtemps que ce qui est permis chez la majorité des gens. D’ailleurs je suis encore en train d’apprendre qu’être payé pour être soi-même, ce n’est pas tout. Enfin ce n’est pas la seule chose qu’on puisse faire de sa vie. J’aimerais faire d’autres trucs.

Quel genre trucs ?
J’aimerais être astronome ou magnat de l’immobilier ou homme d’affaires, ou peut-être gérer des hedge funds, ou alors être politicien, oui, peut-être que c’est la meilleure des choses que je puisse faire. Enfin je veux dire : regarde Arnold Schwarzenegger. Être politicien, c’est comme être une popstar pour personnes âgées.

Ça serait quoi, ton programme ?
Austérité et préservation de l’eau.

Et est-ce que tu considérerais qu’austérité bien ordonnée commence par soi-même ?
Tu veux dire, en vivant dans un vide sanitaire sous la Route 101 (autoroute qui passe par L.A. et longe la côté pacifique, ndlr) pour montrer l’exemple ? Oui, complètement. Alors bien sûr, je ne souhaiterais pas ça à tout le monde, mais ça simplifierait mon travail, au sens où les gens me prendraient plus au sérieux.

C’est important pour toi d’être pris au sérieux ?
Oui, je ne voudrais pas que les gens pensent que je suis hypocrite. S’ils découvraient mon passé rutilant dans la pop, les seniors m’aimeraient moins, je pense.

Et sinon, quand as-tu cessé d’être un gamin ?
Quand j’ai arrêté ? Mais je t’ai dit, je n’ai pas arrêté. Tu sais, quand j’étais petit, ils disaient que j’avais une « vieille âme » ; je pense qu’il ne pouvaient pas être plus dans le faux que ça. Je pense que j’avais et que j’ai toujours une très jeune âme.

Pourquoi tu penses qu’on te prêtait une vieille âme ?
Peut-être qu’ils avaient eux aussi de jeunes âmes et ne comprenaient pas la différence, je ne sais pas. Je pense que j’étais juste un garçon plutôt timide et qu’ils en déduisaient que je réfléchissais à des trucs très intenses de grandes personnes.

Quand tu as commencé la musique, c’était de manière complètement artisanale, sur cassette, et tu as conservé cette esthétique même dans des périodes où plus personne n’en avait rien à foutre des cassettes. Qu’est-ce qui t’a poussé à t’obstiner dans cette direction ? Et puis, tu utilisais quoi comme matos, précisément, tout au début ?
Ça fait plusieurs questions, ça ! Alors ce qui m’a conduit à enregistrer sur cassette ? Le suicide.

Ok d’accord…
(il se marre, ndlr) Du moins, le suicide commercial. C’est la vérité ! Je ne voulais pas avoir de carrière. Je voulais faire l’exact inverse de ce qu’il fallait faire pour prospérer dans ce monde. C’était quelque chose comme de l’obsolescence programmée, ou comme si tu te faisais avorter autant de fois que possible à la suite, ou peut-être que c’était juste de la colère, des problèmes émotionnels non résolus avec ma famille, en tout cas c’est ça qui m’a poussé à me lancer là-dedans. Ce qui m’a poussé à continuer, c’est que c’est à la mode maintenant, héhé. Mais c’est le monde qui est venu à moi, pas dans l’autre sens, c’est ça qui est bien. Et puis ma règle, c’était : tout ce qui peut me maintenir à distance de la maison de mes parents est bon à prendre. Le succès, c’est ça pour moi. Je pourrais être dans une tente sous l’autoroute, tant qu’il n’y a pas mon père qui me demande ce que je vais faire de ma vie, je considère que c’est un succès. Donc : austérité, autoroutes.

Et alors, avec quoi tu as commencé à enregistrer, concrètement ?
Oh, je prenais ce que j’avais, je ne savais pas comment utiliser du matos et de toute façon je n’en avais pas… Mes parents avaient un casque ; moi je l’utilisais comme un micro. Tu branches le casque dans l’entrée son et puis tu chantes dans le casque, et tu enregistres ça. C’est juste que le niveau sonore de l’enregistrement est très très bas. J’ai enregistré plein de trucs qui faisaient juste « CHHHHHHHHHH » avec la voix quasi-imperceptible en arrière-plan. Donc tu vois, comme je te disais : ce qui m’intéressait le plus, c’était de suicider ma carrière.

