Où sommes-nous ?
Yan Wagner :
Dans les bureaux du label Her Majesty’s Ship - mon nouveau label, soit dit en passant. Au sous-sol, je partage un studio avec La Mverte. On alterne la garde comme des parents divorcés, on a réparti les jours de la semaine. Il y a une douche mais je n’ai jamais dormi ici, surtout depuis la fuite. Mais t’inquiète, il n’y a plus d’odeur.  
IMG_0933Alors si je comprends bien tu récupères un studio grâce à Her Majesty’s Ship, donc tu quittes ton ancienne maison Pschent Music pour leur faire un disque dans le dos ?
Mon premier album chez Pschent, c’est octobre 2012, il y a cinq ans. À l’époque, j’arrive dans ce label car ils ont embauché un D.A. qui signe au même moment Discodeine, Tristesse Contemporaine, Scratch Massive. Il y avait une nouvelle cohérence, alors que Pschent, à la base, c’est des compilations genre Buddha Bar. Donc quand le D.A. est parti, avec son savoir-faire, on a senti que derrière lui le label n’éditerait plus vraiment des albums. Mais ils ont très bien travaillé mon disque. Si j’ai eu une synchro ? Oui dans «La Cage Dorée ! Grâce à une amie monteuse. Yan Wagner dans une comédie française sur les Portugais, ça fait un peu réfugié en Amérique du Sud, non ?


En même temps, avec David Shaw, DBFC, La Mverte, Paprika Kinski : on te sent chez toi.
En fait l’album de David Shaw and The Beats, co-gérant du label, était sorti en même temps que le mien. J’avais tellement aimé son disque que je l’ai offert deux fois. Il s’est avéré qu’on s’est retrouvé sur des scènes ensemble et qu’on s’entendait bien. Chez lui comme chez les autres artistes du label, il y a cette espèce de touche «indie dance», ça ne veut pas dire grand-chose mais on est dans quelque chose comme ça, qui va chercher ses racines dans les années 90. La Mverte et Alejandro Paz, c’est un peu DAF 2.0. Tu ajoutes avec ça un tronc commun à base de cross-over, et tu lies les artistes HMS. Sans honte avec David, on se fait souvent écouter des choses qui ont pour référence les deux premiers Chemical Brothers, des disques qui m’ont fait tomber dans la musique. «Mais non, c’est pas ringard !» qu'il me dit.
IMG_0939IMG_0943Alors tu fais du big beat avec ces piles de claviers ?
Non. Dans le big beat, le synthé… (Il allume le vieux Pro-One qui crache un lazer mourant et reprend, ndlr), le synthé c’est plus la petite cerise sur le gâteau, la virgule au milieu des samplers. C’est dommage d’ailleurs. Aujourd’hui, c’est le bordel dans tous mes claviers. Celui-là, je ne m’en sers pas mais il est beau. En général, je commence avec ce bon vieux Nova, je fais tourner une ligne de basse et je cherche des harmonies, alors que sur mon précédent, disque j’étais plus dans une recherche de sons. Aujourd’hui, je préfère tout jouer, avec le moins de séquences possible. J’aime que ça ne soit pas «parfait».


C’est aussi un disque où ta manière de chanter m’a fait penser à Scott Walker.
En commençant ce disque, je voulais sortir de l’électro pure, mettre la voix au centre et tu as raison : Scott Walker était là. Quand ses rééditions sont sorties, je connaissais peu et j’ai pris une grosse claque. J’ai tout acheté, même ces trucs des années 80 qui commencent à partir en couille. Je me suis aussi rendu compte que dès que j’étais un peu alcoolisé, chez moi, avec des amis, j’aillais mettre un Sinatra. Ça fait chier tout le monde d’ailleurs. Mais je me suis découvert un amour de la figure du crooner, je trouve que ces mecs qui veulent à tout prix montrer leur virilité, leur gloire… En général, ça cache une lose. Dean Martin, par exemple. J’adore son histoire. Il a un duo comique grand public avec Jerry Lewis et, un jour, il se fait enfin approcher par des réalisateurs «sérieux». Il fait un film avec eux, puis plaque tout pour refaire du potache. C’est comme un aveu de faiblesse, parce qu’il ne se sent pas à la hauteur. Je trouve ça très touchant.
IMG_0942Est-ce que ce micro t’enregistre comme un crooner ?
Ha ha non c’est un pauvre truc, on s’en est peu servi. Par contre, j’ai fait toute mes voix ici avec un meilleur micro. Je ne double jamais mes voix - j’arrive pas à faire deux fois la même chose de toute manière. Et je timbre très peu. (Dingue ! Yan Wagner a vraiment la même voix en vrai que sur ses disques, ndlr)
IMG_0940C’est quoi cette mixette de l’armée russe ?
C’est génial : un pré-ampli de reporter de guerre. C’est hyper-sensible pour augmenter les gains, on l’a utilisé un peu pour rigoler. Je pense qu’ils faisaient tous leurs reportages comme ça, en mixant en direct. Je l’ai utilisé pour déconner.

