Ce que Duchovny ne réfute absolument pas. Il le confesse d’ailleurs lui-même dans l’ultime vers de l’album, comme s’il avait voulu devancer la critique : «Aw, shit, is that Leonard Cohen ?». Assez convenu mais pas dénué d’intérêt pour autant, Hell or Highwater comporte mine de rien plusieurs passages enivrants. Le protagoniste, surtout, a l’intelligence de ne pas surexposer sa voix encore perfectible. Apprendre à conduire la voiture avant de faire des dérapages : en voilà une sage décision. On vous conseille en tout cas Positively Madison Avenue (si vous la trouvez, évidemment). Au téléphone, nous sommes revenus avec le principal intéressé sur les rouages de cette trajectoire inattendue. On l’aurait bien cuisiné sur quelques sujets a priori qui fâchent (la fin de Californication, le grand écran), mais le timing est très serré et le chrono tourne. Il est 9h à New-York quand l’interview débute.

C'est la première fois qu’on m’appelle aussi tôt pour une interview ! Tu es du matin
 ?
David Duchovny : Je suis père de deux enfants (de 13 et 17 ans, ndlr). Je dois donc me lever tôt pour leur préparer un petit déjeuner puis les amener à l’école à temps. Donc même si je n’étais pas du matin, j’aurais quand même à l’être ! (Rires)

Tu t’es toujours senti musicien dans l’âme ou ce n’est venu que tardivement ?
J’ai toujours aimé la musique et j’ai toujours voulu jouer d’un instrument. Seulement, pendant toutes ces années, je ne m’en croyais pas forcément capable. Je ne pensais pas que je serais un jour en mesure jouer de la guitare par exemple. J’ai longtemps tracé ma route sans envisager de me lancer véritablement dans cette voie. Et, il y a 5-6 ans, j’ai commencé à faire joujou avec une guitare. C’est comme ça que l’aventure a démarré. Les gens ne naissent pas musiciens. Ils trouvent un jour un instrument puis le deviennent.



Obtenir l’appui d’un label, s’entourer de vaillants compagnons de jeu, et plus globalement convaincre les décisionnaires de miser sur ton cheval plutôt qu’un autre : voilà des problématiques - souvent sans issue – couramment rencontrées par les nouveaux arrivants sur le marché de la musique. Compte tenu de ton immense cote de popularité, ces étapes ont-elles été des simples formalités ?
Je ne sais pas si l'on peut parler de “formalité”. En tout cas, quand j’ai rencontré Brad Davidson de ThinkSay Records qui a enregistré mon album, on a surtout parlé de la façon dont je pouvais progresser, parvenir à analyser le son, et définir ce que j’avais envie de faire. Je n’ai pas vraiment prêté attention aux obstacles. Je n’ai pas signé chez une major du disque. Avec ce petit label, on bosse avec intégrité et amour. Il ne s’agit pas de se hisser au sommet des charts ou de passer à la radio. Il s’agit simplement de proposer la musique que j’aime. Il a tout de même fallu gérer certaines de mes limites sur le plan musical : manque d’expérience, de connaissances ou tout simplement de pratique en tant que chanteur et songwriter. Pour toutes ces raisons, j’ai eu besoin de m’entourer. La musique, c'est magnifique, mais à moins de s’appeler Stevie Wonder ou Prince (courte pause)… tu ne peux pas tout faire toi-même. Il y a très peu de gens capables de tout gérer, d’enregistrer tous les instruments à la fois tout en composant leurs propres morceaux. Je ne fais pas partie de cette catégorie. Le plus difficile et le plus excitant était de trouver des musiciens capables de comprendre dans quelle direction je voulais aller, tout en connaissant mes limites.

Ta tournée fera escale à Paris le 12 mai prochain. Je te laisse nous détailler le programme.
Principalement des morceaux de l’album Hell or Highwater. Il y aura aussi de nouveaux titres inédits qu’on vient de bosser. Et également quelques reprises comme David Bowie ou Flaming Lips. Chaque concert sera unique. On ne jouera pas les mêmes morceaux tous les soirs. Il y a l’embarras du choix, on a beaucoup de matière. Le concert dure 1h30.

