Ulysse Cottin (joue déjà avec le dictaphone) : Ouais ouais, on est présent, aaaaahhh.

OK les gars, le pitch, c’est qu’on vient de s’échouer sur une île déserte. Que penseriez-vous les uns des autres en vous rencontrant ainsi ?
Clara Cappagli :
Alors il a un chapeau un peu chelou quand même, il fait un peu le Parisien en vacances.
Armand Agar Agar : Moi, j'essaierais de faire un check-up sur les possibilité, les capacités de chacun. Genre est-ce que toi t’es bon en technique, est-ce que toi t’es bon en...
Ulysse : Moi, je me dis qu'il y a la meuf de Matrix qui s’est ramenée sur l'île.
Armand Agar Agar : Dans tous les cas, comme on est tous musiciens, c’est mal barré quoi, je pense qu’on s’en sort pas à partir de deux jours.
Ulysse : On fera des jams et tout sur des bouts de bois, c’est cool. On exprimera notre peine et notre solitude sur une jam à quatre, tu vois.
Que faites-vous en premier dans ce contexte - vous tentez de repartir ou vous restez ?
Armand Penicaut
 (qui débarque) : C’était quoi la question ?
Armand Agar Agar : Est-ce qu’on peut savoir la manière dont on s’est échoué sur l'île ?
20347987_10155504274574328_809684351_oOn est ici, sur la plage, mais comme si il n’y avait personne, et seuls vous savez comment vous vous êtes échoués.
Ulysse :
Putain, chelou quoi.
Armand Papooz : On apprend à se connaître.

Vous ne tentez pas de repartir ?
Armand Papooz :
Avant de repartir, il faut apprendre à se connaître.
Ulysse : Attends, si on peut partir aussi vite, moi je suis chaud pour me barrer direct. S'il y a un bateau sur l'île, on se barre direct, c’est sûr.
Armand Agar Agar : Mais il n’y a pas de bateau je pense, c’est le principe. Moi, j’aimais bien l’idée de la jam, je pense la première chose qu’on doit faire, c’est trouver de quoi faire de la musique.
Ulysse : Ouais, déjà on va se trouver un peu à bouffer, tu vois, genre chercher des mangues, on s’met nice. Comme il y a de la beuh sur l'île, on peut fumer et puis on fait une jam avec des bouts de bois, tu vois.
Armand Agar Agar : Déjà, je vois qu’il a une capacité certaine à trouver la beuh sur l'île.
Ulysse : Ouais, moi j’ai un nez à beuh de ouf. Déjà là (il renifle), je sens qu’il y a de la beuh partout.


Comment faites-vous de la musique ?
Ulysse :
Avec nos voix, t’as vu.
Clara : On ferait des canons.
Ulysse : Des "Oh Oh Oh Oh" (montants et descendants, ndlr).
Clara : Des trucs un peu cro-magnons.
Ulysse : Ouais, on serait transformé en singes.

La musique sans public ?
Ulysse :
C’est pas grave.
Armand Papooz : On trouverait les moyens d’enregistrer dans une grotte avec énormément d'écho, un écho d’un an.
Ulysse : La voix, tu l’entends toujours un an après. Non j’te jure, on ferait des takes de dingue.
Armand Papooz : Non, mais je pense qu’on apprendrait à se connaître, franchement. C’est quoi vos prénoms, d’ailleurs ?
Ulysse (désignant Armand d'Agar Agar) : Bah déjà, lui, il a le même blaze que oit' - sur l'île ça va être chelou ! Puis aussi, genre on va vite se rendre compte qu'il y a qu’une meuf qu’on peut se taper. Déjà, il y a une inégalité.

Vous pourriez vous reproduire les uns avec les autres et former une nouvelle communauté ?
Ulysse : Au bout d’un ou deux mois, je vais devoir faire des petits. On pourrait dessiner des meufs dans le sable et essayer de se les faire.
Armand Papooz : À un moment, il faudrait recréer l’Humanité.
Clara : Sinon, je peux me transformer en homme.
Ulysse : Elle a un bouton sur ses lunettes, quand elle appuie, ça devient un homme.
Armand Agar Agar : Moi j’aime pas les gamins, je pense que c’est une très mauvaise idée.
Ulysse : La question était courte et notre réponse fabuleusement longue.
ap4Un monde sans musique ?
Armand Papooz :
Il y a une phrase de Nietzsche que j’ai oubliée, putain ! une phrase folle sur le monde sans musique. Je crois qu’un monde sans musique, c’est insupportable pour la plupart des êtres humains.
Clara : Je suis pas sûre, tu vois... Moi, ma grand-mère par exemple, elle aime pas la musique.

