Rendez-Vous c’est né… du skate, c’est ça ?
Rendez-Vous : Oui, c’est via le skate qu’on s’est tous connus plus ou moins directement, mais si nous sommes devenus vraiment potes, c’est que justement nos vies ne se limitaient pas au skate. Avant on était assez forts, mais depuis quelques années on préfère regarder les vidéos sur YouTube.

On a l’impression qu’aujourd’hui, la Terre entière s’est mise au skate, non ? Que ça ne se limite plus aux fans de punk et de rock ?
C’est vrai que ce n’est plus comme les années 90 ou début 2000, où il y avait vraiment des styles musicaux et des groupes estampillés «skate». Enfin, à l’époque, c’était surtout vrai pour les kids qui n’y connaissaient rien et voulaient absolument faire partie de la «secte», mais il y avait déjà une grosse variété de sons liés au skate dans les bonnes vidéos US des 90’s type Girl, Plan B etc…



Votre souvenir musical principal de ces années là ?
Nous étions super jeunes à l'époque, donc c'est plus des trucs genre Gala, Coolio ou Nirvana ! Mais après, on a beaucoup écouté Sonic Youth, My Bloody Valentine, Dopplereffekt, Dinosaur Jr., Swirlies, Lords of the Underground… Du shoegaze, du punk, de la techno, de l'EBM, puis des trucs plus hip-hop.

Et le souvenir non-musical ?
Winona Ryder, sans hésitation !

Vous êtes nostalgiques de cette époque ?
Non, on n’est pas des gars très nostalgiques en général. Même si on fantasme peut-être un peu certaines scènes, on n’aimerait pas vivre à une autre époque. On peut même dire qu'on aime bien le côté bourbier de notre génération ; on a des influences de toutes périodes et de tous styles. Les années 2010 ont ce truc décomplexé qui les rend très riches.



Qu’est-ce qui vous a, chacun de votre côté, conduit à faire de la musique ?
Quand tu passes ta vie à écouter de la musique, l'envie de créer la tienne vient naturellement. Assez jeunes, Elliot et Maxime ont reçu en cadeau des logiciels pour faire de l’eurodance. La mère de Francis lui a fait apprendre l’orgue. Simon avait choisi la guitare dès le début à cause du groupe Television.

Et pourquoi "Rendez-Vous", au fait ?
On a souvent des petits problèmes de ponctualité, du coup le nom était tout trouvé. Mais plus sérieusement, il y a un côté un peu romantique et pathétique qui ne va pas trop avec notre musique dans ce nom, mais qui nous plaît d’autant plus. On aime bien les contradictions.

Youth est en quelque sorte votre premier «tube». Elle vous est sortie comment, cette chanson ?
Comme la plupart du temps quand on fait de la musique, c'est plutôt instinctif. On va commencer par faire une ligne de basse ou de synthé, on va enchaîner les couches d'instruments et un truc va se dessiner. C’est comme ça qu'on a conçu ce morceau.
Mais c'est marrant que tu la trouves rafraîchissante car les paroles sont en fait très sombres.



Vous rapprocheriez votre musique de quels artistes ?
De beaucoup de choses évidemment - un peu de reggae, une pointe de salsa… Non, plus sérieusement, de la froideur et du radicalisme d'artistes français tels que Émile Wandelmer, Mario Ramsamy, Jean-Louis Pujade, Frédéric Locci ou encore Death in June.

Vous pensez qu’aujourd’hui, un groupe peut réussir et vivre de sa musique sans faire du commercial ?
Ça dépend de ce qu’on entend par «commercial» ; c'est quand même devenu un qualificatif assez casse-gueule. Le problème, c'est quand ça commence à être calculé, du genre "ah, on va plutôt faire ce genre d'arrangements, chanter de cette manière, utiliser ce genre de visuels" pour que ça plaise au plus grand nombre. Nous en tout cas, on s'en branle complet !

Y’en a quand même, pour vous, qui ont réussi à ne pas vendre leur âme au diable pour les petits billets ?
Oui ! Il y a plein de groupes qui vivent de leur musique même si c'est dur - et franchement, ça l’a toujours été. Après, tout dépend ce qu'on entend par réussir : est-ce que c'est faire des millions ? En tout cas, pas pour nous !

Ça se sent féministes, quatre gaillards comme vous ?
Bien sûr, on vit dans une société où la suprématie de l'homme est indiscutable et c'est inconcevable. Lire un livre comme Trouble dans le genre de Judith Butler a contribué à définir (pour nous) une idée de ce qu'est concrètement le féminisme et nous oblige à être solidaires !

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C'est quoi le féminisme pour vous aujourd'hui ?
Ça peut prendre des formes très différentes : ça commence par ne jamais accepter ou tolérer une inégalité ni certains discours. D'un rapport frontal dans la rue aux sphères plus politisées, il faut battre le fer !

Bon, et dans 10 ans, vous vous voyez où ?
À la direction de Monsanto.

++ Retrouvez Rendez-Vous sur leur site officiel et leurs comptes Facebook, Soundcloud et Bandcamp.
++ Leur dernier EP, Distance, est sorti le 28 avril ; ils seront en concert au Petit Bain le 24 juin prochain.