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Plusieurs de tes biographies en ligne affirment que tu parles français : réalité ou fiction ?

Il faut se méfier d’Internet, ce n’est pas une façon fiable de se renseigner ! (Rires) Si je parle français ? Non ! J’ai des connaissances datant de ma classe de quatrième, mais la quatrième remonte à loin maintenant... Mon vocabulaire est correct, je pense être en mesure de comprendre le sens de certaines phrases, mais ma grammaire est mauvaise et je serais incapable de tenir une conversation.

Doit-on considérer cette escapade musicale comme une simple parenthèse dans ta vie ou, à l’inverse, un projet s’inscrivant dans la durée ?
Qui sait ? Qui sait si j’en serai capable, si j’aurai suffisamment d’inspiration à l’avenir ? En tout cas, j’ai à ce jour assez de matière pour enregistrer un deuxième album. Cela dépendra vraiment des aléas du moment. J’aime jouer de la musique et j’aimerais dans l’absolu continuer à enregistrer et à partir en tournée. Mais il y a toujours une part de chance et d’aléatoire.

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Quelle serait la suite idéale de ta carrière ? Plus de musique, d’autres saisons de X-Files et d’autres interviews avec moi ?
(Il se marre) Ce serait l’idéal ! Si je pouvais continuer ces 3 trucs jusqu’à la fin de ma vie, je serais un homme heureux.

On peut désormais apercevoir ton étoile sur le Hollywood Walk of Fame. Ce genre de couronnement a-t-il encore de l’effet sur toi ?
Je ne considère pas ça comme quelque chose de primordial. C’est agréable bien sûr qu’on veuille te récompenser. Mais je vois d’abord ces prix comme une opportunité de remercier tous ceux qui m’ont aidé. Car personne n’obtient de récompense tout seul. Lors de mon discours d’intronisation à Hollywood Boulevard, j’ai remercié chaleureusement Chris Carter (le créateur d’X-Files, ndlr) et Garry Shandling (comique américain mythique, star du Larry Sanders Show dans lequel Duchovny tenait un rôle récurrent, décédé en mars 2016, ndlr). Je suis heureux d’avoir pu lui rendre hommage avant sa mort.

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On imagine qu’il est agréable de retrouver sur scène une certaine liberté de mouvement dont tu ne bénéficies pas forcément sur un tournage…
Tous ces domaines sont très différents. Tourner une scène de TV représente une certaine forme de liberté. Jouer de la musique en représente une autre. Écrire ? Encore autre chose. J’arrive à trouver mon compte dans chacune de ces disciplines. Mais c’est dans l’écriture que je me sens le plus libre : se retrouver seul avec ses pensées, sans personne autour… C’est le pied ! La musique me plaît, c’est agréable de la concevoir.

Comment as-tu réagi à la découverte du script de cette saison 10 de X-Files ?
«Enfin !». J’étais heureux que ça se concrétise enfin. On en parlait déjà depuis une éternité. Ça a tellement traîné qu’à partir d’un moment, j’ai commencé à croire que ça n’arriverait jamais pour des questions d’emploi du temps. Finalement, nous avons réussi à mettre tout ça en place et j’en suis ravi.

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Parle-nous de l’ambiance sur le tournage : tout le monde t’a dit bonjour ?
(Rires) C’était spécial. Comme une réunion d’anciens élèves du lycée, sans les étiquettes avec les noms ! (Rires)

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++ Son premier album, Hell or Highwater, est disponible depuis l'année dernière. À Paris, David Duchovny sera en concert le 12 mai à La Cigale, et le même jour, il fera une rencontre/dédicace à la Fnac Saint-Lazare autour de son premier roman, Oh la vache ! (Grasset).