Parler avec Philippe Katerine, c'est un mélange entre l'envie de fuir chaque fois qu'on a l'impression de l'ennuyer et l'envie de l'épouser chaque fois que son esprit se met à rebondir avec le vôtre. Au moins, on est dans le vrai, comme on dit. La preuve dès la première question (attention, teasing).

On a souvent cherché à définir votre style. Avec ce livre (Ce que je sais de la mort, ce que je sais de l'amour, éd. Hélium), on a peut-être trouvé : il fait penser au Petit Prince de Saint-Exupéry.
Philippe Katerine : Ah, c'est marrant ! Je ne supporte pas le Petit Prince. Mon frère l'avait en disque quand on était petit, j'avais envie de le lui casser sur la tête à chaque fois. Ce ton éternellement candide, c'est quelque chose qui m'irrite au plus au point.

unnamed (12)

Dire qu'on n'aime pas le Petit Prince, c'est comme dire qu'on n'aime pas les crêpes. Socialement, c'est chaud.
C'est vrai. En même temps, je n'aime pas Brassens non plus. Mais bon, j'ai des amis qui aiment Brassens et je leur parle quand même.

D'habitude, on dit ça de ses amis qui votent FN.
Moi, c'est Brassens.

Vous êtes sûrement la personne la plus indéfinissable vue de l'extérieur. Et vous, ça va, vous savez qui vous êtes ?
Pas du tout. Qui peut prétendre se connaître ? Quel intérêt d'ailleurs ? J'avance dans l'inconnu, c'est ça qui me plaît. Je ne sais pas pourquoi je fais les choses, mais j'ai des urgences. C'est comme ce livre. J'ai acheté un bureau pour la première fois de ma vie. Le genre de bureau qu'on trouvait dans la préfecture de la Roche-sur-Yon en 1986. Avec des tiroirs en métal qui font du bruit et une grosse plaque en verre. Je n'ai jamais voulu un tel objet, mais là, dès que je l'ai vu, je l'ai voulu. Et je l'ai vu dans une salle de ventes, alors que je croyais être chez un antiquaire. Les enchères ont commencé à 200 € et j'ai gagné à 350 €. J'ai remporté la mise. Le lendemain, on me le livrait. Le soir, j'ai commencé ce livre à partir de mes carnets. Je n'ai pas arrêté de la nuit. La nuit suivante pareil. Et comme ça, tout la semaine. Comme envoûté. Après, j'ai fini comme après le sexe. Le bureau est toujours là, mais je ne l'approche plus. Il me dégoûte un peu.

unnamed (11)

C'est quoi la poésie pour vous ?
Je ne sais pas. Je devrais faire Ce que je sais de la poésie. Ça pourrait être une collection. Ce que je sais des gens. Ce que je sais de l'ombre.

Mais qu'est-ce qui vous touche ?
Quand vous me dites poésie, là tout de suite, je pense à mon grand-père. Il frottait son ventre. Quelque chose d'inattendu. Et en même temps, de très ancré dans la réalité.

Dessin, musique, cinéma... chaque support vous permet d'exprimer quelque chose de différent ?
Oui. Avec le dessin, je peux dire des choses de façon beaucoup plus concrète qu'avec la chanson. Par exemple, le dessin du phallus en bras nazi ou le vagin denté, ce sont des choses que je ressens tous les jours. Et je ne peux pas le dire en chanson... Quand on finit un dessin, c'est comme finir un coït. On a envie de fumer une cigarette après, comme dans les clichés d'Aznavour.

unnamed (10)

Quand on regarde votre parcours d'autodidacte, on se dit que les choses se sont faites naturellement pour vous...
Oui. Parce que je n'avais aucune envie particulière de métier ; je savais simplement que j'adorais chanter et danser. Mais je préférais encore plus le basket. Ça s'est fait avec des rencontres... C'est toujours simple d'ailleurs, parce que je n'ai pas d'objectif.

Le basket, d'ailleurs - on dit que la NBA vit un nouvel âge d'or, vous êtes d'accord ?
Je suis ça de loin. Je n'ai pas les bonnes chaînes télé pour ça. Mais je rêve tout le temps de basket ! Pas toutes les nuits, mais presque. Je rêve de matchs qui se passent mal, parfois dans le sang. Par contre, je regarde toujours Téléfoot.

J'ai vu qu'un collectif veut nommer un rond-point de votre ville natale, Thouars, de votre nom.
Quand j'ai appris ça, je me suis dit que c'était bien, un rond-point. Déjà, il y a beaucoup moins d'accidents avec les ronds-points. Et puis, il y en a qui tournent toujours autour, et parfois, il y en a un qui choisit de sortir. Mais il pourrait aussi le nommer Jean-Hugues Anglade - il est de Thouars aussi.

unnamed (9)

On pourrait avoir un clash de célébrités pour le rond-point de Thouars.
Je tourne avec lui en ce moment, on en parle ! On pourrait l'appeler le rond-point Jean-Hugues Katerine. Ou le gira-Thouars.

On a vous l'a demandé mille fois, mais : pourquoi ce pseudo (le vrai nom de Katerine est Philippe Blanchard, ndlr) ?
Parce que je voulais m'appeler "Catherine" dans la vie. Comme Catherine Deneuve. Ou comme ma cousine. Un nom de rêve pour une vie de rêve.

"Catherine pour Catherine Deneuve", on dirait Marilyn Manson qui choisit son nom pour Marilyn Monroe.
C'est vous qui le dites. Mais ça me va bien. J'ai lu son livre. J'aime beaucoup cet homme. Et puis, ce qu'il fait dans Wrong Cops. Je me sens très proche de cet homme.

unnamed (5)

Avec votre célébrité, avec votre compagne (Julie Depardieu, ndlr) et votre beau-père, on se dit que vous devriez être poursuivi par les paparazzi. Et non.
Non, pas du tout. Il suffit de sortir déguisé tout le temps. Je sors déguisé en femme âgée. Ça surprend.

Oui, surtout une femme âgée qui se met à courir.
C'est le tabou absolu ! On ne veut pas voir des femmes âgées qui courent. Mais il faut qu'elles soient bien voûtées. Qu'elles portent le poids des années.

Quand on est soi-même artiste, fils d'une institutrice et d'un démarcheur auprès des agriculteurs, est-ce qu'on se sent représenté au second tour de la présidentielle ?
Il n'y a plus aucun repère dans la famille. Avec Fillon, on avait le côté catho ; avec Hamon, ma sœur et moi, ça allait ; mais là, c'est la panique totale. C'est ça qui est bien.

unnamed (8)

Je finis en vous livrant ça. Il y a une phrase méconnue de Nietzsche qui me fait penser à chaque fois à vous : «L'amour n'a que faire de la durée, il veut l'instant et l'éternité».
Je suis d'accord. La durée n'a aucune importance. Pour moi, la durée, c'est un macaron. Ou alors, l'urée. Mais c'est bizarre que vous pensiez à moi avec Nietzsche.

Ben, avec sa moustache, il me fait penser à Brassens aussi. Mais si on commence et on finit cette interview avec Brassens, ça va faire beaucoup pour vous.
Oui, beaucoup trop.

++ Ce que je sais de la mort, ce que je sais de l'amour, Philippe Katerine, éd. Hélium. 208 pages. 18€