Question simple pour commencer : est-ce que ça a été difficile de vous remettre au travail sur ce disque, après le succès d’Isaac Delusion ?
Jules Pacotte : Bizarrement, ça a été assez simple. On a loué un studio au Point Éphémère à Paris, dans lequel on a bossé pendant un an, parfois 20 heures par jour, et tout s’est enchaîné naturellement. En revanche, je dois avouer que ça a été assez étrange de s’adapter à ce mode de composition. Avant, on travaillait tous de notre côté et on réunissait le tout au bout d’un moment. Là, on était tous au même endroit, constamment ensemble. Ça aurait pu vraiment nous perturber, mais il s’est avéré que c’était parfait pour nous. On en a d’ailleurs profité pour intégrer Cédric Laban, qui est batteur pour Forever Pavot et qui nous a apporté un vrai plus sur ce disque. Ça s’est super bien passé avec lui, ce qui nous a rassuré, je t’avoue : jusqu'à présent, on utilisait systématiquement des boîtes à rythmes, on n’avait jamais bossé avec un batteur, et on se demandait ce que ça pouvait donner. Nous sommes fiers du résultat. 

Justement, ça a changé quoi dans votre façon de travailler de bosser aujourd’hui avec un nouveau musicien, mais aussi au sein d’un nouvel label, Microqlima ?
Pour Cédric, c’était surtout l’apport de nouvelles idées et une nouvelle façon de composer. Pour le label, en revanche, ça n’a pas changé grand-chose. Tu sais, on a toujours travaillé entre nous et produit des sons uniquement pour nous, en ne prenant rien d’autre en compte que nos propres avis, pas même ceux des labels ou autre. Pour Rust & Gold, le changement vient plus de tout ce qui est extérieur à notre musique, que ce soit la communication, la promotion, etc. Tu l’as dit, on est sur Microqlima aujourd’hui, avec d’autres moyens, mais ça n’a pas révolutionné la musique d’Isaac Delusion pour autant. Ni même notre démarche. Ce n’est pas comme si on avait signé sur une grosse maison de disques, après tout. Et puis le boss de Microqlima n’est qu’autre qu’Antoine Bigot, notre manager depuis toujours. 

Et concernant Cracki Records, tu penses qu’Isaac Delusion en serait là aujourd’hui sans l’aide de ce label ?
Non, on a clairement eu la chance d’être soutenus par cette belle équipe. À la base, on faisait de la musique entre nous, sans ambition, et ils nous sont tombés dessus. Pour tout dire, ce sont même eux qui nous ont incités à enregistrer. Nous ne pouvons leur être que reconnaissants.

Dans ce cas, pourquoi être parti ?
Plus pour des divergences d’opinion qu’autre chose. Et puis on voulait goûter à de nouvelles opportunités. Encore une fois, on n’avait pas envie d’aller s’en mettre plein les poches chez une major, mais juste de prendre une nouvelle direction. 

Musicalement, tu le disais, Isaac Delusion est resté clairement identifiable dans ses productions. C’est un choix assumé ?
On a toujours su que la voix de Loïc était très identifiable. Ça a d’ailleurs toujours été notre fil conducteur. Donc oui, je sais qu'on a un son qui peut nous être propre, même si je trouve ce second album nettement plus cohérent. Contrairement au premier album, où l'on n’avait pas de recul sur ce qu’on faisait, là, on a réussi à recentrer les choses, à oser peut-être davantage également. 

Vrai : pour la première fois, vous chantez en français. Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ça ?
En fait, Loïc avait déjà écrit un titre en français pour le premier album, mais on ne l’avait pas retenu. Là, il en avait composé deux, et on a décidé d’en garder un. Je pense qu’il avait simplement envie de chanter dans sa langue maternelle.

Ce n’était donc pas pour coller à ce renouveau de la scène française depuis trois-quatre ans ?
Peut-être qu’on a fait ça de manière inconsciente, mais ça n’avait rien de calculé, d’intentionnel. Honnêtement, je pense même que c’est l'un des morceaux chantés en français qui a la prod' la moins pop actuellement. Si tu écoutes bien le morceau, que tu comprends son ambition et ses paroles, tu verras que ça ne se prête pas forcément au chant en français. Loïc a réussi un vrai coup avec Cajun

Pourquoi ce titre et cette référence à la musique traditionnelle de Louisiane, d’ailleurs ?
Quand on a commencé les répétitions pour ce disque, on a écouté quelques disques de cajun, et je pense que ça nous est resté. Ce chant en faux français, voire en français déformé par le temps, nous fascinait et nous faisait rire en même temps. Après tout, c’est quand même dingue d’avoir affaire à des textes français que l’on ne comprend pas… Du coup, quand on a composé les premières notes de guitares de Cajun, on avait ça en tête. Le morceau a beaucoup évolué entretemps, mais l’intention est restée. 

