Les policiers français n’ont pas été rudes au moins ?
Carlotta : Non mais ça a pris plus de temps que prévu.
Ade : Ils étaient gentils, mais nique la police ! (en français, ndla) 

Depuis vos premiers singles vous avez opté pour un son bien lo-fi, comment abordiez-vous l’album en studio ?
Carlotta : On a enregistré dans un studio dans le sud de l’Espagne. Quand on est arrivé, on s’est retrouvé face à tout l’équipement et les moyens disponibles. On pouvait faire ce qu’on voulait.
Ana : Alors qu’au début, pour Bamboo par exemple, on ne pouvait faire autre chose que ce son garage. On n’avait qu’un micro, on n’était que deux avec Carlotta, c’était un bordel d’enregistrer. Là avec ce choix, on voulait garder notre son garage, même si l'on sentait bien qu’on pouvait tourner le truc façon très pop ou très garage.

Donc dans votre studio, vous hésitiez entre faire sonner le mix comme Ty Segall ou comme Lady Gaga ?
C : Haha, exact ! Pas pendant l’enregistrement, mais dans le mix, oui. Super pop ? Super lo-fi ? On n’avait plutôt la crainte de trop salir le son, car on n’a jamais eu ce truc très lissé de la pop. On enregistre les guitares, la batterie et la basse en même temps, sans métronome. Amber fixe le tempo et comme on n’est pas des machines, la vitesse et l’intensité changent ; le résultat se rapproche plus d’un son live.
A : On s’est justement posé la question plusieurs fois : est-ce que ce n’est pas trop garage ? La distorsion sur la batterie ET sur les voix… Un single peut faire 6 minutes, mais dans un album de trois quarts d’heure, le risque est de trop se répéter. Les moyens du studio nous ont permis d’avoir un son lo-fi on va dire acceptable pendant 40 minutes.

À l’exception de vos morceaux Solar et Chili Town, tous les autres morceaux se dansent ou se secouent.
C : Ce sont deux moments de transition relax !

Est-ce que cet album est entièrement écrit en tournée ? Vous ne faites que tourner depuis un an, non ?
C : Non, ce sont deux choses différentes. On doit écrire entre les moments où l'on enchaîne les concerts, car écrire est un différent processus pour nous.
A : On compose sur des guitares acoustiques comme dans le film (A Summer With Us, une vidéo de trente minutes d’auto-promo tournée par les Hinds pour un résultat inutile, sincère et parfois rigolo, ndla). Parfois, on part juste d’une guitare et d’une voix. Si l'on composait sur des guitares électriques pendant qu’on tourne, on n’arriverait pas à un résultat aussi honnête et intime.

Justement, dans votre film, on ne voit pas la différence : êtes-vous en tournée ou en vacances ? On a l’impression de vous voir composer pendant certaines scènes.
: Tu ne peux pas imaginer toutes les minutes chaque jour qui sont dédiées à Hinds. Si l'on est à la maison, on écrit des chansons, on fait des mails. En tournée, le merchandising, les préparations de concert…  Il y a tellement de choses à faire pour Hinds que même quand on donne l’air de se reposer : on fait des choses pour Hinds.
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Combien de concerts avez-vous donné exactement ? Et lesquels vous ont vraiment marqués cette année ?
A : En 2015, 133. 
Ade : Ça dépend beaucoup de l’endroit mais aussi de l’ambiance entre nous sur la route. Glastonbury, et Kansas City. Cette dernière était particulièrement dingue, c’était l’anniversaire d’Amber. On a joué dans une fête dans une maison, ça n’a jamais été aussi libre, aussi sauvage, les gens nous faisait fumer pendant qu’on jouait !

Je vous ai vues au festival la Route du Rock l’été dernier et l’audience était faite de jeunes garçons blancs bourrés qui ne dansent pas. J’ai l’impression que ce n’est pas la description de votre public habituel, est-ce que je me trompe ?
C : Déjà, ce n’était pas un super concert, mais plutôt un moment vraiment bizarre pour nous. Et pour notre public, tu ne peux pas savoir à quel point ça change d’un concert à l’autre ; certains enthousiastes sont allés jusqu’à dire qu’on est l’avenir - on est aussi tombé sur des kids sauvages comme des bêtes féroces et des publics statiques qui intellectualisent ce qu’ils regardent. Et franchement, les Français sont un peu comme ça, et ce n’est pas une tare.
A : On a découvert le Royaume-Uni cette année, et là-bas le rapport à la musique n’est pas le même ; tout le monde en écoute bien sûr, mais les gens vont beaucoup aller en festival, acheter les billets de concert très tôt, supporter les groupes, et ça à tous les âges. Alors qu’en Espagne par exemple, notre public n’est quasiment constitué que de jeunes. Pour les vieux, on est trop punks. Mon père a écouté notre album et il ne trouve pas que ça sonne terrible. Il ne comprend pas vraiment.

