Joseph, vous qui vivez à Paris depuis plusieurs années, connaissiez-vous cet endroit (des centaines de guitares nous entourent, ndla) ? Par exemple, avez-vous acheté de nouveaux instruments pour Summer 08 ?
Joseph Mount : Je découvre cet endroit, et non, je n'ai pas acheté d’instruments depuis un moment. En fait, j’y vais quand j’ai besoin d’un truc en particulier. Il y a peut-être des sons nouveaux dans les claviers, les guitares, les batteries de Summer 08… Mais ce ne sont que des variations. Tu sais, aujourd’hui, les studios analogiques permettent tellement de choses que tu peux enregistrer sans être nécessairement très doué, ha ha.

Vous êtes seul en studio aujourd’hui ?
Chez moi, je peux utiliser un ordinateur portable. Dans un studio, j'ai besoin d'un peu d'aide sinon je suis trop lent. Au fil des trois derniers albums, j'ai appris sur la production et l'enregistrement. Love Letters, mon précédent album, était enregistré presque en live. Pour Summer 08, j’ai enregistré chaque instrument. C’était plus simple pour mon emploi du temps, entre les tournées.


C'est quoi alors cette histoire d’été 2008 ?
Pour Metronomy, c'est le premier été, la première année où l'on a commencé à tourner. Même si c'était notre 2ème album, pour beaucoup de gens, c'était le premier et la découverte du groupe. On voyageait à travers le monde... Aujourd’hui, les groupes ne durent pas forcément huit ans, ils splittent ou changent. Metronomy fonctionne encore mieux aujourd’hui. Alors 2008, c'était un départ. Et j'ai choisi de raconter ça à partir de l’été parce que... ça sonnait bien.

C’est plus un «concept-album» qu’un album très personnel finalement ?
C'est drôle aussi car quand on relit le communiqué de presse on découvre que ce qu'on fait est toujours plus conceptuel que le concept-même ! S'il y avait un concept à l'enregistrement, ça serait simplement : s'éclater à faire de la musique, sans même penser au live. Et je ne sais pas si le mot "personnel" est approprié : c'est un album très personnel parce que je l'ai fait entièrement, mais ce n'est pas vraiment intime.

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Metronomy est-il obsédé par le temps qui passe? 
Non, pas obsédé mais concerné. Comme n'importe qui, j'imagine. Je crois que la musique est littéralement ancrée dans l’instant. Prends par exemple Justin Bieber, Sorry. Ce n'est pas une chanson qui parle de 2016. Mais si elle passe dans 10 ans quelque part dans des enceintes, tu te diras "oh, c'est le souvenir de mes 20 ans". La musique est instantanément datée, tu vois. Et j’en suis conscient.

Mais vous êtes aussi, paraît-il, très attentif à ce que les kids soient aux premiers rangs de vos concerts ?
Pas pour les mêmes raisons - je pense que c'est ce qui vous rend pertinent, d’attiser la curiosité de la jeunesse. Si les adolescents ne sont plus là, ça veut dire que vous vieillissez. Un musicien peut flipper de voir ses fans devenir vieux.


Hey, mais c’est peut-être un album super teen, ils ne vont pas vous lâcher !
Oui, enfin je ne veux pas entrer en compétition avec Bieber. Mais quand j'étais teenager, j'étais très excité par plusieurs genres de musique en même temps. Stevie Wonder, Weezer : j'aimais à la même période. Je sais que je ne suis pas au coeur de ce que peuvent écouter les adolescents, mais je me réjouis de penser que Metronomy a quand même une chance avec certains jeunes.

Qu’est-ce que vous écoutiez quand vous avez commencé Metronomy ?
J’étais dans des groupes parce que j’aimais les groupes, la pop. Mais je pense qu’au moment où nous avons commencé Metronomy, j’écoutais DJ Shadow et Aphex Twin, entre autres.

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Quand vous faites un feat avec Robyn ou Mix Master Mike, vous êtes ensemble en studio ou chacun enregistre ses parties séparément ?
Je leur demandais de faire quelque chose pour moi donc je ne changeais pas vraiment ma manière de travailler. Mais quand tu travailles avec des gens, tu dois le faire en sachant pourquoi, quelle partie de leur personnalité tu recherches. Et Robyn et ses parties chantées que nous avons enregistrées, par exemple, c’était quelque chose qu’elle faisait trop bien par rapport à moi. Mais on ne l’a pas fait en studio. Les parties scratchées de Mix Master Mike, c’est pareil, il mes les a envoyées par email ! In a modern way.

D’ailleurs, comment c’était pour vous d’enregistrer à…
À Angers ! Haaaa Angers ! Je suis de la campagne, vers les Cornouailles à l’Ouest de l’Angleterre. Je connais bien les villes françaises, avec les tournées, les festivals et nous étions vers… Noyon ?  Oui, c’est ça. C’était comme une bulle dans une ville très normale où rien n’arrive. Où tu ne vois qu'un PMU ou un Carrefour… Enfin, rien n’arrive. Mais le studio était dans une vieille ferme, la météo enchanteresse, et même si nous étions à  Nullepartland, c’était exactement l’endroit où il fallait être pour enregistrer.


Vous étiez il y a quelques jours au Nova Club, l’émission de David Blot, et vous avez choisi de passer un morceau de Louis Chedid, Fontana. Comment connaissez-vous ce truc un peu rare de la musique française ?
Dans la ville où j’ai grandi, il y avait des fêtes caritatives où ils vendaient des disques. Et j’ai acheté un disque de Louis Chedid. C’était ma période où j’écoutais DJ Shadow, donc j’essayais de sampler certains super morceaux instrumentaux de Louis Chedid.

Sinon, vous connaissez l’album de Nino Ferrer, Métronomie ?
Ha ha ! On m’en a parlé. C’est bon ?


Oui, assez psychédélique en fait. Le label qui l’a produit s’appelle Riviera. Vous n’allez pas me dire que c’est une coïncidence avec The English Riviera, votre album de 2011 ?
Non ?! Hé bien si : aucun lien, c’est une pure coïncidence.

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++ Leur nouvel album, Summer 08, sera disponible le 1er juillet. Vous pouvez le précommander ici. Ils seront en DJ-set au festival Darwin Ocean Climax (Bordeaux) le 8 septembre.