Salut Marie, je t’ai vu ouvrir la Java à la soirée DJ House Of Moda avec tes kilos de machines analogiques. Comment c’est de débarquer au RDV des danseurs fous ?
Oh, ce n’est pas la première fois que je joue dans une soirée DJ. Je joue toujours live avec des machines concrètes, parce que c’est comme ça que je fais de la musique, sans ordinateur. Cette année, j’ai dû passer 35 heures par semaine sur mes machines. D’ailleurs je viens de débuter sur Ableton, j’en suis à mes premières leçons. On me demande si je mixe, mais non, non. Je ne joue que en live. Comment on fait pour se voir à l’écran ?

Tu cliques sur la caméra verte de Skype. J’étais impressionné par la quantité de machines que tu avais avec toi, tu courrais presque de l’une à l’autre.
C’est une performance ! Je joue une heure dans ces conditions.


Ton album s’appelle Adieux au Dancefloor et avec sa frappe EBM, tu ne trouves pas que c’est justement le plus taillé pour les dancefloor ?
Oui, mais si tu écoutes les paroles tu comprends qu’il s’agit plutôt d’adieux à un certain mode de vie. Il y a dix ans, j’ai décidé de ne pas aller à l’université mais de vouer ma vie à la musique. Ça fait longtemps que je fréquente le milieu des salles de concert, des bars… Quand tu fais la fête chaque weekend, il y a un moment où tu n’en peux plus. Pour moi c’était l’été 2015, je le passais à Berlin comme souvent et j’avais enchaîné les dates aux US et en Europe. Et là ça a été un haut-le-cœur. Un haut-le-cœur de faire le party.

Tu veux dire la drogue ?
Oui, bien sûr. Les drogues, les conversations qui ne vont nulle part, les relations superficielles. J’aime toujours danser, pour moi c’est cathartique et je gagne ma vie avec la musique, mais j’ai changé mon regard sur le night club. Je suis plus difficile qu’avant, et certains comportements autodestructeurs que j’avais et que je vois chez les autres m’ennuient. J’espère pouvoir transformer l’électricité du club en une énergie positive.

Tes passages à Berlin ont-ils influencé cette décision et ton disque ?
J’y passe beaucoup de temps. J’y travaille, je pars faire des concerts, ces prochains jours je serai à Londres, Moscou et Utrecht. Toutes les villes m’ont dégoûté de la fête, et peut-être que Berlin a été l’overdose, mais je garde une relation amour-haine avec cette ville puisque j’y vis encore. Je vis entre Berlin et Montréal.
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C’est curieux Montréal, la nuit. Les clubs ferment toujours brutalement à 3h du matin, même si un morceau est en cours ?
Oui, mais après 3h il y a des lieux clandestins et des espaces DIY qui font des party illégaux. Ça marche beaucoup. Moi je viens vraiment de cette scène underground, qui regroupe énormément de gens talentueux.

… et ton disque sent ces clubs installés dans des hangars fumeurs avec des murs en tôle…
Oui, cette ambiance fond de club ou fond de sous-sol. Voilà, t’as tout compris, je voulais dépeindre cette scène dans mon disque.

Il y a aussi beaucoup de chansons sur l’ego, notamment des allusions aux réseaux sociaux. C’est le thème qui t’inspire ?
Oui, cette idée de mise en scène omniprésente, dans l’art, dans la vie, sur les photos… L’ego vu comme une blessure commune à tous, c’est un sujet que j’aime car je le vois en moi en même temps que chez les autres.

On entendait parler du collectif underground « La Brique » de Montréal, c’est là que tu as enregistré ?
À la Brique, on pouvait croiser Chevalier Avant-Garde, Bataille Solaire, Femminielli, Essaie Pas… C’est là qu’on faisait tous de la musique mais ça n’existe plus depuis quatre ans. J’ai enregistré dans mon studio à Montréal. Il est situé dans des bureaux, mais je le loue pendant les heures creuses, week-ends et soirs.


Sur ton disque, tu laisses un peu le côté noise que tu expérimentais autre fois, non ?
Mais j’aime toujours la musique ambient. Cette année j’ai beaucoup écouté de la noise et aussi le groupe Raime (du label Blackest Ever Black), un genre de mélange post-punk et doom, avec des sons très électroniques et dub. J’écoute énormément de musiques, ça me parait normal que mon son évolue d’un album à l’autre.

J’ai vu sur plusieurs articles que la presse parlait de toi toujours en ces termes : « la poétesse de l’underground montréalais », alors j’ai trois questions :

1) Sur Montréal. Y es-tu née ?
Oui, dans le Mile End, le quartier hip. C’est assez rare d’y avoir grandi, je veux dire avant que ça ne devienne hip. Après, tout le monde est le hipster de quelqu’un d’autre, mais j’y vivais petite. 

2) Es-tu OK avec le terme « poétesse » ?
Oui, oui oui. J’aime la poésie, la littérature en général, ça m’influence beaucoup. Le hip hop pour moi c’est de la poésie contemporaine, la soul également. Ma plus grande influence c’est Charles Bukowski. Et puis Marguerite Duras, depuis mon adolescence je lis tout : ses scénarios, ses romans, ses essais. J’aime sa sensibilité. Patrice Desbiens aussi, un poète canadien, est très important pour moi.

3) Sur le terme « Underground » maintenant. En signant Essaie Pas chez DFA, tu n’en es pas sortie de l’underground ?
Non ça n’a pas changé grand-chose. L’album a été très bien reçu, mais on a juste décroché quelques dates en plus.  Ça reste quand même underground.


Dirais-tu qu’avec Essaie Pas tu as des envies plus pop et que tu fais plus de l’expérimental en solo ?
Non on trouve autant de pièces chantées avec Pierre sur le disque d'Essaie Pas que dans mon album solo. Quand je compose, je me concentre juste sur l’impulsion du moment, mon instinct. Et avec Essaie Pas on écrit à deux, chacun sa partie pour les textes. Pour la musique on écrit ensemble. Quant à l’expérimentation, il y a des titres dans Adieux aux Dancefloor comme Planet Ego ou I Dedicated My Life qui sont carrément in your face.

Encore une question : ton acolyte de Essaie Pas a produit le premier EP du duo Pelada il y a peu. On ne sait rien de ce groupe cyber-ibérique génial, tu peux nous donner des infos ?
Ils sont en train de finir un disque. Mais je n’en sais vraiment pas plus !

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++ Son nouvel album, Adieux au dancefloor, est disponible. Elle jouera le 18 décembre à la Marbrerie (Montreuil) dans le cadre du festival d'hiver du collectif MU, le Magnétique Nord.