Wow, je suis désolée, t'as l'air mourante...
Peaches
: Non, mais vas-y (elle tousse... et demande: on peut fermer la porte, là?).

Tu n'avais jamais travaillé avec Gonzales sur un album à toi. Pourquoi l'avoir finalement fait sur celui-ci?
Peaches:
J'avais déjà bossé avec lui mais jamais sur album de Peaches. (On peut fermer la porte?). Je n'avais pas travaillé avec Gonzales sur mes albums précédents parce que je voulais écrire tous les morceaux moi-même, je voulais m'établir toute seule en tant qu'artiste. Ca y est, je l'ai fait, donc il m'était possible de travailler avec lui. C'est vraiment fun d'écrire avec lui parce qu'on se connaît extrêmement bien.

C'est vrai que vous habitiez tous les trois avec Feist dans le même appartement?
Peaches:
Non, j'habitais seulement avec Feist, que j'ai rencontrée par l'intermédiaire de Gonzales. C'était à Toronto, il y a presque dix ans, on a vécu toutes les deux pendant deux ou trois ans, avant que je parte vivre à Berlin. C'était chouette.

Ca t'énerve que les gens puissent dire que Peaches est devenue plus douce sur cet album?
Peaches:
Non, je trouve juste que c'est une façon étrange de voir les choses... Juste parce que je chante sur quelques morceaux au lieu de rapper ne veut pas dire que je me suis adoucie. Je ne chantais pas sur mes albums précédents parce que mon objectif était de faire de la musique d'une façon très directe et minimale. Et il se trouve que je suis une bonne chanteuse, même si ce soir les gens vont avoir du mal à le croire vu que je suis super malade. J'ai voulu m'établir de cette façon, maintenant que je l'ai fait, j'ai eu l'envie de faire des choses plus diverses sur ce nouvel album.

Pourquoi ça serait forcément une critique négative que de dire que tu t'es adoucie?
Peaches:
Ce n'est pas ça. C'est juste pénible que les gens se focalisent sur le fait que je chante pour dire n'importe quoi. Je voulais faire un album de dance, contrairement à mes derniers albums qui étaient plus rock. J'ai fait des remixes, beaucoup de DJ sets, c'était le monde dans lequel j'évoluais, donc faire un album de dance m'est apparu comme logique.

Quels sont les bons côtés et les mauvais côtés du fait de vieillir en tant qu'artiste?
Peaches:
D'une certaine manière, je trouve que tout le monde ne devrait faire qu'un seul album, parce que c'est le seul moment de ta carrière où personne n'attend quoi que ce soit de toi... Mais voilà, j'aime trop la musique. (Vous pouvez arrêter avec cette porte, je suis en train de donner une interview!)

C'est pas fatigant parfois d'avoir cette image d'icône sexuelle poilue?
Peaches:
Oui et non, ça dépend. Les gens me voient de plein de façons différentes. Certains pensent que je fais du porno, d'autres que je suis une femme de pouvoir, d'autres une grosse gouine butch, d'autres une conservatrice... Tout le monde a sa propre opinion sur ce que je fais et ce que je suis. Donc pour te répondre, non, ça ne me dérange pas d'avoir cette image.

Tu fais de la musique depuis longtemps, depuis bien avant que tu sois devenue Peaches. Savais-tu à cette époque que pour devenir célèbre, il faudrait un jour jouer un rôle, devenir un personnage?
Peaches:
Non j'en avais aucune idée. Et je n'ai jamais joué un rôle dans le but de devenir célèbre. Je n'aurais jamais cru que The Teaches Of Peaches allait avoir un tel impact. C'est un disque que j'avais fait pour moi et moi seulement.

Tu es célèbre, mais tu n'as jamais vendu beaucoup de disques. Et pourtant, tu te permets de refuser certaines choses, comme par exemple une collaboration avec Britney...
Peaches:
Maintenant, je ferais un truc avec Britney. C'était il y a longtemps. Maintenant, j'écrirais avec plaisir pour des pop stars, au contraire je trouverais ça super amusant.

Mais donc à l'époque tu t'en foutais de gagner beaucoup d'argent?
Peaches:
Bien sûr que j'ai toujours voulu gagner de l'argent. Qui ne veut pas gagner de l'argent?

Mais alors pourquoi avoir refuser de travailler avec Britney? Parce qu'à l'époque Britney n'était pas cool?
Peaches:
Peut être que c'est moi qui n'étais pas cool. Je pense que, à cette époque, je n'avais rien à offrir au mainstream, que j'en étais pas capable. Mais j'ai travaillé avec Pink, et j'ai récemment fait une autre collaboration avec une autre grosse pop star que tu découvriras bientôt quand son album sortira...

Qu'est-ce qui fait que tu continues?
Peaches:
J'ai l'impression que ce que je fais est important, et j'aime ce que je fais. Si je n'étais pas moi, j'achèterais mes albums et j'irais voir mes concerts. Je n'ai jamais été fascinée par les énormes pop stars, même si j'en aime certaines. Par exemple, les Cramps ont été très importants pour moi, et pour beaucoup de gens, même s'ils n'ont jamais gagné beaucoup d'argent.

Pourquoi considères-tu ce que tu fais est important?
Peaches:
J'ai changé la culture pop. La culture pop a changé grâce à moi.