C’était quoi, ces fameux disques de cajun que vous écoutiez ?
On n’est pas des diggers, donc on a surtout écouté les artistes du genre les plus connus, en se perdant de vidéos en vidéos sur YouTube. Zachary Richard, notamment. 

Et pour le côté pop française du titre, c’est une culture à laquelle vous aviez déjà eu accès ?
La musique française, on en écoutait avant que toute cette nouvelle vague débarque. Je sais que Loïc adore Léo Ferré. De mon côté, je suis très fan de Gainsbourg, Nino Ferrer ou Brassens. Et cette passion perdure encore aujourd’hui : que ce soit Jacques, Flavien Berger ou tous ces mecs de Pan European Recording, on adore.

ISAAC_DELUSION_HD_15 __ © PE TESTARD copie

J’ai lu que vous étiez fan d’Oxmo Puccino également. Du coup, vous êtes plus pop française ou rap français ?
En fait, on n’est pas vraiment fan d’Oxmo... C’est plus Antoine, notre manager, qui l’apprécie pas mal. Nous, on l’aime bien, on l’a beaucoup écouté à une époque, mais ça ne va pas plus loin. En revanche, je dirais que oui, je suis plus fan de rap que de pop. Les autres membres du groupe ne sont pas forcément d’accord, mais j’adore le hip-hop indé type La Rumeur, Casey, la Scred Connexion ou le crew Anfalsh

Tu te verrais faire un duo à la Christine & The Queens et Booba ?
Je ne suis pas un grand fan de ce titre, mais l’idée me plairait bien. Ceci étant, il faudrait être encore plus exigeant que d’habitude, et ne pas chercher absolument à faire un titre hip-hop. C’est hyper casse-gueule comme type de morceau. 

De ton côté, est-ce que tu as conscience que la musique d’Isaac Delusion plaît beaucoup aux filles ?
À la base, on voulait faire de la musique pour faire danser les filles. Quand on a commencé à produire de la musique et faire des concerts, nos mélodies étaient donc très posées, c’était presque de la musique de chambre de bonne que nous composions chez nous le dimanche. Au fur et à mesure, en accumulant les petits concerts, on a souhaité aller vers la musique que nous produisons aujourd’hui, pour faire danser lascivement les gens. Peut-être que les filles aiment bien ça, qui sait ? Ce qui est sûr, en revanche, et ça peut se rapprocher de ce que tu dis, c’est que les garçons ont la mauvaise habitude de ne pas danser en concert... (Rires)

Est-ce que tu as déjà chanté en tête-à-tête avec une fille pour la draguer ?
Je chante très mal, donc je t’avoue que non. Mais ça ne m’étonnerait pas que Loïc ait déjà essayé. À sa place, je l’aurais fait en tout cas.

Vous vous considérez comme des garçons sensibles ?
On a une vraie sensibilité, mais c’est difficile d’avouer ça en interview : ça fait tout de suite garçon fragile ! (Rires) Cela dit, je pense sincèrement qu’il faut une certaine sensibilité pour créer de la musique et pour capter des émotions, bien sûr. 

Rassure-moi : tu n’es pas du genre à pleurer devant Le Roi Lion ou Titanic, au moins ?
Non, là, pour le coup, ce serait être vraiment sensible. Par contre, je reconnais quand même que certains films t’obligent à verser quelques larmes. Lion, par exemple, parle des rapports mère/fils, c’est un sujet assez lourd et je ne m’attendais pas à être aussi ému en allant le voir au cinéma.

Pour finir, peux-tu me dire qui est cette mystérieuse Isabella qui donne son prénom à votre premier single ?
Loïc aime beaucoup raconter des histoires, et imaginer pour ce faire un personnage. Je pense que ça vient de là, que ce n’est pas une histoire réelle. Si je ne dis pas de connerie, Isabella est le prénom d’une fille d’un pote à lui, mais la chanson ne la concerne pas. C’est une création qui lui permet d’exprimer une relation passée.

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++ Leur deuxième album, Rust & Gold, est disponible ici, ainsi qu'en écoute sur Spotify et Deezer.