Quel est selon toi le premier remix de l'histoire de la musique ?
DJ Mehdi : Je pense que ce doit être un dub de King Tubby, parce que c'est l'ancêtre du remix. Par contre je ne pourrais te dire lequel avec précision. Le premier remix auquel j'ai fait vraiment attention, moi, serait probablement Express Yourself de Madonna, la version de 10 minutes par Shep Pettibone, avec la voix de Madonna passée dans la pédale de guitare 'leslie'. 1988 ou 89.

Peux-tu expliquer les différences entre une reprise, un remix et un edit?
DJ Mehdi : Fondamentalement, les différences sont assez minces. Remixes et edits sont techniquement tous des 'reprises', c'est à dire des ré-interpretations d'une chanson déjà existante. On peut dire que sur un 'edit', les changements relèvent surtout de la structure du morceau: l'intro ou les breaks, par exemple, sont souvent rallongés, sans que l'arrangement harmonique et mélodique ne change. Alors que dans un remix, tout peut changer: le beat, la voix, les instruments, le tempo, etc... Pour le dire autrement, les premiers remixes étaient en fait surtout des 'edits' ('disco edit', ou 'club mix' souvent). Puis la liberté de changer de plus en plus de choses s'est imposée en même temps que la célébrité des remixeurs, Arthur Baker, Larry Levan ou Tom Moulton par exemple.

Le remix est particulièrement populaire dans le hip hop, le dancehall et la musique électronique. Est-ce que la façon de procéder et les intentions dans la création d'un remix sont les mêmes dans ces différents genres musicaux ?
DJ Mehdi : Il n'y a aucune règle ou recette particulière pour faire des remixes. Ni dans le Dub, ni dans le Rap, et encore moins dans l'Electro. Tu peux vraiment faire ce que tu veux. Il n'y a par exemple aucun rapport entre le remix de Bloc Party par Boys Noize, celui de Flava In Ya Ear de Craig Mack par Puff Daddy, et Florence & The Machine par The XX. Vraiment, c'est un champ de possibilités quasiment illimité.

Remixer c'est à la fois détruire et reconstruire, plonger dans le passé en regardant vers le futur, rendre hommage à un musicien tout en se mettant en avant soi-même... Est-ce que tu penses à des considérations de cet ordre quand tu fais un remix ou tu te laisses complètement aller à ta seule intuition musicale ?
DJ Mehdi : Ma seule façon de faire, c'est de m'amuser. Les considérations dont tu parles peuvent jouer dans le choix de faire tel remix plutôt qu'un autre, mais les notions 'passé/futur' ou même 'hommage' ne sont pas prépondérantes pour moi. Il m'est arrivé de remixer des artistes dont je n'avais jamais entendu parler par exemple, ou de refuser de le faire pour un pote, ou pour un artiste dont j'étais fan (ou de ne pas y arriver).

Certains des meilleurs remixes de l'histoire sont des bootlegs. Considères-tu que cela pose des problématiques qu'un artiste se permette de sortir un remix sans autorisation du compositeur original?
DJ Mehdi : Non, absolument aucun problème. C'est 2010, la notion de copyright a complètement changé. "Bootleg remix is the new demo".

Aujourd'hui, le remix est plus que jamais un art à part entière, la preuve en est que tu sors un album de remixes, comme d'autres d'ailleurs. Comment en est-on arrivé à cela ?
DJ Mehdi : D'abord, dans mon cas, il ne s'agit pas d'un album, mais vraiment d'une compilation. J'y ai rassemblé des tracks assez différents, certains ayant plus de 10 ans d'âge, que j'ai essayés d'homogénéiser en la mixant comme un DJ set. C'est tout à fait différent de la production d'un album. Enfin, pour répondre à ta question, "un art à part entière", c'est beaucoup dire, à mon sens. Ca s'apparente plutôt à un artisanat. Un sorte de bricolage génial et marrant.

Comment as-tu fait le tracklisting ?
DJ Mehdi : J'ai eu 3 critères de choix: d'abord, s'agissant de morceaux qui datent, pour certains, d'il y a assez longtemps, lesquels ont le mieux vieilli? Lesquels sonnent le mieux? Lesquels me rappellent les meilleurs souvenirs? Ensuite, il y a eu le facteur "légal". Certaines maisons de disques ne nous ont pas donné le droit d'utiliser des titres qui leur appartenaient, notamment les majors. J'en étais très déçu. Enfin, vu que j'avais envie de mixer la compil comme un set, il fallait encore que les titres s'imbriquent bien les uns dans les autres.

