Charli XCX s’apprête-t-elle à exploser à la face du monde ? Le talent de la jeune Anglaise expatriée à Los Angeles pour écrire des hooks imparables, des mélodies aguicheuses et des refrains calibrés pour être scandés à tue-tête n’est plus à prouver : elle a déjà à son actif deux énormes tubes planétaires qui auraient pu à eux seuls la catapulter au rang de vedette. Seulement, elle ne les a conçus que pour mieux les offrir à d’autres. Ourdi une nuit dans une chambre d’hôtel et refilé au groupe Icona Pop, le vers d’oreille I Love It explose les ventes et attire sur elle l’attention des grands laboratoires à hits de l’industrie pop, avide de réitérer ce succès tonitruant sorti de nulle part. Il ne tarde pas à venir : Fancy, concocté pour Iggy Azalea et dont Charli a aussi assuré les chœurs, se propulse à la première place des charts américains. Dans une interview récente pour le NME, la grande prêtresse de la pop Rihanna en personne confie lui avoir fait des appels du pied pour une collaboration.

Du côté de sa carrière d'interprète en revanche, ses premiers coups d’essai, qui naviguaient à vue entre rock gothique 80’s et EDM pour modasse, étaient plus prompts à assurer son "indie cred’" qu’à inonder les ondes FM. Mais alors qu’elle était devenue familière des rouages des usines du songwriting, ce n’était qu’une question de temps avant que cela ne change. Pour son deuxième album Sucker, elle convoque les faiseurs de tubes Steve Mac et Stargate et propulse deux morceaux, Break the Rules et Boom Clap, dans le Top 10 du Billboard. Criant à qui veut l’entendre son désir de s’orienter vers le versant le plus grand public de la pop, elle fait pourtant une excursion sur les territoires de la dance baisée avec le producteur aventureux SOPHIE, et lance dans la foulée son label dédié à la "pop progressive". Son prochain disque a été coproduit par Stargate et SOPHIE, et comprend un featuring avec la nouvelle icône du hip-hop "Pitchfork approved" Lil Yachty. Des choix qui témoignent avant tout de sa volonté de réussir à tenir le grand écart entre popularité et intégrité artistique.

Quand on la rencontre dans sa chambre d’hôtel où elle chille avec son meilleur pote, la dame dénote par son naturel ingénu et son rire entier, aux antipodes de l’image maîtrisée de la popstar en devenir que l’on peut se figurer. Bayant aux corneilles dès qu’on lui pose des questions "sérieuses", sa langue se délie dès qu’on évoque les nuits d’alcool et de défonce qu’elle organise dans sa grande maison perchée sur les hauteurs de LA : “La dernière fois était démente, il y avait environ trois cent personnes que je ne connaissais pas, dont un mec qui a passé la nuit évanoui. On avait vraiment peur qu’il soit mort, mais il s’est avéré qu’il avait juste pris trop de drogue. Avec Uffie, qui était accessoirement l'une de mes artistes préférées quand j’étais plus jeune, on a dû le porter jusqu’en bas des escaliers pour le mettre dans un taxi. Pendant ce temps-là, un autre type vomissait sur mon mur.

Charli est-elle trop arty pour devenir la nouvelle idole des jeunes, ou représente-t-elle au contraire le futur de la pop mainstream - qui devient de plus en plus expérimentale et tarabiscotée sous son vernis lisse et moiré ? Construit-elle méticuleusement son image de hit girl trash, ou ne répond-elle qu’à l’injonction de sa spontanéité ? En attendant de laisser la postérité trancher et pour tenter d’éclaircir un peu le mystère, on lui a proposé une partie de “Je n’ai jamais” - à laquelle elle s’est bien entendu prêtée de bonne grâce.

