Quand Kaaris dit «on fait ça pour s’amuser, ce n’est que de la musique», il a raison en un sens. C’est vrai que le rap avec ses clips, ses bagnoles et ses armes dedans peut rebuter quand derrière, on se tape des gaillards qui revendiquent sans déconner toute l’armada racailleuse sans renier aucun cliché, au premier degré du ras du sol. Et contrairement à Nicolas Bedos, qui propose «qu’on se rassure car ce n’est que de la télé» [chronique de merde chez Ruquier] et qui n’a pas le sens de l’humour ni celui de la mesure, Vald semble bien se marrer. En moins d’une paire d’années, il a signé chez Universal - et là, il vient de faire mixer son 2ème album par Tefa, le volumineux pote de Michaël Youn qu’on découvrait dans Les 11 Commandements. Pour expliquer à Brain comment cette grosse machine s’est mise en marche, Vald dévore un Quick et refait l’histoire. À table. 

 

 

Alors on est où ici ? On peut fumer ? C’est vraiment les studios de Tefa des 11 Commandements

Valentin Le Du (Vald) : On est au studio Masterdisc, à cet étage ils masterisent. En bas, c’est les studios de Tefa. Et oui, c’est aussi le DJ de Touche pas à mon poste, des 11 Commandements, le producteur de Sébastien Patoche, de L.E.J, de Fatal Bazooka… 

 

Justement, la différence, c’est que tu ne fais pas de la parodie comme Fatal Bazooka, mais que tu fais rire. Comme tu as fait médecine, je me demandais si tu n’avais pas attrapé chez les carabins le virus du… 

Du beauf ? 

 

Nan enfin… Plutôt cabotin. Ça existe peu dans le rap, en fait ? 

Je ne suis pas resté longtemps en médecine, et là-bas, à part me faire vanner par les doublants, j’ai pas retenu grand-chose dans cette jungle. J’ai un humour franchouillard, c’est plus Bigard que faluchard, mais oui, c’est vrai qu’on occupe le créneau. […] Je ne cherche pas à être marrant, je cherche surtout à être fort. Et tu peux l’être en étant drôle. Et parfois, c’est fortement drôle, même si le but premier n'est pas de faire rire. 

 

 

Tu as 23 ans. À part médecine, tu as dû arrêter des trucs pour faire de la musique ? 

J’étais en école de son quand ils ont voulu me signer, et j’étais prêt à accepter à condition qu’ils me filent un stage. J’ai eu un stage, et puis très vite, j’arrivais plus à aller en cours. Je méprisais les écoles de son : vaste fumisterie. Avant, j’avais fait un semestre en médecine, une licence maths-info, l’école de son - et maintenant je suis ici. 

 

Tu débarques et tu rentres tout de suite chez Universal... T'as pas le vertige ? Et depuis combien de temps est-ce que tu rappes ? 

Je suis passé de ma chambre à ici, mais je reste distant par rapport à tout ça. Je suis rentré stagiaire son, au départ j’étais exploité ! (Rires) Sinon, ça doit faire 6 ans. 6 ans que je rappe, putain. Là, on sort cet album NQNT 2 en septembre. On aurait dû le sortir plus tôt, mais on s’est chié dessus, le projet a pris du retard. C’est pas grave, la rentrée c’est bien pour sortir, même si elle est chargée de fou, toute la Terre sort un disque : Maître Gims, Mac Miller, Travis Scott, Young Thug... C’est trop. 

 

Tu n’écoutais pas de rap déjà auparavant ? 

Non, même pas de musique. J’avais très peu de culture musicale. J’ai dû écouter du hip-hop vers 15 ans, et peut-être qu’à 16 ans, j’ai commencé à écouter des trucs que j’aimais vraiment. Mon frère, lui, écoutait du metal : Cradle Of Filth, ça arrachait des cœurs, ça arrachait des dents. Génial ! 

 

D’où ton goût pour l’esthétique glauque dans tes clips ? 

Sûrement. J’ai dosé les films d’horreur, c’est une ambiance que j’aime. Et je ne sais pas dire pourquoi car dans la vie, je suis plutôt un garçon positif et lumineux, mais je kiffe ce genre d’images. Tu vois, j’ai appris récemment qui était Carpenter, alors que j’ai passé toute ma pauvre enfance devant Halloween. Tout est fou dans ce film. Trop un classique. 

 

 

Pour revenir à ta manière d’écrire, ce truc de mélanger technique et humour, c’est assez rare. Qui t’as donné envie de rapper comme ça ? 

