Je viens de Picardie et je suis journaliste pour Brain Magazine, donc comme dirait l’autre, je suis une provinciale qui a réussi. Mais comme tout le monde n’a pas eu ma chance et que trop souvent, les groupes indés parisiens ne dépassent pas le périph', je vous propose une interview «on monte à la capitale».
Alexandre : (Rires) J’aime bien l’idée ! 

Déjà, est-ce qu’à Paris, vous dites «Polo et Pan» ou «Polo and Pèn» ? Et d’où vient ce nom ?
Paul : On dit les deux...
Alexandre : On dit ce qu’on veut, surtout ! Ce nom est hybride, un peu comme notre musique, et l’idée, c’est de laisser les gens nous appeler comme ils le veulent. Après, pour ce qui est de l’origine de Polo & Pan, ça vient de nos noms de scène avant le duo.
Paul : DJ Polocorp pour moi, et DJ…
Alexandre : Peter Pan - ou Piteur Pèn pour moi ! (Rires)

Il paraît que le Baron chez vous, c’est un peu comme le Macumba chez moi. Pouvez-vous nous raconter votre rencontre derrière les platines de ce club ?
Alex : Il est parfois des rencontres qui n’ont pas besoin de se demander «pourquoi».
Paul : Oui, on n'avait pas vraiment l’idée de faire un groupe ensemble. On était tous les deux résidents du Baron, on se côtoyait sans se connaître et on appréciait chacun le travail de l’autre. Moi, j’avais un studio avec des potes à Asnières-sur-Seine où je vivais et je travaillais depuis 3 ans ; j’ai invité Alex à y passer, et c’est comme ça qu’on a commencé à faire de la musique ensemble.
Alex : Et ça a fait boum !
Paul : (Rires) Oui, et ça a surtout fait un morceau qui s’appelle Rivolta et qui est notre premier titre en tant que Polo & Pan.

Donc c’est fini le Macumba ?
Alex : (Rires) C’est jamais fini  ! En fait, le Baron, c’est devenu une espèce d’entité à part aujourd’hui, c’est plus vraiment un club. Par exemple à Cannes la semaine prochaine, il va y avoir un «Baron». C’est devenu plus un état d’esprit aujourd’hui, et on est toujours le Baron.

#JeSuisLeBaron… C’est beau.
Alexandre : (Rires) Exactement, #OnEstLeBaron.

Pour ceux qui ne côtoient ni la jungle ni l’espace, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le «space jungle» ?
Paul : «Jungle», c’est le côté un peu touffu de notre musique, un peu comme dans une jungle avec ses micro-détails et son univers luxuriant. Et «space», c’est plus ce côté ciselé, bien défini, bien produit, le côté moderne de la production en studio. Comme on ne savait pas vraiment comment définir notre musique avec ce qui existait déjà, on a inventé notre genre.

Bon, donner à son album le nom d’un navire à voile portugais du début du XVème siècle, c’est quand même le summum du cool. Alors pourquoi Caravelle ?
Alexandre : Bon, Caravelle, c’est un peu plus qu’un bateau puisque c’est aussi une voiture et un avion, donc t’iras te renseigner, hein !

Oui clairement, il est temps que j’apprenne à faire mon métier correctement.
Alexandre : (Rires) Non mais en effet, il y a cette idée d’explorateur - et surtout du voyage qui est au coeur de notre album : partir du fin fond des abysses pour aller jusqu’à la cime des arbres et finir par s’envoler dans l’espace pour rejoindre le pays imaginaire. Finalement Caravelle, c’était la parfaite métaphore de notre voyage dans toutes les formes possibles… Sans limites.

Moi, quand j’écris, je pense souvent à la ficelle picarde. Et vous, quel a été votre processus créatif pour ce premier album ?
Alexandre : La ficelle picarde ?

Oui, c’est une petite crêpe avec de la crème et des champignons dedans. Ça m’inspire.
Alexandre : D’accord, très bien. Eh bien nous, c’est plutôt un quatre-quarts ! Un quart d’improvisation, un quart d’écriture storyboardée, un quart de jeu comme une cour de récré, et un quart de sérieux pour finir une oeuvre d’art.

Bon, tant qu’on est dans le cool, c’est vêtues de leur 501 taille haute que Marguerite et Victoria vous ont rejoint sur Caravelle. Mais qui sont ces deux choristes en canotier ?
Paul : À la base, ce sont des copines d’Alex, deux nanas hyper-créatives qui font de la musique ensemble.

Et je crois savoir que c’est Victoria qui réalise tous les artworks de Papooz, n’est-ce pas ?
Alexandre : Victoria fait toujours des apparitions pour Papooz ! En fait ce sont des filles très libres, très hybrides comme nous, c’est à dire qu’elles font plein de choses à côté. Victoria fait des vidéos pour une grande marque de luxe, Marguerite a créé sa propre marque de vêtements (G.Kero, ndlr) et elles ont aussi un don pour sublimer les choses. Donc ça a été un honneur pour nous de collaborer avec elles au service de cette entité qu’est Polo & Pan.

 

Hello , we are polo&pan and we love you ❤️🙋‍♂️🙎🏻🙎🏻‍♂️🙅🏻❤️ #poloandpan #quatuor #besteam

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Tu parles de collaboration - elles ont apporté uniquement les voix sur cet album ?
Paul : Non, elles ont apporté bien plus. Bon, on supervise la direction artistique, mais quand elles ont des idées d’écriture ou des idées originales, on est évidemment preneurs. On est vraiment au service des bonnes idées. Marguerite, par exemple, fait nos tenues de scènes…
Alexandre : …Et Marguerite a aussi écrit les paroles d’Aqualand. Voilà, concrètement, il n’y a pas d’histoire d’ego dans ce groupe et notre travail passe très souvent pas de la collaboration.

