Il y a trois axes principaux dans ton spectacle : le sexe, la mort et le caca. Je voulais savoir lequel t’inspire le plus ?
Blanche Gardin : J’adore le caca, j’ai une passion pour le fait de déféquer. Bon j’aime faire l’amour aussi, tout comme j’aime penser à la mort. Je ne pourrais pas choisir. Tout ça se rejoint. (Rires)

Tu dis que tu as peur de la «non-mort» dans ton spectacle. Mais qu’est-ce qui t’angoisse le plus au fond : la mort, la vie, l’absence de mort prônée par les transhumanistes ?
Ce qui m’angoisse le plus, c’est qu’on soit de plus en plus angoissés par le vide, le néant, la mort. On vit dans une civilisation, une culture où on est beaucoup moins dans une vision religieuse de la vie, on a supprimé la vie après la mort. On est confronté au fait qu’il n’y ait rien après. C’est allié à l’angoisse grandissante du vide, on a sans cesse besoin de combler ce vide. On fait sans arrêt cinq choses à la fois. On «sur-occupe» le vide avec des actions qui n’en sont même pas. On a juste besoin d’être occupés par des choses. Je trouve cela très angoissant.


Tu ne crois pas à la vie après la mort ?
Non, pas trop. Si je devais choisir, je ne sais pas si je serais croyante. C’est une bonne question, je ne sais pas. Enfin bon, si. L’angoisse de mort fait qu’on a envie de vivre intensément. On a des émotions forcément plus fortes quand on pense qu’il n’y a rien après.

On accole souvent le mot «dépressif» à ton humour, tu en penses quoi ?
C’est un type d’humour où l'on essaie de jouer avec ses travers et ce qui ne va pas, c’est ça que je mets en avant. Donc je comprends qu’on puisse appeler ça un humour dépressif. C’est aussi une catharsis d’aller sur scène et de raconter ce qui ne va pas. Mais c’est peut-être un terme un peu trop exagéré, en effet.

Tu penses que les horreurs que tu dis sur scène sont réalisables sous une autre forme artistique ?
Absolument pas - à la télévision, je ne pourrais pas dire toutes ces choses-là. Aujourd’hui, c’est le divertissement le plus total. Les programmateurs et les diffuseurs n’ont pas du tout envie de ça. Mais je ne suis pas nostalgique pour autant.

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Est-ce que tu t’auto-censures ?
Non, si je trouve qu’il y a un intérêt à raconter quelque chose, qui a peut-être traversé l’esprit ne serait-ce que d’une seule personne, si j’en ai l’intime conviction, je le dis.

Ta famille est venue te voir ? (Spoiler : elle évoque dans son spectacle des relations sexuelles avec sa cousine)
Oui, hélas. Ils ont voulu venir, j’ai essayé de les en empêcher. Je leur ai dit que c’était à leurs risques et périls, mais bon.

Toi qui es fan de Louis C.K, tu vas le voir à l’Olympia cet été ?
Évidemment. J’avais ma place à 10h01. Les guichets ont ouvert à 10h.

Tu penses quoi de Sarah Silverman qui, comme toi, ne s’interdit franchement rien ? Ce qui est assez rare chez les femmes humoristes...
Je l’aime beaucoup, mais je suis beaucoup plus fan de Louis C.K. Je suis une fan absolue, j’ai un autel à son effigie.


Mais du coup, tu vas garder ton calme à l’Olympia ?
Non, je ne vais pas du tout garder mon calme, j’ai peur que ça soit décevant car j’attends ce moment depuis beaucoup trop longtemps. Mais j’y serai bien sûr. Je ne serai très probablement pas en capacité d’entendre ce qu’il se passe, je serai dans un état d’excitation beaucoup trop élevé. J’espère ne pas me jeter nue sur la scène quand il va apparaître.
Enfin bref, c’est ma seule idole de toute ma vie. Mais j’étais quand même hyper-fan de Michael Jackson quand j’étais petite. J’étais très, très fan, j’achetais plein de OK Podium, j’avais un petit cahier sur lequel je collais ses photos et je réécrivais à la main les mêmes légendes que celles que l’on trouvait sur le magazine. Je rêvais qu’il apparaissait à ma fenêtre, je pensais vraiment qu’il allait venir.

Tu parles beaucoup du fait que les gens ont besoin de s’occuper, ce qui se traduit par la surconsommation des réseaux sociaux - est-ce que c’est ton cas aussi ?
Non, je n’ai pas Instagram. J’ai une page Facebook, même pas de compte perso, sur lequel je poste un truc tous les quatre mois. Je trouve ça d’ailleurs déplorable qu’Internet ait kidnappé le terme «réseau social» parce que du coup, je me sens seule. Je suis pas rentrée dans le truc, ça m’a un peu handicapée. Je suis un peu en-dehors du coup quoi, je loupe des trucs.

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Tes amis pensent quand même à te contacter autrement ?
Oui, par mail. J’aime bien les mails. J’aime bien les courriers électroniques mais je me suis arrêtée là. Ça me fait peur. J’ai eu une discussion groupée par texto pour la première fois de ma vie il y a peu de temps, j’ai complètement paniqué.
C’est un groupe de gens avec lequel je travaille sur un projet, et puis on est devenus très proches, et du coup ils ont lancé cette discussion groupée, et on rigole beaucoup. Mais moi, je suis très solitaire, assez casanière. Et donc ce truc est arrivé dans ma vie et ça a pris une place complètement démente. Je ne dormais plus, je me réveillais en plein milieu de la nuit pour voir si des gens étaient en train de parler sur le fil. Et puis il y avait toujours quelqu’un en train de faire des blagues vu qu’ils sont noctambules. Je me suis aperçue que je me suis perdue dans cette vie qui n’est pas une vie. Je me suis aperçue en train de rigoler à voix haute seule dans mon appartement. Et puis en fait, ça m’a rendue très triste. J’ai eu l’impression d’avoir une vie sociale alors que j’étais restée chez moi pendant quatre jours en pyjama. Je ne sais pas gérer ces engins. J’ai quitté de manière dramatique le groupe de conversation : «Blanche a quitté la conversation». Au bout de dix minutes, je serrais les dents, j’étais pas bien. Je me suis remis sur la conversation, je gère assez mal. La force d’attraction de ces trucs me rend dingue.


Tu es plus dans les relations épistolaires ?
Oui, j’aime bien. J’envoie beaucoup de cartes postales, en revanche. Mais attention : j’aime beaucoup les mails. J’aime l’envie de recevoir quelque chose, de le lire quand on veut, de le digérer, de prendre le temps de répondre. Mais on trouve quand même des gens qui deux heures après qu’ils t’aient envoyé un email te renvoient «alors ?», ça m’angoisse au plus haut point. L’injonction d’instantanéité m’angoisse, j’ai l’impression qu’on n’est plus jamais quelque part, on est juste maintenant.

++ Retrouvez Blanche Gardin sur Facebook.
++ Elle est actuellement en train de jouer son one-man show Je parle toute seule à La Nouvelle Seine (Paris). Elle tournera ensuite dans toute la France.
++ Son premier livre, Il Faut que je vous Parle, est sorti le 17 mars aux Editions First