Je n’ai jamais voulu être Britney Spears ?
Charlotte Aitchison (Charli XCX) : J’ai toujours voulu être Britney Spears, et je peux même dire que je le veux toujours. C’était mon idole quand j’étais plus jeune. J’essayais d’imiter ses tenues bitchy et la chorégraphie de Baby One More Time, mais je n’étais vraiment pas bonne danseuse.

Je n’ai jamais volé dans un magasin ?
Quand j’étais plus jeune, j’ai été à New Look avec un ami qui volait souvent et j’ai embarqué des bandeaux fluo pour les cheveux. C’était ma période rave. Je ne l’ai jamais refait, et à vrai dire, je regrette un peu de ne pas avoir pris quelque chose de plus cool.

Je n’ai jamais fait un coma éthylique, un bad trip ou un K-hole ?
C’est pour quel magazine, déjà ? Ma mère serait en colère si elle savait que j’avais fait un K-hole, donc on va passer ça sous silence. Et honnêtement, je n’ai jamais eu de bad trip pour le moment - je touche du bois pour que ça n’arrive pas. Pour tout dire, je suis prudente avec les psychotropes. J’ai une théorie selon laquelle si je faisais un bad trip, je bloquerais sur la fille de The Ring, une vibe que je préfère éviter. En revanche, j’adore avoir la gueule de bois, parce que c’est comme un accomplissement quand ça s’arrête : même si tu n’as rien fait de ta journée, tu es au moins venu à bout de cette expérience de mort imminente !

Je n’ai jamais dit à quelqu’un ce que je ressentais pour lui dans une chanson ?
J’ai l’ai beaucoup fait quand j’étais plus jeune, surtout quand j’étais encore au lycée. J’écrivais des chansons sur mes copains tout le temps, sans mettre leur nom dans le titre. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. J’écris des chansons très rapidement et spontanément, alors je n’ai plus le temps de penser à des expériences personnelles, ou du moins j’ai la flemme. Je compose sur des sentiments : tomber amoureux, faire la fête, prendre de la drogue.

Je n’ai jamais suivi de régime, changé de coupe de cheveux ou de look parce qu’une maison de disques m’a dit de le faire ?
Je n’ai jamais fait ça, mais j’ai déjà eu cette conversation avec mon premier label. En gros, ils m’ont dit qu’il fallait que je me coiffe mieux. Je leur ai dit d’aller se faire foutre et ils ne m’en ont plus jamais parlé. En revanche, je me suis déjà infligé à moi-même une coupe de cheveux horrible. À un moment donné, je voulais absolument avoir la coupe de La Roux, et j’ai fini avec des boucles comme dans la comédie musicale Honey - oui, rien à voir. Et le pire dans tout ça, c’est que j’avais mon premier photoshoot juste après avec David Bailey.

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La fameuse coupe en question.

Je ne suis jamais rentrée avec un fan ?
Jamais : tous mes fans ont quatorze ans, et la moitié d’entre eux sont gays...

Je n’ai jamais envoyé un texto ou passé un coup de fil gênant quand j’étais ivre ?
Je le fais en permanence, mais je dois pouvoir te trouver un souvenir récent… Ah oui ! Cette année, j’ai fait une soirée d’Halloween où j’ai fini complètement bourrée. A tel point que j’ai dû mettre fin à la soirée à vingt-deux heures. Sérieusement. Le lendemain, j’ai checké les textos que j’avais envoyés et j’ai découvert que j’avais envoyé des vidéos à plein de mecs que je draguais. Il y avait une installation au milieu de la fête appelée la “XCX house”, à l’intérieur de laquelle je m’étais filmée en faisant des moues de fille chaude et mystérieuse.

J’ai lu un article sur Complex où le journaliste raconte que tu lui as passé un coup de fil ivre après qu’il a passé la journée avec toi pour un reportage…
C’est vrai. D’ailleurs, j’ai recroisé ce journaliste environ un an après à une soirée ; il m’a dit qu’il avait des dossiers sur moi qu’il pourrait divulguer s’il le souhaitait. Je n’ai pas trouvé ça très cool de sa part, mais c’est sans doute vrai parce que je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai bien pu lui raconter quand je lui ai passé ce coup de fil.

