Qu'as tu découvert du porno en sept ans ? Quelle partie t'a agréablement surpris ? Quelle partie t'a déçu ?
Stephen des Aulnois : En sept ans, j’ai beaucoup appris sur comment il était fait, comment il évoluait et sur l’envers du décor (qui m'intéresse autant que le porno en lui-même). J’ai aussi découvert sa richesse, la variété qu’il pouvait proposer et cette liberté quasi-absolue qu’il propose et qui est assez grisante. Là où j’ai déchanté, c’est quand j’ai compris doucement mais sûrement qu’il évoluait dans une sorte de ghetto économique, personne ne voulant s’associer au porno - et au monde adulte en général. Toutes les portes se ferment une par une, tu te rends compte d’une hypocrisie généralisée assez énervante. Pour le côté positif, toutes ces personnes qui font du porn ou de la cam dans leur coin et font avancer les choses à leur petit niveau, on ne les met pas assez en avant, c’est dommage mais ils sont l’avenir du porn. Et puis nos lecteurs et lectrices qui forment une communauté positive et intelligente, je n’aurai pas continué sans eux.

Est-ce que tu arrives à regarder un porno comme un quidam, à des fins masturbatoires ? 

Je n’ai pas changé mes habitudes masturbatoires depuis le début du Tag Parfait. C’est d’ailleurs ce qui nous définit : on reste des consommateurs lambda mais avec un œil un peu plus expert, pas plus. Même si on fait de la critique de scènes sur Le Bon Fap, ça reste une activité annexe. On ne regarde pas du porno toute la journée, sinon on s’en dégoûterait. C’est important pour moi et pour ceux qui écrivent sur Le Tag ou Le Bon Fap de garder une certaine fraîcheur et ne pas tomber dans le travers d’être des rédacteurs blasés et saoulés par leur sujet.
1 (1)
Tu cours beaucoup. J'ai toujours trouvé que sport et sexe avaient en commun de vider l'esprit des pensées parasites.
Je ne cours pas pour vider mon esprit, je cours parce qu’il y a un plaisir masochiste dans le sport qui me plaît : souffrir, puis être récompensé par un shot d’endorphine - et aussi parce que la performance, c’est un peu addictive pour l’ego. Être en forme permet aussi de baiser mieux, t’es plus essoufflé au bout de cinq minutes d’une levrette endiablée. Ça peut toujours servir !

Tu es aussi un amoureux de la nourriture. Il y a de plus en plus de communautés dans ce domaine : junk food, gastro, végan, veggie... Un peu comme dans le porno ?
J’ai effectivement une énorme obsession pour la bouffe ; en revanche, les chapelles, les tendances et les régimes alimentaires me saoulent à un niveau extraordinaire - on dirait que ça prend plus d’importance que ce qu’il y a dans l’assiette. Dans le porno, il y a une catégorisation un peu folle des pratiques, mais c’est plus pour pointer ses fantasmes que de vraies communautés. Le porno, ce n’est pas du sexe réel, c’est un spectacle. On fantasme, on vit par procuration, mais on ne pratique pas. Pour la bouffe, je rapprocherais plus ça des catégories food porn qu’à des communautés du coup, où chacun y développe ses fétichismes, ses fantasmes, ses obsessions.

Le Tag tente toujours de créer ses propres contenus. En rencontrant toujours beaucoup d'obstacles. Le milieu est-il si fermé que ça ?
Le milieu est dur mais pas fermé. Ce qui est vraiment compliqué ici, c’est qu’il faut jongler avec un manque de professionnalisme des aspirants acteurs et actrices - capables de te planter le jour même du tournage -, la difficile diffusion du contenu payant et une fiscalité particulièrement dure : c’est pas une blague, il y a vraiment deux taxes “morales” qui sont bien bien dissuasives. Alors quand ce n’est pas le cœur de ton métier, la production porno peut vraiment prendre la forme d’un projet impossible. Mais on y croit. On y arrivera. Même si c’est à perte.
0
Quelles évolutions peut-on attendre du Tag à l'avenir ?
J’espère qu’on pourra réussir à tourner des scènes et apporter notre petite pierre à l’édifice du porn en France et qu’on continuera à parler de la culture porn pendant encore quelques années. Je ne suis pas là pour chouiner mais ce n’est vraiment pas facile tous les jours - on pense que le porn, c’est easy money alors que c’est un peu tout l’inverse quand t’as décidé de ne pas être un bourrin sur Internet. On a lancé un Patreon récemment pour ceux qui voudraient nous aider. Ça prend doucement, c’est très encourageant. En dehors de ce passage un peu tristoune, j’espère qu’on continuera à lancer des projets. On a lancé il y a deux ans Le Bon Fap, qui marche super bien. On vient de lancer un Discord autour de la “Fap Team” qui amène des débats très intéressants. On a aussi d’autres idées dans les cartons, j’espère qu’elles sortiront un jour ou l’autre.

J'aime bien mater le Tumblr du Tag. Vous l'oubliez parfois, non ?
Effectivement, notre Tumblr est en jachère. On ne trouve plus trop le temps de le mettre à jour, c’est dommage. On va peut-être s’y remettre si ça manque... Mais il faut dire un truc - et désolé pour David Karp qui est quand même super mignon : depuis le rachat par Yahoo!, c’est une très lente descente vers le cimetière qui s’opère.

