OK les gars, place à l’interview-fiction. J’ai regardé votre clip d'In Cold Blood : pourquoi tant d’hémoglobine ?
Joe Newman : On aime le sang.

C’est vrai, moi aussi j’adore.
Joe : Vraiment ?

Mais qu’est-ce qui vous attire dans le sang ?
Joe : En fait je ne crois pas que ce soit tant une histoire de sang que de rapport à la mort, à la violence. Je pense qu’en tant qu’êtres humains, on est très curieux de tout ça parce qu’on est civilisés, et ça nous intrigue.
Gus Unger-Hamilton : Oui, pour moi, quand tu réalises un film, tu es conscient du rôle que joue la fiction, qui te permet d’aller dans des directions et à des endroits jusqu’ici interdits, fruits de toutes les fascinations : la violence, le meurtre... On sait tous que nous sommes nés pour mourir tout en ayant le pouvoir d’ôter la vie à quelqu’un. Tout cela fait partie de la vidéo. En réalité, c’est l’idée du directeur artistique.


Et toi Thom, t’en penses quoi ? Pourquoi tu aimes le sang ?
Thom Green : Comme mes compères, je trouve ça glamour et inhabituel. C’est aussi simple que ça. Visuellement, c’est intéressant quand on pense à l’évolution, au côté primitif, c’est aussi un gros shot d’adrénaline plutôt addictif.
Joe : En fait, j’aime pas le sang. (Rire général)

Ca te répugne ou quoi ?
Joe : Non, mais il y a des environnement dans lesquels je ne suis pas à l’aise du tout. À une époque, je donnais mon sang, puis j’ai arrêté parce que je n’aimais plus l’idée que des gens prélèvent mon sang. Ca m’est arrivé deux fois en réalité, et la troisième, j’ai failli m’évanouir - et je déteste la sensation de la seringue sur la veine. Pourquoi j’aime le sang ? J’aime en parler de manière abstraite, le montrer à l’écran comme sur la vidéo, mais je n’aime pas aller à l'hôpital et voir le sang.
Gus : Puis pas une seconde, tu ne peux penser que ce que tu vois dans la vidéo est réel. Ç'aurait pu être un dessin animé. Je n’aime pas regarder de vraies vidéos gores. J’aime pas ça, vous (aux autres membres du groupe, ndlr) oui ! Ce genre de vidéo, c’est si faux que c'en est drôle.

Le clip d’In Cold Blood démarre comme un documentaire sur une souris. Pensez-vous que les films devraient être plus associés à des documentaires ?
Joe : Je pense que tout dépend du film que tu réalises ; je ne pense pas qu’on devrait faire plus de documentaires - c’est juste une jolie façon de réaliser une oeuvre.
Gus : Oui, je pense que les choses sont bien ainsi.

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Quelle est la meilleure scène de meurtre jamais réalisée ?
Joe : Bonne question... Je me souviens d’une en particulier, à laquelle je pense tous les jours.
Gus : Carrément ?
Joe : Ouais, ça me hante. C’est un film basé sur un jeu vidéo des années 90, Resident Evil. Ils en ont fait un film en 2002. C’est l’histoire d’un groupe de chercheurs transformés en zombies. Il y a une scène en particulier où un tas de systèmes de sécurité à base de lasers ont été mis en place pour empêcher les gens d'accéder à une zone. Tous les personnages esquivent les lasers, et un mec vient se faire trancher la main... puis t’as une nana qui se fait trancher à son tour, et sa tête tombe doucement. Et la meilleure, c’est avec le leader de l’équipe - tu crois qu’il va survivre jusqu’au bout, et sa tête finit décomposée en petits cubes. (Rire général)
Gus : J'ai pas mieux.
Joe : Tu devrais regarder le film, c’est pas terrible - mais cette scène !

Quelle est la meilleure musique de scène de meurtre ?
Thom : Kill Bill. Il y en a plein. La scène où elle sabre une cinquantaine de mecs dans un restaurant.

Quelles sont les histoires derrière tous vos derniers clips ?
Joe : Il n’y en a pas de pré-établies, c’est au public de les créer. Pour celle de l’enterrement mexicain de notre clip 3WW par exemple, la particularité, c’est que la protagoniste est morte en donnant la vie - mais ça, c'est mon interprétation personnelle. 


Et les autres clips seront tous des fictions situées dans d’autres pays ?
Joe : En fait, ça dépend vraiment de l’idée. Le prochain sera peut-être réalisé par nous-mêmes ! “Watch this space
Gus : “Et n’oubliez pas de vous abonner”.