Enfin, c’est un peu paradoxal de dire que tu aspires au suicide artistique, et en même temps, de...
Non mais c’était un suicide de carrière, et en même temps, ce suicide de carrière, c’était un vrai projet. C’était un suicide à plus grand échelle. En fait, c’était plutôt un suicide par rapport à ma propre vie, du genre : j’ai pas la moindre envie d’avoir quoi que ce soit à faire avec le monde adulte. J’ai pas envie qu’on me demande ce que je vais faire de ma vie. J’ai pas envie d’avoir à me confronter aux problèmes des humains dans ce monde. J’ai envie d’être un dieu dans ma propre vie et je vais faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour ne rien écouter de ce que les gens me disent de faire, je m’en fous, ils ont tous tort. Ce genre de truc. Alors évidemment, les gens avaient raison, en fait… mais je ne le savais pas encore. Je me mentais à moi-même, en réalité j’étais juste un showman très ambitieux qui s’ignorait, et j’avais besoin d’amour plus que tout. Putain, j’étais tellement à côté de la plaque… Maintenant, en gros, mon but, c’est de perdre mon identité, de devenir aussi invisible que possible, de me mêler aux autres gens, de ne pas être un mec spécial. Être ordinaire, être une petite partie d’un truc plus grand, et...

C’est vraiment ce que tu essayes de faire ? Je veux dire, tu attires quand même l’attention sur toi, rien que ton style, enfin tu n’as pas vraiment une allure passe-partout, quoi.
Oh, je suis juste un pauvre type hyper bosseur. Je ne me fais aucune illusion sur moi et mon ego, mon identité est hachée menu tous les jours par des jeunes et des vieux qui me ressemblent et se ressemblent, il n’en reste rien ; plus je partage, plus je deviens ordinaire. Là, je suis à mi-chemin de mon but. Au bout, plus personne ne viendra m’interviewer pour me demander comment j’enregistrais, je dirai juste : oh, vous savez, j’avais un boulot, et mon boulot, c’était d’être un pauvre type ordinaire.

Et ton identité, là, maintenant, elle en est où ? Qu’est-ce qu’il en reste ?
Pas d’identité. Je suis un célibataire d’âge moyen, de ceux qui se fondent avec le trottoir et dont tu espères qu’ils ne vont pas t’embêter. Avec une chemise un peu… criarde.

Alors oui, ça va être difficile de te fondre avec le trottoir si tu portes cette chemise… (il porte une chemise des Simpsons, ndlr)
C’est mon seul atout, j’ai lu ça dans un livre, c’est un truc pour que les filles m’adressent la parole.

Ça attire l’attention, c’est sûr.
Oui, c’est comme du papier tue-mouches.

(Il me regarde dans les yeux en souriant, ses yeux sont grands, ses cils longs, j’ai chaud, ndlr)