Vos parents n’aiment pas ?
C : Mon père, si.
A : Non, ils aiment parce qu’ils nous aiment. Alors ils essayent ! Mais cela ne sonne pas comme quelque chose d’agréable pour eux.
C : Moi, ils commencent à s’habituer à ce son. 
A : Sauf exception, mais oui, le public garage est strictement jeune.
C : Mais tu sais, en général chez nous, les vieilles générations ne sont pas OK avec les propositions de la jeunesse.

Peut-être que c’est bête de demander, mais le ressentez-vous comme l’empreinte laissée par Franco ?
A : C’est culturel, donc oui. Les traditions, la vision des femmes, toutes ces vieilles idées, c’est resté très fort en Espagne – c’est pourquoi on aime bien jouer hors du pays.

Il y a un tabou en Espagne là-dessus ?
A : Ce n’est pas tabou puisque tout le monde en parle, mais il y a clairement un problème de sexisme. C’est un problème à deux faces et je vais te donner un exemple concret. D’abord, quand on commençait, personne en Espagne ne parlait de nous, les filles de Hinds. Et d’un coup, quand on était en couverture des magazines, ou qu’on voyait qu’il se passait clairement quelque chose avec ce groupe, les Espagnols se sont réveillés et on commencé à parler de nous, parce que ces filles de Hinds intéressaient la presse !
Avant c’était l’omerta sur Hinds ?
: i Una omerda, si !
A : Una mierda, tu peux le dire. J’ai étudié à l’université l’Inquisition, cette époque de délation. Toute l’Espagne n’est pas comme ça quand même ! Mais le colportage coule encore dans notre sang.
C : C’est dingue, quand quelqu’un n’aime pas ta musique, il va sur internet dire anonymement qu’il déteste ta musique, et il lie officiellement ses propos merdeux à Hinds ! Mais cabrón please, seriously ? Putain, ne nous taguez pas, on n’a pas besoin de vous lire.

Comment c’était de grandir à Madrid et comment vous êtes-vous rencontrées dans cette ville ?
C : On s’est rencontré car on avait des copains et des concerts en commun, et Madrid n’est pas si grand, alors tout le monde se connaît - tous les gens dans la musique, tout du moins.
A : Tous les bars sont dans la même rue, les concerts aussi. Les gens sont très ouverts d’esprit, donc tout le monde se parle ; si tu débarques dans un nouvel endroit, on t’accoste clairement genre «tu es nouvelle toi ?!», donc ça va vite. Et Madrid est vraiment cool pour grandir.

Dans votre chanson Davey Crockett qui n’est pas dans l’album, vous avez l’air amoureuses de Davy Crokett, ce fameux «trappeur démocrate ami des Indiens d’Amérique». Êtes-vous démocrates, et surtout : pour ou contre la chasse ?
Hinds : Après Franco… Oui, nous sommes démocrates ! Et opposées à la chasse bien sûr, surtout à la corrida.
C : Aucun jeune qu’on connaît n’aime ça. 
Ade : Ça existe encore simplement pour le tourisme. Et pour les bourgeois, car on va à la corrida pour se sentir riche. C’est pour les fascistes.
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Je me demande si cette année n’a pas été pour vous comme un voyage dans le temps... J’ai l’impression que dans ce monde de l’indie-rock, vous êtes devenues très connues en quelques mois, je me trompe ?
: On était chez France Inter pour jouer et des fans étaient là, ils nous ont couru après ! Ils étaient fans depuis notre titre Bamboo. Je ne sais pas si c’est de la célébrité.
A : Je me souviens qu’au début, personne ne nous connaissait et c’est vrai que ça a été une année incroyable. Mais quand tu joues à Glastonbury et que tu vois tous ces noms énormes sur une affiche… Tu te sens vraiment un petit groupe.

L’album s’appelle Leave Me Alone, pourquoi ? Et c’est quand la dernière fois que vous avez prononcé cette phrase ?
C : C’est aujourd’hui ! Le titre de l’album est arrivé après les chansons. On s’est rendu compte que dans le monde de la musique, si tu n’es pas très fort tu te ramasses. Même à notre échelle – de groupe connu ou pas, on sait pas -, ce que tu fais engendre tellement de décisions au niveau des gens qui travaillent sur la tournée, les enregistrement, etc… qu'à un moment donné, on s’est décidé à faire un périmètre de sécurité et de tranquillité autour de nous. Pour créer et croire en nous-mêmes et en nos goûts. C’est ça, Leave Me Alone.

++ Toutes les informations sur Hinds sont à retrouver sur leur site officiel, leur page Facebook, leur compte Soundcloud et leur Instagram.
++ Leur album
Leave Me Alone est dans les bacs depuis le 8 janvier 2015. Les Hinds seront en concert au Badaboum le 29 février prochain. Retrouvez toutes leurs dates ici.