Avez-vous déjà pensé à créer une musique de film ?
Joe : Pour tout dire, on l’a déjà fait. Une fois. Je crois que voir des gens géniaux comme Mica Levi, une chanteuse-compositrice qui a composé la musique du film Under The Skin et de Jackie, m'inspire beaucoup. Tu vois comment elle écrit - c’est cette nana de l’Est londonien qui est très reconnue à Hollywood, c’est vraiment bon, elle ne fait aucun compromis. Je crois bien qu’on pourrait faire un truc pareil. Il faudrait en discuter, parce que la plupart du temps dans ce domaine, les décisions sont prises en comité. En tout cas, nous, on a fait un morceau pour un album...
Gus : ...Non, pour un film.
Joe : Oui, pour un film pardon ! (Rires) Eh bien ça s’est avéré assez compliqué. On nous avait promis “vous faites ce que vous voulez”, “il nous faut juste quinze minutes de votre musique”, puis évidemment, ça s'est transformé en “non, c’est pas bon, on n’aime pas ça, faites plus ceci-cela”. Au final, ils ont retiré tout ce qu’on aimait. Même si le directeur était super sympa, très passionné, malgré tout, nous nous sommes sentis un peu exploités. De belles choses ont découlé de ce projet, des idées pour notre deuxième album, mais je crois qu’on est sortis de cette expérience assez échaudés.
Gus : Nous serons plus vigilants à l’avenir.

Est-ce que vos clips ont évolué avec les innovations hi-tech ? Pensez-vous à la VR ?
Gus : (Emettant un bruit semblant à un pet) C'était ma bouche. (Rire général) Voilà mon ressenti par rapport à la VR.
Joe : Pour l’instant, la VR...
Gus : VR : very not interested.
Joe : C'est encore au stade exploratoire. Hollywood, Cannes et toutes les institutions majeures du cinéma ne vont pas délaisser du jour au lendemain leurs bonnes vieilles méthodes pour se mettre à la VR. Je ne suis pas convaincu que ce soit LE futur.
Gus : Je crois que c’est surtout une grosse lubie. Je ne pense pas que les habitudes des gens vont changer, je ne crois pas en l’envie d’enfiler un casque VR. Les gens aiment trop faire des choses ensemble, face à face. Ça peut présenter un intérêt marginal, mais si tu regardes bien, même les films 3D, chaque année ou presque, ça revient et tout le monde réagit en s'exclamant “oh la 3D !”... et ça ne change rien aux habitudes des spectateurs en général. Ou pis encore, la télévision 3D ! Je n’imagine personne se dire “il faut qu’on regarde Manchester by the Sea en 3D !”. Manchester by the Sea n’a pas besoin de la 3D. On peut parler de comment il est possible de raconter de belles histoires en VR, mais aussi de comment on peut faire exactement la même chose avec un film de facture tout ce qu'il y a de plus classique.
Joe : C’est ça aussi : si tu regardais une scène de film et que tu avais la VR, la seule option supplémentaire qu'elle t'apporterait serait de voir ce qui ne se passe pas directement à l'écran.
Gus : C’est intelligent, mais je pense que ça a plus d’avenir dans les jeux vidéo. Un peu comme dans celui de zombies à New-York.
Joe : Oui - c’était énorme, mais ça représente simplement un nouvel aspect du gaming en VR qui se voit de plus en plus reconnu, ce qui est une très bonne chose parce que je crois que beaucoup de gens sont encore à dire “t’es encore sur tes jeux ?” comme s'il s'agissait d'une activité abrutissante. Alors que pas du tout ; c’est même un bon moyen de résoudre les problèmes. Et ce jeu VR de tueurs de zombies là, j’ai adoré ! C'était sûrement l’une des choses les plus excitantes que j’ai faites depuis longtemps.

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Il n'est pas disponible en France, si ?
Joe : Si, je crois bien qu’ils l’ont lancé à l’international.
Gus : On était dans les bureaux de notre label à New-York ; ils disposent d'une salle de VR, ils nous montraient le jeu de zombies pour qu’on réagisse en mode “oh chouette, vite, faisons de la VR !”, et nous, on a répondu “oh ça déchire ce truc, on peut continuer à jouer ?!”.
Joe : Si j’étais le maître à penser d’une boîte de jeux vidéo, je me dirais “'tain, il faut que je trouve une putain d’idée avec cette technologie”, mais en réalité, on est un groupe qui écrit des chansons - et c’est bien notre seule préoccupation. Et Dieu qu’on est doué pour ça !