Dooonc, pour revenir à ta musique… elle est très liée à cette qualité de son artisanale, or maintenant tu as des possibilités techniques plus vastes, et tu les utilises, il me semble - la deuxième chanson de ton nouvel album a un son très brillant quand même. Ça t’intéresse, toutes ces nouvelles possibilités ?
Tu trouves qu’elle a un son brillant ? Oh, merci. En fait, mon but, depuis le début, a été de ne pas changer. De ne pas progresser, de ne pas évoluer avec le temps. Je me suis dit : je vais rester là, le reste du monde peut changer complètement, moi, je serai toujours en train de faire la même chose, et je serai le seul à la faire. Dans le monde moderne, tout le monde dit qu’il faut évoluer avec son époque, il faut changer, il faut changer de stratégie, ce genre de choses ; moi, ma position, c’était : non, tu peux justement essayer de faire l’effort de ne pas changer, de toute façon, le changement finira par arriver malgré toi, alors pourquoi vouloir le provoquer ? À quoi bon se faire du souci pour ça, pourquoi ne pas plutôt tenter de faire quelque chose qui ne change pas, obstinément, et peut-être que ça évoluera différemment, en marge, et peut-être qu’à la fin, j’aurai mon propre coin dans le monde, où il n’y aura personne d’autre que moi. Ça, c’est toujours mon but. Je continue de faire des mélodies, des disques qui font «chhhhhhh», il n’y a pas des masses de gens qui écoutent ça, mais j’essaye d’évoluer aussi peu que possible, en prêtant attention aussi peu que possible à ce qui est cool autour de moi. C’est peut-être ce qui fait qu’on me considère comme «cool», mais moi, j’en resterai au même point longtemps après que tout le monde m’aura dépassé. Donc : zéro changement, austérité, autoroutes.
Vraiment, je pense qu’il nous faudrait plus d’exemples de gens qui passent leur vie à faire la même chose, surtout dans les arts. Tout le monde essaye d’avoir une longueur d’avance, d’anticiper les changement pour rester pertinent, mais c’est un concours de popularité dans lequel tout le monde, au final, sera perdant.

Mais faire le choix de te retrancher dans un petit coin du monde ne te protège pas de la popularité ; ta popularité attire des gens dans ton coin, de plus en plus, et il va finir par se remplir, s’étendre…
Non, parce qu’ils ne me suivent pas sur mon chemin à moi, ils me rejoignent parce que, pendant un instant, je suis à la mode, mais crois-moi, ils ne chantent pas ce que je chante en ce moment, ils ne parlent pas d’austérité et de rester immobile, et ils ne savent pas grand chose de moi, je veux dire, on m’appelle «le parrain de la chillwave», c’est même pas moi qui ai inventé ce mot. Moi, j’aurais voulu bosser dans un magasin de disques pour le restant de mes jours, et gagner ma vie dans l’obscurité. Mais je savais que quand je serais grand, il n’y aurait plus de magasins de disques, alors j’ai choisi de passer de l’autre côté, dans le disque lui-même. Une partie de mon boulot, c’est de rester jeune et de réanimer sans arrêt ce qui m’a conduit à faire ça. Parce que sinon, je vais perdre le fil ; je dois rester jeune, mon jeune moi, mon moi de 5 ans, aussi longtemps que possible. Je dois rester pur.

Mais ce n’est pas dur de continuer à cultiver les raisons qui t’ont poussé à faire ça ? Puisque parmi ces raisons, il y a de la colère, de la tristesse…
Oui, mais c’est mon boulot ; mon boulot, c’est d’être artiste, d’être moi-même, et il n’y a rien de sain à ça, mais c’est un boulot. Alors moi, c’est quoi, au juste ? Moi, ce n’est pas tout le temps l’art. J’ai grandi, je ne suis plus jeune ; la mode, la popularité, être une sorte de mâle, être aimé, recevoir de l’attention, se sentir spécial, tout ça, c’est une partie de cette identité, mais c’est pour les jeunes, ça, pas pour les vieux. Je crois qu’une partie de ma carrière repose sur le fait que j’ai l’air jeune, et j’évite le stress de sorte à rester jeune, peut-être que ça contribue à ma longévité, parce que les jeunes prêtent beaucoup d’attention à l’apparence et se disent : oh ouais, j’aimerais être comme ça. Ils ne veulent pas ressembler à des vieux. Alors je dois mener une existence libre de stress, rester relax et cool, mais en même temps cultiver le désespoir et la colère que j’avais quand j’ai commencé pour être en mesure de monter sur scène et être capable d’affronter un public. J’avais beaucoup moins peur quand j’étais jeune, j’ai beaucoup plus peur maintenant, j’ai la frousse, j’ai besoin de m’asseoir, de me brosser les dents, de faire bonne impression, tout ce genre de choses dont je n’avais rien à foutre quand j’avais 20 ans. J’étais une petite merde puante dans sa bulle. Je n’en avais rien à branler de rien, j’étais invincible. Donc je dois régulièrement me remettre dans cet état d’esprit pour faire mon boulot correctement, ce qui est une chose bizarre parce que j’ai dépassé ce stade. Je n’ai plus un besoin vital de l’art, si ce n’est pour gagner ma vie. C’est ça le casse-tête.

