Qu’est-ce qui a changé depuis tes derniers passages en France, à part ce superbe climat ? (ll pleut des kilolitres de calcaire, les nuages ont des griffes, le ciel bave depuis des jours, c’est le temps parfait pour écouter ça. Andy Shauf étant la star des mauvaises météos, on va pouvoir l’écouter tout l’été, ndla)
Andy Shauf : Ça doit être notre 3ème ou 4ème passage en France, on avait un clavier différent, mais sinon c’est la même formation. Je suis en Europe depuis avril. Et Paris est toujours comme ça quand je viens… (Vous voyez ? haha, ndla)

The Party est moins minimaliste que tes précédents disques ; comment es-tu arrivé à cette nouvelle direction ?
Je voulais plus faire un disque «de groupe», alors qu’avant, je cherchais à pouvoir jouer et faire des arrangements en solo. Pour The Party, j’ai utilisé ce que j’avais à disposition, des amis sont venus faire des violons, des cordes, mais je me suis cantonné à mes instruments. J’ai tout joué sauf les cordes.


Aurais-tu appris la musique seul ?
J’ai commencé la batterie à 5 ou 6 ans, j’ai commencé la guitare à l’école. Quand j’étais petit, ma famille avait un magasin d’électronique avec plein d’instruments, et j’y jouais de la batterie le soir après la fermeture. Mes parents ne m’ont pas assis derrière mais ils étaient beaucoup dans la musique, ils jouaient dans une église, avaient des groupes et parfois, quand ils cherchaient un batteur pour la chorale, je leur disais «je peux le faire».

Donc, petit, devenir musicien, c’était genre un truc de destin ?
Ouais… Je pense que c’est quelque chose que j’ai toujours voulu.

Et… Tu as toujours voulu tout jouer tout seul dans tes disques ?
C’est comme ça que j’ai toujours fonctionné car c’est épineux de développer une idée personnelle avec quelqu’un. Même si j’ai une mauvaise idée, il faut que j’aille au bout, quitte à laisser tomber. Si j’avais entendu quelqu’un me dire «je ne pense pas que ça soit une bonne idée», ça se serait arrêté là. Et par ailleurs, donner des ordres, être directif, ce n’est pas quelque chose que je me sens de faire. Est-ce que c’est lié avec le fait d’apprendre seul ? Peut-être…


Les productions sont vraiment classes ; quelle était ton idée du son avant de rentrer en studio ?
Je voulais quelque chose qui sonnait seventies. Je pensais au son spécifique de L.A. dans les seventies, comme Steely Dan (toujours cité comme LE groupe de L.A. des seventies, alors que les gars n’étaient pas de L.A., mais c’est comme ça, ils sont de L.A. dans les cœurs, ndla). C’est ce que j’écoutais et c’est ce que je visais.

Il y a dans la voix quelque chose de très nostalgique. Sur Eyes of Them All, j’avais des réminiscences de voix à la Electric Light Orchestra. Par exemple dans Begin Again, je me demandais à quel point c’était travaillé en post-production... ou était-ce ta voix naturelle ?
Non, c’est bien ma voix.

On peut penser à la trajectoire d’Andrew Wyatt : le chanteur de Miike Snow a démarré une carrière solo avec de plus en plus d’orchestrations.  Est-ce que c’est ce chemin-là que tu prends ?
Mon idée était de faire simple dans la composition, mais d’expérimenter des sons plus gros. Pourquoi ne pas apprendre de nouveaux instruments pour la suite ? J’aimerais bien mais… je pense au violon par exemple, c’est très dur, il faut apprendre enfant.


Tu écoutais quoi enfant ? Premiers souvenirs musicaux ?
La chorale, je pense. J’ai eu une éducation religieuse donc j’écoutais de la musique religieuse, mais elle avait des accents pop et mes parents jouaient aussi des reprises. Pardon, est-ce que suis croyant ? Pas spécialement mais... (Zach ! hurle le barman sur mon enregistrement. Zach ! Zach ! Zach !, ndla) en fait.

OK. Tu composes beaucoup. Pour ton précédent album on avait entendu parler de 100 chansons mises de côté. Cette fois-ci, tu as été encore aussi prolixe ?
Non j’avais du stock mais je suis du genre à jeter à la poubelle et reprendre complètement, sans regarder en arrière. J’ai travaillé sur The Party pendant deux ans, entre les tournées. J’ai écrit pendant cette période qu’on ne peut pas dire «courte» mais les titres sortaient rapidement, et quand je finissais une chanson, je savais si j’allais l’aimer ou non. Quand je me mettais sur un morceau de The Party, j’aboutissais vite.


Les morceaux racontent des histoires. À quel point sont-elles vraies ?
Non, ce ne sont pas des histoires vraies, mais écrire à la première personne, c’est surtout une manière de faire en sorte que ça ait l’air vrai, plus naturel, dans ce qu’on décrit.

Tes premières productions parlent beaucoup de l’endroit d’où tu viens, le Saskatchewan (province sudiste du Canada, ndla). C’est important pour toi ?
Oui, j’y ai passé quasiment toute ma vie mais je viens de déménager à Toronto. Je crois que l’endroit où tu vis, que tu l’aimes ou pas, influence ce que tu produis. En l’occurrence, c’était un environnement de petites villes, où tout le monde se connaît. The Party est presque un hommage à cela. C’est le dernier disque que j’ai écrit de là-bas car j’ai déménagé à Toronto juste avant la tournée, mais je n’ai pas encore passé du temps dans la ville.

Dans Early To the Party, tu reprends les accords de l’intro de Breathe des Pink Floyd, non ?
Je ne connais pas cette chanson.


?! Qu’as-tu écouté cette année ?
Je dois écouter cinq albums en boucle… L’Album Blanc des Beatles… Yankee Hotel Foxtrot de Wilco, Joni Mitchell. Ça fait longtemps que j’écoute les mêmes choses. Quand j’étais étudiant j’écoutais du punk, j’en jouais aussi, à la batterie. Et un jour, j’ai arrêté.

Comme cette interview. Merci Andy et bon concert.
Merci, bye.

++ Retrouvez Andy Shauf sur son site officiel, Facebook, Bandcamp, Twitter et Instagram.
++ Son nouvel album, The Party, est disponible.