Concernant la scénographie de vos performances live, ma prochaine question était censée se rapporter à la VR, mais du coup, on peut juste parler de…
Joe : Tu veux qu’on discute VR ?
Gus : (Prenant un ton de présentateur de talk-show) Laisse-moi te parler de la VR. Tu aimes la VR ? Et le sang ? (Rires)

A quoi s’attendre de votre scénographie lors de votre prochaine tournée, alors ? Quelques folies ?
Gus : Je suis aussi intrigué que le reste du monde de voir ce qui peut se passer. Il me semble que notre manager et notre designer se sont associés. On a pris un recul délibéré pour éviter le mélange de trop d’opinions.
Joe : Je crois que les auditions sont très importantes pour nous, afin de prendre conscience des diverses capacités des uns et des autres. Par exemple, notre ingénieur lumière est fantastique - tellement qu’après un concert, il arrive souvent que le public parle des effets de lumières plus que de la musique.


A votre avis, quel artiste actuel se la donne vraiment niveau scénographie ?
Joe : On a vu The 1975 et ils avaient vraiment mis en place une technologie de pointe, avec des projections d’ordinateur, des cubes verts... ça ressemblait à de l’hyper-réalité en HD. Ils la contrôlent sûrement depuis un programme des plus basiques, mais même comme ça, c'était superbe.
Gus : Je me suis dit “waouh, la thune qu’ils ont dû dépenser pour ça, mais ça rend vraiment bien !”. Le truc aussi, c’est qu’on n'a jamais eu l’occasion de vivre nos concerts. Ça paraît évident dit comme ça, mais même à travers les vidéos, ce n’est pas comparable. J’adorerais en faire l’expérience.

Vos parents n'ont jamais vu vos concerts ?
Joe : Si, ma mère - mais elle a dû porter des lunettes de soleil parce qu’elle chope très vite des migraines. La première fois qu’elle nous a vus, elle était avec ses lunettes dans le carré VIP, et elle chantait la chanson Matilda avec nous. Je me souviens des gens qui se demandaient “mais c’est qui ça, putain ?” ! (Rire général)


Une dernière question : quelle scène après l’enterrement ?
Joe : Bonne question.
Gus : Rendez-vous au pub, trinquons à la belle vie.
Joe : Je ne sais pas, c’est une fin d'interview assez ambiguë, pas très facile à comprendre… Qu’en penses-tu ?

Mais je parle même de l’enterrement en tant que tel...
Joe : Tu me demandes ce que je fais après un enterrement ?

Oui - qu’est-ce qui se passe après la mort ?
Gus : Oooh, ah oui, OK.
Joe : J’ai une vision très pragmatique de la vie et de la mort : la mort n’est qu’une demi-naissance. (Inspire et souffle un grand coup) Je sais, c’est profond n’est-ce-pas ?
Gus : Pardon, il faut que j’y aille, c’est trop pour moi ! (Rires)
Joe : Je ne suis pas à fond dans la religion et je ne veux pas me lancer dans des débats en soirées sur l'inexistence de Dieu. Je ne pense pas qu’il se passe quelque chose après la mort - c’est cool.

C’est cool ?
Joe : Oui, c’est tellement cool, n’est-ce-pas ?
Gus : La sieste éternelle...


Et toi Thom, tu penses quoi de la mort ?
Thom : Je crois qu’on est happé par la terre, que nous ne sommes que de la matière. La magie n’existe pas. L’esprit existe chimiquement et s’arrête un jour. J’aimerais croire que ta conscience va quelque part, mais en fait non.
Joe : Ils disent qu’on meurt deux fois. Tu meurs, puis ton souvenir s’évapore de la planète.

Qu’est-ce que vous voulez que les gens gardent en mémoire à votre mort ?
(Grand silence)
Gus : La musique je suppose... C’est réconfortant de se dire qu’on a atteint un niveau de reconnaissance où nous pouvons envisager que même dans 500 ans - sans prétendre que nous serons encore célèbres -, il y aura peut-être au moins un livre qui nous évoquera, ou une mention de nous quelque part dans un manuel d’Histoire.

Et vous avez déjà pensé à en écrire un vous-mêmes, de livre ?
Gus : J’y pense tous les jours ! Je suis obsédé par le fait de me souvenir des choses. J’ai vraiment ça en tête, et je le ferai sans doute à un moment donné.


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Crédit photos : Antoine Monégier du Sorbier