Vous feriez quoi ?
Ulysse :
Moi, je serais footballeur.
Clara : Je rêverais d’être scientifique avec des plantes ou des trucs comme ça - ou physicienne, parce que j’y connais rien et j’aimerais bien.
Armand Agar Agar : Moi, je pense que je serais quand même musicien.

Mais la musique n’existe pas, et elle ne peut pas être inventée.
Armand Agar Agar :
Alors ça tu l’as pas dit.
Armand Papooz : Ça présuppose - par contre, tu peux dire "bah, j’invente la musique" !
Armand Agar Agar : Tu peux être un penseur de la musique sans en faire.


Comment t’inventerais la musique si elle n’existait pas ?
Armand Agar Agar :
Dans le même principe que la métaphysique, t’inventes des choses qui n’existent pas, c’est pas un concept.

Il y aurait quand même la danse. Vous dansez ? 
Ulysse : On danse excellemment bien surtout - tous les quatre, on fait des chorés de dingues.
Armand Papooz : On s’est déjà retrouvé dans des battles, d’ailleurs.
Ulysse : Il m’a clashé deux-trois fois, j’étais ébahi par la fureur de tes pas.

Vous voulez pas me faire une petite démo ?
Ulysse :
Ah non, le dictaphone il va pas piger la choré, il va entendre des pas… T’as ramené ta caméra ou pas ?

Je suis venue avec un photographe, juste là.
Ulysse :
Ah mais à cette heure-ci, il est en train de fumer des bédos, le photographe.

Tous les yeux rivés vers le photographe à l’air sombre de bad-boy des années 70.
ap2
Et on peut faire un paquet de choses folles avec le sable aussi ?
Ulysse :
Des batailles de sable.
Armand Agar Agar : On peut faire des maisons en sable, se chauffer, et petit à petit, on peut faire une ville en sable.
Clara : Le truc cool avec le sable, c’est creuser des trous.
Armand Agar Agar : On peut s’enterrer.

Et l’eau ?
Armand Papooz :
Ben, on la boit. On a appris que le sel, c’est bon pour la santé.
Ulysse : C’est une société nouvelle, meuf, cherche pas ! Y'a pas la musique, le sel, c’est vachement bon pour la santé, on fait des trous chelous et les gens trouvent ça dingue.

Quelle célébrité aimeriez-vous avoir sur une île déserte ?
Armand Agar Agar :
On serait déjà célèbres tous les quatre.
Ulysse : Moi Paul McCartney, je kifferais bien - si j’ai Paul qui est avec moi, genre il me montre un peu des cordes, je chille avec lui. Trop bien.
Clara : Moi, je préfèrerai Michel Sardou.
Ulysse : Je me barre avec Paul, je vous laisse avec Michel.
Clara : Ou Henri Dès, il est drôle et il rigole tout le temps.
Armand Agar Agar : Moi, personne. On est sur une île déserte, il faut jouer un peu le jeu.
Ulysse : Ouais, on joue le rôle de l’anonymat, ça va, pas de célébrités. On les refuse, il y a un vigile à l’entrée de l’île qui met un barrage à toutes les célébrités. Sauf pour Paul !
ap3Quelle chanson vous manquerait le plus ? 
Ulysse :
Franchement, aucune.
Armand Papooz : Comment elle nous manquerait, si on la connaît ?
Ulysse : Moi, je l’ai dans ma tête, on a l’oreille absolue, on l’entend.
Armand Papooz : Tu peux la rechanter, elle vit en toi, cette chanson.
Ulysse : T’as pris du LSD quand t’as inventé l’interview ? T’étais sous quelle drogue à partir du moment où t’as eu l’idée ? (Rire général)

Qu’est-ce qui serait cool, quand même ?
Ulysse :
Les palmiers.
Armand Papooz : Le bateau, pour se casser.