Je n’ai jamais écrit une chanson que je hais ?
Ah si. Je hais Break the Rules, vraiment. Dès que je l’ai écrite, je me suis dit que cette chanson était merdique, et des personnes autour de moi m’ont confirmé que c’était de mauvais goût. Je me suis dit qu’il n’y avait aucun moyen que je la chante un jour, mais deux mois après j’ai changé d’avis, va savoir pourquoi. Le pire, c’est qu’elle a eu du succès. Du coup, je suis obligée de continuer à la chanter.

Et une chanson pour un autre artiste ?
J’aime toutes les chansons que je donne, beaucoup plus que celles que je garde pour moi.

Je n’ai jamais trashé un studio, une chambre d’hôtel ou une maison qu’on m’a prêtée ?
J’ai trashé la maison de Trevor Horn. On a fait une grosse soirée dans sa maison à Beverly Hills que je louais. Je ne connaissais pas encore beaucoup de monde à Los Angeles, alors j’avais demandé aux personnes que je connaissais de ramener plein de potes. On s’est retrouvés à être cinq-cents, c’était un carnage. Par miracle, on avait réussi à tout remettre en ordre avant que sa fille ne rentre le jour d’après. Le problème, c’est qu’elle travaille dans l’industrie du disque et qu’elle s’est retrouvée juste après à un rendez-vous professionnel où des gens nous ont grillés en lui disant qu’ils avaient passé une soirée de folie dans la maison de son père la veille. On s’est fait virer de la baraque et on n’a plus jamais eu le droit d’y remettre les pieds.

Je n’ai jamais dû mettre fin à une tournée en urgence ?
Il y a deux ans, j’ai traversé une phase de déprime durant une tournée. J’étais sur la route depuis longtemps et je ne croyais plus en ce que je faisais. Je me sentais vraiment malheureuse et je pleurais tous les jours. Si j’avais continué, j’aurais passé tous mes concerts à regarder le sol, je n’avais pas l’énergie de continuer.

Je n’ai jamais voulu arrêter la musique ?
Bien sûr que si - je traverse des hauts et des bas, comme tout le monde dans ce métier à mon avis. Être musicien, c’est souvent génial, mais il y a des moments où tu as l’impression que tu es incapable créer. Certains jours, je suis pleine de doutes, d’autres, très confiante. C’est sans doute quelque chose que tu apprends à gérer avec le temps, en prenant de l’âge et de l’expérience. Pour le moment, je n’ai pas atteint ce stade mais je l’accepte.

Je n’ai jamais arrêté de boire pendant une période prolongée ?
J’ai passé six semaines sobres il y a deux mois. Je voulais adopter un mode de vie sain. C’était horriblement chiant. Je sais que j’aurais dû me sentir incroyablement bien dans mon corps, mais tout d’abord, je ne me sentais pas si différente et surtout, je ne me suis jamais autant ennuyée. Je sais que certaines personnes en ont besoin et je respecte ça, mais pendant tout le temps où j’ai été sobre, je ne pensais qu’à aller faire la fête.

Je n’ai jamais été à une soirée sobre ?
Jamais. Je ne peux pas débarquer à une fête et ne pas être à fond ou entrer dans un club et ne pas être impliquée à 100%. Peut-être que j’ai un problème. J’ai bien essayé une fois, mais c’était si déprimant que j’ai rompu ma promesse. Résultat : je n’ai jamais fini aussi déchirée.

Crédit photo : Bradley and Pablo.

++ Le site officiel, la page Facebook et les comptes Instagram et Soundcloud de Charli XCX. 
++ Sorti en décembre 2015, son dernier album, Sucker, est disponible ici, et sa discographie est en écoute intégrale sur Deezer ou Spotify.