Et pourquoi est-ce que, peu à peu, tu t’es mis à être plus peureux, soucieux de toutes ces choses ?
Parce que l’art est devenu une part de plus en plus minime de mon identité. Parce que je n’avais plus tellement besoin d’identité, parce que tout ne tournait plus uniquement autour de moi, parce qu’il y a des choses plus importantes. Personnellement, je pense que les artistes ne sont rien de plus que des gamines de 13 ans ; ce n’est pas un but enviable, c’est juste un moment de ta vie, que tu finis par dépasser, si tout va bien. Bobby Jameson est un personnage tragique précisément pour cette raison ; j’ai l’impression de ressentir ce qu’a pu être sa vie.

Dans quelle mesure ?
Dans la mesure où il ne s’est jamais senti reconnu. Toute sa vie d’artiste a été une vie où il ressentait un besoin de reconnaissance, et il n’en a jamais reçu la moindre. Je me suis senti comme ça jusqu’à mes 26 ans ; là, on m’a porté un peu d’attention et j’ai réalisé : oh, c’est tout ce qu’il me fallait ! Et maintenant ? Je ne ressens plus vraiment ce besoin maintenant, je me dis : mon dieu, j’était complètement attardé ! J’ai dépassé ce stade. Maintenant, je suis attardé, mais d’une façon différente, c’est juste que je pense un peu plus à ma carrière et que j’aimerais gagner un peu d’argent, mais mon identité est satisfaite. L’art est là pour jouer un rôle thérapeutique, tu le fais jusqu’à ce que tu n’aies plus besoin de le faire, et c’est une bonne chose. Je suis plutôt heureux de réussir à ne pas en avoir besoin. Mais je connais tellement d’amis artistes qui ont vraiment besoin de se sentir artistes et qui sont prêts à sacrifier leur bonheur pour être, au final, des artistes… terribles. Je crois que j’ai envie d’être un modèle pour une voie plus saine, je pense qu’il est possible d’être un artiste tout en n’étant pas un imbécile. Or il y a tellement d’imbéciles qui sont artistes, et c’est l’unique modèle qu’on présente aux gens, les gens peuvent être tellement stupides, pas étonnant que ça s’adresse uniquement aux gamins.

Donc, en gros, là, tu n’aurais plus besoin de pratiquer ton art.
Non. Je le fais de temps en temps et je suis heureux quand j’arrive à écrire une chanson.

Tu es moins productif qu’avant ?
Oui. Je produisais des choses sans interruption, du matin au soir, que ce soit un bon ou un mauvais jour, je produisais. Mais c’est de la folie. Aujourd’hui, je ne produis quelque chose qu’une fois tous les ans et demi, et il y a juste un court laps de temps durant lequel je suis censé me poser et bosser sur un disque, alors je le fais, puis je passe quelques mois à nettoyer le tout, à l’ordonner, et je le sors ; ensuite, à un certain point, je dois faire de la promo comme je suis en train de faire là, puis trouver un groupe, leur enseigner les morceaux, les payer, ensuite on trouve un moyen de jouer tout ça, et puis je recommence. Mais j’ai besoin de penser à l’étape suivante. L’étape suivante, c’est : comment je vais faire de l’argent ? Alors je ne sais pas, peut-être que je vais devoir commencer à investir.

Ce que tu fais, ça ne paye pas ?
Non. Pendant toute ma vie, je n’ai pas pensé à l’argent, parce que j’étais un artiste, mais j’ai 40 ans, il faut que je m’y mette, si je veux fonder une famille, si je veux avoir quelque chose à offrir à quelqu’un, si je veux être père… Parce que l’industrie est en train de s’auto-détruire, je vois bien le bout de la courbe, peut-être que là, c’est la dernière fois que vais avoir autant d’argent, donc je pourrai peut-être vivre confortablement en le dépensant pendant cinq ans, mais ensuite, l’industrie ne sera plus la même, ils n’offriront plus la même chose, et à ce moment-là, je n’aurai plus un rond.