Quel est le remix à toi dont tu es le plus satisfait/fier ?
DJ Mehdi : Mon préféré est Nasty Boy de Notorious BIG. Malheureusement, il n'est pas dans la compile.

Tous les morceaux sont-il remixables ?
DJ Mehdi : Non, heureusement. Il serait insupportable, par exemple, d'entendre l'anthologie des Beatles en version disco, puis rap, puis house, puis drum and bass, puis dub-step, etc...

Accepterais-tu de remixer Céline Dion contre beaucoup d'argent et/ou une nuit d'amour avec elle?
DJ Mehdi : Bien sûr. Pour les deux.

Comptes-tu collaborer à nouveau avec Thomas Bangalter ?
DJ Mehdi : Ca n'est pas prévu, non. Mais, s'agissant d'un pote, ainsi que de l'un de mes producteurs favoris, on ne sait jamais?

Ta vision actuelle du rap français ? Comment expliques-tu qu'en France, le rap n'arrive pas à vieillir avec son public et reste donc majoritairement une musique pour les enfants ?
DJ Mehdi : Haha ha, ça c'est TA vision du rap français, je ne peux pas l'expliquer pour toi. Je n'ai pas le sentiment que Morsaï Le Truand De La Galère, par exemple, ou que la mixtape Quoi d'neuf Pédé? d'Alpha 5.20 soient effectivement, je te cite, "une musique pour les enfants". Ce que je pense, par contre, c'est que le rap français va là où ses protagonistes l'emmènent. Booba ou Rohff. Rocé ou Tekilatex. Diams ou Kery James. Moi, même. Je me sens 'rap français' tout autant, je produis du rap, je suis français. Je n'ai pas l'impression de faire de la musique pour enfants.

A ses débuts le hip hop était proche de l'électro, puis il s'en est éloigné, et à nouveau rapproché. Qu'est-ce qui à l'origine de ce renouveau du mariage hip hop/électro ?
DJ Mehdi : Cf la question/réponse précédente. Le hip-hop est un mouvement. Par définition, il bouge, il change, il évolue, parce que les gens qui s'en réclament bougent, changent, évoluent. Certains voudraient que ça reste toujours pareil, on pourrait les appeler 'conservateurs'. D'autres préfèrent essayer de nouvelles choses, des 'progressistes'. Il est, à mon sens, salutaire que ces deux tendances co-existent, voire même se confrontent. Comme dans d'autres mouvements, comme dans le Punk, dans le Skate, dans le Graffiti. Je n'aime pas DJ Premier pour les mêmes raisons que Kanye West, mais j'aime beaucoup les deux.

Tu fais encore une distinction dans tes productions entre électro et hip hop ou bien non, tout ce que tu fais est juste du DJ Mehdi ?
DJ Mehdi : Je n'ai jamais fait cette distinction. L'album Les Princes De La Ville du 113, par exemple, est composé pour moitié d'instrus que j'avais prévus de sortir en maxi, en solo. J'en aurais vendu 500. Rim K et AP ont décidé de rapper dessus: on en a vendu 500 000. Exactement les mêmes instrus.
 
 
Flash Interview :
Tes 5 remixes (vaguement) préférés de l'histoire?
1. Public Enemy - Shut'em Down Pete Rock remix
2. Donna Summer - I Feel Love Club Mix
3. Craig Mack - Flava In Ya Ear Bad Boy remix
4. Feist - My Moon My Man Boys Noize remix
5. Faboulous - Make Me Better RZA/Raekwon remix

5 producteurs parmi tes préférés ?
1. The Bomb Squad
2. Erick Sermon
3. Pete Rock
4. Kanye West
5. DJ Premier

5 MCs parmi tes préférés ?
1. Jay-Z
2. Nas
3. Rakim
4. Andre 3000
5. Snoop Dogg

5 DJs préférés ?
1. Busy P
2. Boys Noize
3. Riton
4. Feadz
5. Brodinski

La personne la plus cool de la galaxie ?
Bob L'éponge.

La plus étrange ?
Stan Lee est assez strange.


++ djmehdi.coolcats.fr
 


Par Anais Carayon & Alexandre Stipanovich // Photos: Fafi.