C'est quoi un bon porno pour toi ?
C’est un porno qui me fait “peur”, qui me scotche au siège et m’envoie une décharge d’adrénaline. Ça peut prendre des formes très différentes ; ça tient vraiment à une atmosphère et une tension particulière. Dans le style, on n’a jamais fait mieux à mon sens que la série Buttman de John Stagliano dans les années 90. Je ne suis pas nostalgique, mais ce genre de porn manque vraiment dans la scène actuelle qui manque de vie (à part dans le porn indépendant).

Le truc le plus chelou que tu aies vu en sept ans ? Et le plus excitant ?
Rien n’est vraiment chelou ; il faut essayer de comprendre ce que l’on voit, même si ça nous paraît très éloigné de nos codes. Bon, j’avoue que ce délire de cafards broyés dans un milk-shake bus par un Japonais soumis a vraiment failli me faire gerber un matin. Rien qu’en l’écrivant, j’ai un haut-le-coeur. Le plus excitant, c’est plus simple : on découvre tous les jours des actrices, acteurs ou modèles qui semblent nous exciter plus que la veille. Récemment, je suis tombé sur un gang bang doucement bi qui m’a mis dans un état incroyable. J’invite tout le monde à apprécier la créativité de gens parfois exceptionnels qui gravitent dans ce milieu, comme Lance Hart ou Sebastian Keys.


Quel homme et quelle femme, hors porno, aimerais-tu voir dans une scène X ?
Je ne vais pas répondre un truc politique parce que c’est super lourd. Mais si Selena Gomez pouvait lâcher une petite sextape, ça pourrait être bien au risque de passer pour un énorme beauf. Côté homme, je sais pas trop mais je viens d’imaginer Gérard Depardieu en train de se faire rimjober... j’avais pas forcément signé pour ça en début d’interview.

Quand tu rencontres des gens en soirée et que tu leurs dis ce que tu fais, quelle est la première question qu'ils posent ?
Ils sont surpris et pensent que c’est une blague. Je pense qu’ils sont plus gênés qu’autre chose, donc s’ils ne disent pas grand-chose, ça m’arrange, car on peut aussi en faire son métier sans en parler H24. Mais si après ils engagent la conversation, c’est pas mal - on se rend compte que le porno draine beaucoup de fantasmes et de clichés assez éloignés de la réalité.

Un mot sur la soirée du 24 juin, c'est quoi ? Une sorte de partouze géante ?
On fête nos 7 ans au Petit Bain. On commence par un apéro iodé avec Le Paris Oyster Club (un projet parallèle autour de l’huître que je développe) puis après, on fait la fête dans le club, il y aura Wicca de Brain et Deviant Disco, le collectif Fils de Venus, BigInJapan et moi aux platines, et Peter & Steven en VJ. Ça partira en partouze s’il le faut.

Comment vois-tu l'avenir de l'industrie du porno ?
L’industrie est en crise (ou en mutation, c’est selon les points de vue) depuis dix ans. Elle a du mal à trouver une solution mais depuis quelques années, pas mal d’outils et de services sont proposés au public pour faciliter la création et diffusion de contenu porno. Que ce soit en payant au nombre de vues (comme sur YouTube), à la vidéo, ou encore via la webcam ou dans d’autres solutions comme une sorte de Twitter payant, ces nouveaux modèles permettent à plein de personnes de pouvoir proposer du contenu “fait maison” sans entrer dans le circuit classique - ce qui n’est pas plus mal au final. On peut appeler ça de l’ubérisation, mais dans le cas présent, il apporte un gain de créativité et n’est pas forcément signe de précarité (certaines personnes s’en sortent vraiment très, très bien comme ça). Ce contre-pouvoir devrait commencer à toucher le grand public dans pas très longtemps ; pour le moment, ça reste plutôt connu par les fans et les consommateurs avertis.
sasha
Est-ce que l'amateur va supplanter le pro ? L'argent ira-t-il aux plateformes d'hébergement plutôt qu'aux producteurs de contenu ?
C’est ce qu’il se passe effectivement, mais en commençant à vendre du contenu, les amateurs se professionnalisent… Du coup, je préfère utiliser le terme "d’indépendants", car c’est plus juste. Et effectivement, cette ubérisation efface les intermédiaires classiques au profit de nouvelles plateformes. Est-ce bien ? Est-ce mieux ? Ce que je constate, c’est que le porno mainstream perd du terrain face à cette vague indépendante, et c’est pas plus mal pour la diversité.

Puisque que les Hots d'Or n'existent plus, pourquoi ne pas créer le Fap d'Or ?
Figure-toi qu’on a eu ce projet avec le même nom il y a trois ans, mais c’est resté dans les cartons ! On va peut-être devoir vraiment le lancer avant qu’on ne nous pique l’idée ! Rendez-vous dans six mois pour les premiers Faps d’Or...

++ Le site officiel, la page Facebook, le compte Twitter et la page Tumblr du Tag Parfait, et le site du Bon Fap.
++ Les gifs de la sélection Les gifs de la semaine du Tag Parfait.
++ Le Fap Club des 7 ans du Tag Parfait, c'est le 24 juin au Petit Bain.

Crédit photo : Jacob Khrist.