Alors dans quoi tu vas l’investir, cet argent ?
C’est une très bonne question, il faut que j’y réfléchisse, je ne sais pas. Il faut que j’apprenne à faire ce genre de trucs, le problème c’est que je ne fais confiance à personne, et les gens ne me font pas confiance, donc aucune idée ! Enfin, je verrai. Si je reste célibataire jusqu’à la fin de mes jours, ça ne devrait pas être trop dur, mais si je veux… enfin, je veux quelque chose de plus, quelque chose qui ne soit pas simplement pour moi. Tout ne tourne plus autour de moi.

Ah, la vie d’adulte…
Oui, c’est de mes enfants qu’il s’agit ! De MES enfants ! DE MES ENFANTS ! (il crie en tapant du poing sur la table, ndlr)

Bon, je crois qu’on va bientôt être coupés, je peux te prendre une clope ?
Oui, bien sûr. Elles sont bien, tes questions. Tu fais ça pour t’amuser ?

Pour m’amuser et pour gagner ma vie, j’essaye de gagner ma vie en m’amusant, et je fais un peu de musique à côté.
Ça c’est parfait, c’est la meilleure chose à faire, tu peux jouer après le boulot et rester authentique. Tu n’as pas besoin de détruire ta sensibilité artistique et ton sens de l’émerveillement…

Oh non, c’est bon, j’ai donné, j’ai passé ma vie à faire de la musique, j’étais pianiste classique…
Ah oui, je vois, une musique où les gens savent vraiment jouer ! Les gens qui savent vraiment jouer sont toujours émerveillés quand ils voient un artiste pop qui ne fait rien d’autre que s’exprimer comme un débile mental, ils nous envient, ils s’extasient : mais comment tu fais pour ne pas penser ?? C’est pour ça que je m’entoure de bons musiciens, c’est un bon équilibre, ils pensent que je suis quelqu’un de spécial, alors ils m’idéalisent, et moi je les idéalise parce qu’ils savent jouer, c’est dingue ! Mais je ne prends plus la musique autant au sérieux, comme si c’était une voie salutaire. Elle m’a sauvé quand j’étais au lycée, mais je n’en écoute plus tellement aujourd’hui, peut-être qu’un truc s’est brisé, mais je vis pour d’autres trucs. J’aime lire, apprendre des choses… parler de moi, ça fait partie des dernières choses que j’aime. Heureusement, je ne suis obligé de le faire que tous les trois ou quatre ans. Le reste du temps, j’écoute les problèmes des autres.

Si ça ne te dérange pas, je vais prendre une photo.
Ok, un selfie ?

Euh, non, juste une photo de toi, en fait, pour Instagram.
Oh, j’adore. C’est ton boss qui t’a demandé de faire ça ?

Oui. Tu sais, pour teaser l’interview, pour déchaîner les foules.
(il prend une voix nasillarde et imite «mon boss», ndlr) Pourquoi tu ne prends pas de selfies ? Tu sais, on adore tes articles, tout ça, mais c’est juste que t’es pas assez… dedans. On a besoin de... il nous faut... il faudrait que tu tweetes un truc, pourquoi tu ne tweetes pas un truc ? Il nous faut un selfie là, tu veux pas faire un selfie putain ? Tu sais au moins ce que c’est un selfie ? Mon dieu, sors de ton conservatoire un instant !

Et pour l’amour du ciel, achète-toi un smartphone !
Sérieux, achète-toi un smartphone, et puis, sans déconner, mets des tenues plus sexy, là, montre-nous ta féminité ! Plus sexy, bordel ! (il crie, l’attaché de presse vient nous signaler que c’est la fin, ndlr)

++ Le nouvel album d'Ariel Pink, Dedicated to Bobby Jameson, est plus sexy que mes tenues et sort le 15 septembre.