Ah, tu voudrais te casser toi ?
Armand Papooz :
Tous les quatre là, t’imagines ?! On sait même pas planter un clou ensemble.
Ulysse : Même au bout d’une semaine ou deux, on se fait chier, donc à quatre...
Clara : Ah non, moi je trouve qu’on pourrait faire des trucs funs !
Armand Agar Agar : J’aimerai rester le plus longtemps possible.
Clara : Ça serait un défi, t’imagines ?
Ulysse : Franchement, si je sais que je ne peux pas rentrer je suis angoissé, mec. C’est un peu Sa Majesté des mouches quoi, je rapetisserais à vue d’oeil...
Armand Agar Agar : On aurait assez de Xanax pour tenir longtemps.

Quel moment du quotidien vous manquerait ?
Armand Papooz :
Me laver les dents et me raser, c’est l'un des trucs que je préfère dans ma vie.
Ulysse : Ouais, c’est vrai que c’est très agréable. Tout ce genre de petit détails de l’hygiène - prendre des douches... sortir de sa douche avec un peignoir... et aller sur son canapé écouter de la musique.
Armand Papooz : Mais j’ai pas assez de barbe.
Clara : Moi aussi j’adore me brosser les dents, longtemps, très longtemps.
Ulysse : Plusieurs heures.
ap5Vous fabriqueriez comment votre brosse à dents, avec des algues ?
Armand Papooz
: Il parait qu’il faut se pisser dans la bouche pour se laver. C’est un anti-bactérien.
Ulysse : Putain, je suis heureux de pas être sur cette île déserte.
Armand Papooz : Golden shower et tout, quoi.
Armand Agar Agar : Je pense que ça peut virer assez vite, en fait. Ça commence par le brossage de dents et ça se termine par le moment du quotidien qu’on finit par préférer, quoi : se pisser dessus.
Ulysse : Parfois, on se pisse dessus pendant la nuit et tout.
Armand Agar Agar : Nuit et jour, sans aucune distinction.

Ulysse demande les toilettes et s’en va. Parenthèse réalité, ils parlent de leur première vraie rencontre, dont ils ne se souviennent pas tous, de Pete The Monkey - un festival - qui est un peu trop babos au goût de Clara, d’un sauna où tout le monde se fout à poil, “c’est chelou”. Armand d’Agar Agar trouve ça très sain, il a adoré.

Ulysse (de retour) : On est sur les camps naturistes, maintenant ?
Armand Papooz : Vous savez quoi, sur l’île déserte, on crée un camp naturiste.
Clara : On serait tout le temps tout nus.
Ulysse : Ah, moi je m’habillerais très bien sur l’île déserte, je trouverais des jolies feuilles, je créerais un pagne assez sexy tu vois, un petit pagne qui cacherait mon sexe de manière très précise. J’aimerais que la palme s’arrête vraiment au bout de mon sexe, ou à la frontière. Que ça crée une tension quand les gens me regardent.
Clara : Mais il n’y aurait personne !
Ulysse : Juste pour vous les gars !
Clara : Trop sale.
Armand Agar Agar : Il faudrait que t’inventes un pagne dont la taille fluctue avec la température.
Ulysse : Il y a un bout de ma feuille que je recroqueville quand je ne suis pas en bandaison, et quand je commence à bien l’exciter, je peux la relâcher.
Armand Agar Agar : Est-ce que tu ferais pas un mécanisme qui ferait que selon la taille de ton sexe, ça tire ton doigt ? Comme ça, t’aurais rien à faire.
Ulysse : Exactement. Mais de toute façon, c’est toi qui a bossé sur le projet du pagne avec moi. Mais surtout, mec, puisqu'elle a ces lunettes, on pourra vraiment tuer des choses à distance - on appuie et on tue un sanglier qu’on voit là-bas, à 400 mètres.

D’ailleurs, quelle est la particularité de ces lunettes ?
Clara :
Je me transforme en homme avec, et eux, je les transforme tous en meufs.

Mince.
Ulysse :
Comme ça, je peux me reproduire plus facilement.
Armand Agar Agar : Ensuite, elle nous féconde.
Ulysse : Alright. (Murmure sensuellement au micro ) 'Tain, elle est tellement cool cette île. Venez.

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Crédits photos : Antoine Monégier du Sorbier.