Et justement, Papooz, Jacques… vous avez flirté avec la crème du branché pas forcément connu hors de la capitale. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces collabs ?
Alexandre : Ça s’est fait très intuitivement. Ça commence toujours par un feeling parce qu’on est entourés de gens très talentueux, et puis ça va souvent extrêmement vite, c’est très naturel. On propose à un pote de passer en studio, on tente des choses ensemble et puis il en ressort ce qu’il en ressort.

Je trouve d’ailleurs - et c’est un compliment - que Polo & Pan est sur certains morceaux une version clubbing de Papooz.
Alexandre : (Rires) Mais c’est un compliment ! Ils sont très proches de nous déjà, et ils sont vraiment très talentueux. D’ailleurs dans certains morceaux, il arrive qu'Ulysse ou Armand (les deux membres de Papooz, ndlr) intervienne soit à la guitare, soit au chant. Encore une fois, pourquoi se priver de collaborer avec des gens cool ?

Dans votre musique comme dans vos clips, on retrouve un vrai univers enfantin. Est-ce-que vous aussi, comme moi, vous avez regardé beaucoup de VHS Disney pour tromper l’ennui de la Picardie ?
Paul : Alors pas pour tromper l’ennui, mais oui, bien sûr, c’est complètement assumé. Le Disney, l’univers de l’enfance, la naïveté, c’est l'un de nos leads, c’est vraiment là qu’on se retrouve avec Alex.

Un Disney en particulier ?
Paul : Le livre de la jungle est clairement là...
Alexandre : Et Peter Pan, évidemment. Des choses un peu plus psychédéliques aussi, comme Alice au pays des merveilles.
Paul : Et puis Taram et le chaudron magique, un Disney des nineties qui est également une énorme référence pour moi.
Alexandre : On peut même aller plus loin, puisqu’il y a un Walt Disney qui me tient vraiment à coeur : c’est Destino. C’est un film qui n’est jamais sorti et qui a été fait en co-réalisation avec Salvador Dali. Il n’a jamais vraiment existé au yeux du public mais c’est juste un bijou. On aime aussi beaucoup Make Mine Music, qui est un Disney dans lequel l’image est au service de la musique, et avec Benny Goodman à l’origine de la bande originale... Voilà encore des illustres qui bossent ensemble !

Oui, toujours cette idée de la collaboration qui semble très importante pour vous.
Paul et Alexandre : Complètement, c’est une vraie source d’inspiration.

Alexandre, tu as créé une webradio des musiques du monde (Radiooo, ndlr) ; toi, Paul, tu as réalisé un album dans les montagnes de l’Atlas, et vous êtes tous deux des DJ's parisiens bien établis. Malgré vos projets personnels, est-ce qu’aujourd’hui, votre duo est une priorité ?
Alexandre  : Clairement !
Paul : Oui, complètement, même si ça l’est devenu avec le temps. Au début, on avait chacun nos petits projets de notre côté, et puis c’est monté en puissance naturellement.
Alexandre : Polo & Pan, c’est clairement la synthèse de tout ce qu’on est depuis un certain nombres d’années. On est des découvreurs, on est la recherche perpétuelle du savoir et de la musique. On cherche aussi beaucoup à répondre aux fantasmes du souvenir. Tu sais, c’est pas loin d’être une thérapie, Polo & Pan : thérapie du souvenir, du bonheur, l'envie de laisser une trace…

En effet, il y a de tout les moods dans Caravelle, parfois joyeux, parfois plus sombres.
Alexandre : Exactement - cet album, c’est assumer qui l’on est.
Paul : On n’appartient pas du tout à un style, on essaie vraiment de faire une musique personnelle qui nous est complètement propre. Nos morceaux parlent toujours à notre for intérieur, notre inconscient… Pour Caravelle, on a plongé de plus en plus loin dans notre enfance à tous les deux.

Et cette thérapie, elle a fonctionné?
Alexandre : Eh bien à la fin, c’est les gentils qui gagnent !

De magazines indés à artistes indés, qu’est ce qu’on écoute de vraiment cool en ce moment ?
Alexandre  : Eh bien figure-toi qu’on écoute beaucoup de vieilleries comme des compositeurs classiques, mais on a aussi soif de découvrir des nouveautés. La dernière en date (il se tourne vers Paul, ndlr)…
Paul : …c'est Lewis OfMan, un petit producteur parisien qu’on aimerait bien rencontrer prochainement. Après, je t’avoue qu’on sort d’une phase où on a monté un live et produit un album, donc on a moins écouté que d’habitude les nouveautés. Et puis on fait de la musique toute la journée, donc moi, j’écoute surtout de la musique pour me détendre. Typiquement, un petit Debussy en jouant aux échecs, c’est très peaceful ! (Rires)

Vous êtes programmés au prochain Pitchfork, qui est quand même LE seul festival qui propose des huîtres. C’est quoi vos prochains projets à la pointe du cool ?
Alexandre : (Rires) Eh bien, faire un live dans une montgolfière - peut-être produire un morceau en apesanteur quelque part… Non mais oui, c’est vrai qu’être bookés au Pitchfork, c’est vraiment un honneur pour un groupe émergent comme nous, on n'en revient toujours pas !

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++ Le premier album de Polo & Pan, Caravelle, est disponible sur iTunes, Deezer et Spotify

Photo : Barrère & Simon