Tu t’es autoproduit, alors que ton premier album était enregistré par Arnaud Rebotini – il t’a manqué ?
J’aimais bien l’aspect collaboratif avec Arnaud mais il a aussi eu un rôle sur celui-ci, il m’a écouté. David Shaw aussi. Ils ont su me pousser sans jamais rien imposer, comprenant bien que mon souhait était de faire ce disque seul. Après, le problème de se produire soi-même, c’est qu’on a sans cesse l’impression qu’on pourrait tout reprendre et mieux faire. Aussi, il faut dire que si je produis moi-même, c’est qu’avant je n’avais pas tout ce matériel.
IMG_0941IMG_0938Tu as besoin d’avoir tous ces trucs ?
J’aime pas vraiment accumuler – tu vois cette carte son est pleine de plugins qui sonnent comme des vrais instruments. Et puis j’ai rencontré des jeunes types comme Bagarre qui n’utilisent que des ordis et je respecte beaucoup leur façon de travailler. Donc je suis un peu revenu du 100% analogique. Même si, c’est vrai, il m’est impossible de revendre quoi que ce soit.

Tâtez-moi ce remix de démon :


Tu as produit les EP's de Calypso Valois (la fille d’Elli et Jacno, ndlr). Comment vous vous êtes rencontrés ?
On s’est rencontré à la soirée Jacno Future peu de temps après le décès de son père. On m’a demandé de faire une reprise, et comme on se croisait sans arrêt avec Calypso, on a commencé à bosser. Elle me passait des démos courtes assez nues, juste des mélodies. Et je proposais des choses. Il fallait que ça reste dans un héritage pop assez classique, mais pour autant ça m’a fait faire des choses que je n’aurais jamais faites. Des violons par exemple. D’ordinaire, j’aime bien faire semblant et jouer des violons avec des synthés, mais là on a fait faire toutes les cordes à un seul mec. Ce mec, c’est son cousin, on lui a fait enregistrer 50 000 prises le pauvre ! Ha, on avait pas vraiment de budget au départ…
IMG_0937IMG_0934Avant de partir, il faut que tu m’expliques pourquoi tu as ce groin ? 
Il n’est pas question de sortir de l’électro avec Yan Wagner, mais j’ai un side-project, The Populists, plus techno pure. La dernière fois, je jouais dans une grosse fête sur l’Île Saint-Louis – légale, mais les poches du public avaient pas l’air légales… D’ailleurs j’aimerais bien plus rentrer dans le réseau teuf, ça me manque un peu. Donc ça s’appelle The Populists parce que j’aime bien me moquer de l’aspect politico-satirique, ce truc vulgaire de la «chanson engagée». C’est pourquoi je joue avec un groin.

Retrouvez Yan Wagner sans le groin avec son second album This Never Happened. Là, sur la photo, le disque blanc qu’il tient dans la main c’est le test pressage, donc c’est parti.
IMG_0933++ Suivez Yan Wagner sur Facebook, Twitter et Instagram.
++ Son nouvel album, This Never Happened, est disponible ici depuis le 1er septembre.
++ Yan, Wagner sera en DJ set à une soirée Brain le 28/09. Plus d'infos bientôt.