Comment?
Peaches:
Le mainstream s'est rapproché de moi et de ma sensibilité.

Tu penses que c'est grâce à toi que des pop stars comme Kanye West se sont mis à utiliser des sonorités électronique dans leur musique?
Peaches:
Kanye... ou Lady Gaga. Oui, je pense que j'y ai largement contribué. Ecoute, tous les mecs d'Ed Banger étaient des fans de Peaches. Je ne dis pas que tout ça est uniquement grâce à moi, je n'ai pas l'ego de Kanye West, mais je pense que je n'y suis pas pour rien.

Tu penses que tu seras toujours sur scène à 60 ans?
Peaches:
Oui. Bien sur. Pourquoi pas?

En faisant la même musique?
Peaches:
Peut être, pourquoi pas?

Je sais pas. Tu trouves que Madonna fait plaisir à voir?
Peaches:
J'en ai rien à foutre de Madonna, je ne fais pas la même musique que Madonna. Je ne suis pas Madonna. Je suis moi. Je m'en fous. Je crois en ce que je fais, et j'y croirai toujours quand j'aurai 75 ans.

Tu parlais des Cramps tout à l'heure... mais qui sont les gens qui t'ont vraiment inspiré dans ta vie?
Peaches:
Il y en a plein. Eartha Kitt, The Runaways, Iggy Pop, Nina Hagen... Plein.

L'une des choses pour lesquelles tu t'es beaucoup battue c'est l'idée de l'identité sexuelle, penses-tu avoir aidé à faire évoluer les choses?
Peaches:
Au niveau de la pop culture, peut être.

Tu penses pas parfois que ta façon très provocante que tu as de traiter du sujet puisse avoir tendance à conforter les conservateurs dans l'idée que les gays sont tous une bande de freaks?
Peaches:
C'est ce que les gens disent de Adam Lambert (American Idol ndlr). C'est juste des conneries. C'est débile. Je m'en fous des histoires d'identification sexuelle, de gays ou de straight. Sois qui tu es et tu seras une personne bien plus heureuse. C'est tout ce qui compte. Tous ces politiciens, tous ces religieux qui finissent par violer des petits garçons, ou avoir des histoires avec leur secrétaire, sont ceux qui disent que tout ça est mal. Si les gens étaient honnêtes avec eux-mêmes, ils penseraient que ce que je fais est complètement normal.

Penses-tu que la condition homosexuelle évolue comme elle le devrait?
Peaches:
Non, pas du tout. Tu vas dans certaines grandes villes et ça va à peu près, mais dans l'Amérique profonde c'est un enfer. Et même, certaines grandes villes, comme Paris ou Amsterdam, ne sont pas si tolérantes... Et même la Californie, où le mariage gay a été interdit. Ca me rend malade, vraiment malade, ça me dégoûte. Ca me rend malade que les êtres humains ne puissent pas laisser les gens être ce qu'ils veulent être parce qu'ils sont incapables d'être ce qu'ils sont. Parce qu'ils ont peur.

Tu as été victime de réactions violentes de la part de gens qui n'étaient pas d'accord avec tes positions, comment tu l'as pris?
Peaches:
Ca te fait te dire que tu as raison. Ca te donne encore plus envie d'agir. Quand quelqu'un fait un truc abusé à un de mes concerts, je le fais monter sur scène ou je le jette hors de la salle. Je n'aurai jamais aucune tolérance envers la stupidité.

Tu te sens plus proche de Lady Gaga ou La Roux?
Peaches:
La Roux. Sa musique est mignonne, je préfère sa vibe. Mais je n'ai rien contre Lady Gaga, je trouve que son personnage est plutôt cool, j'aimerais juste que sa musique soit meilleure... Mais il y en a plein d'autres, comme Amanda Blank, avec laquelle j'ai fait une tournée, elle a sans doute été inspirée par moi, mais elle a ses propres super pouvoirs. Ou Uffie. C'est cool que ces gens s'inspirent de moi tant qu'ils font leur propre truc.

Tu écoutes quoi en ce moment, de nouveau?
Peaches:
J'en ai aucune idée. Je pensais à ça aujourd'hui, et j'en sais rien du tout.

Tu penses qu'il faut nécessairement être provocateur pour faire changer les choses?
Peaches:
Je pense que c'est indispensable d'être provocateur, et pas nécessairement sexuellement. Tu dois toujours pousser tes limites, de n'importe quelle façon que ce soit, c'est comme ça que tu te dépasses. Et c'est ça que l'art devrait faire: repousser les limites. La provocation est ce qui fait réfléchir les gens et donc réagir.

Tes parents écoutent ta musique?
Peaches:
Tous les jours.

Nan... mais ils aiment ce que tu fais?
Peaches:
Je pense pas que ce soit leur musique préférée, mais ils m'aiment, et ils sont fiers de moi.

Toi qui est Canadienne, tu as déjà rencontré Céline Dion?
Peaches:
Non.

T'aimerais bien?
Peaches:
Non.

Tu voudrais pas faire un duo avec elle?
Peaches:
Non.

Même si c'était un trio avec René?
Peaches:
C'est qui René? Ha, son mari ! (Peaches rigole). T'es tough toi, désolée d'avoir été si mal en point pendant l'interview. J'espère qu'on se rencontrera dans d'autres circonstances.



Par A.C // Photos: DR.