Par exemple, Al K-Pote me fait tout le temps rire, et il a des techniques de l’enfer. C’est un gars qui m’a fasciné, mais c’est pas lui qui m’a donné envie de rapper. Non, ceux qui m’ont donné envie, ce sont les Sexion d’Assaut, leur simplicité, la manière naturelle dont ça leur sortait. Je me suis dit que moi aussi, je pouvais le faire. Mais c’était avant l’École des points vitaux, quand ils bombardaient de freestyle dans la rue et partout. 

 

Au début de ton disque, on entend Houellebecq parler. C’est un écrivain que tu aimes ? 

Je ne sais même pas qui c’est, ce garçon. Mais c’est tellement insolent ce qu’il dit dans ce passage au JT (en gros, Michel dit «j’accepte de dominer la rentrée littéraire avec calme et sérénité», ndlr) que j’ai trouvé ça génial. Après, on m’a dit de faire attention à la polémique autour, comme quoi il serait islamophobe ou je sais pas quoi. Mais encore pire ! Si c’est une sale race que tout le monde déteste, il faut le mettre dans le disque. 

 

Tu as toujours eu cette insolence ? Par exemple de prendre la parole en classe pour vanner ? 

J’ai toujours fait rire malgré moi. J’ai toujours été à la ramasse, tout le monde n’a pas ça. Comme tu dis, je ne me prends pas trop au sérieux. 

 

Mais c’est marrant, il y a de la provocation dans tes clips et morceaux, et personne ne t’a fait chier. Par exemple, la quenelle à la fin du clip de Shoot un ministre ou au concert d’Al K-Pote (j’y étais, nda), tu sors un truc moqueur sur Israël. Al K-Pote a une position contre Israël. Toi personne ne t’embête sur tes petites provoc’ ? 

Je pense que c’est de la provocation positive, je ne traite personne de fils de pute. C’est juste de la provocation qui fait tilter, et puis les gens vont se renseigner derrière par eux-mêmes. Je ne peux pas écouter moi-même des textes où les gens ont un message pré-réfléchi, trop bien écrit - en fait, j’aime pas qu’on réfléchisse pour moi. Donc comme tu dis, je préfère faire des trucs un peu cabotins. Et Alka a une vision arrêtée - moi, en réalité je m’en fous. Je suis conscient des injustices au Proche-Orient, mais qu’est-ce que je vais faire ? Manifester ? Ça me desservirait. Donc je me lève et je me couche sans y penser, en étant conscient qu’il y a des injustices. Je peux placer deux-trois blagues, mais c’est pas le rôle de mon œuvre. 

 

 

Le disque commence sur Bonjour, soit le thème du respect. C’est un vieux gimmick du rap en fait, Alliance Ethnik donnait déjà là-dedans. Mais là, tu parles de respect de manière super vénère. D’où te vient l’idée ? 

C’est l’idée de cette phrase «il a pas dit bonjour, du coup il s’est fait niquer sa mère», je crois que c’est ça ! (Rires) Je connais mal le rap et le discours du rap des années 90, j’ai pris le truc sur le tard. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui, on est plus dans la revendication de la crapulerie. Et c’est marrant d’être une crapule qui prône le respect. C’est ça en fait le déclic. 

 

Il y a un autre morceau, Urbanisme, qui m’a bien fait rire parce qu’il fait parler un super réac' qui gueule sur les jeunes en bas des blocs. C’est inspiré de tes anciens voisins, ou tu es un rappeur de droite ? 

Ce morceau, c’est surtout le débat entre un vieux et un jeune qui se plaignent des mêmes choses et qui ont les mêmes aspirations en fait («ah, si seulement j’étais riche, assis seul sur ma péniche»). Après, qu’on me prenne pour un rappeur de droite, je m’en bas les couilles ; je ne sais même pas ce que c’est, un rappeur de droite ou de gauche.  

 

Tu utilises un argot vieilli parfois, ça te vient de tes grands-parents ? 

Foufoune, gougoutte… Ma mère a toujours employé des mots bizarres, et aujourd’hui, je me sers de certains mots que je ne comprenais pas avant. Si parfois, je dis des dingueries en vieux français, c’est de là que ça vient, c’est sûr ! 

 

Sinon, le racisme anti-blanc chez les rappeurs, ça existe en vrai ? 

Les gens savent qu’on est blancs mais ça ne change pas grand-chose. Non, je ne crois pas qu’il y ait de la discrimination. 

 

++ Le site officiel et la page Facebook de Vald.

++ NQNT2, le dernier album de Vald, est sorti le 25 septembre, et Vald est en concert ce soir mercredi 30 septembre à la Maroquinerie.

 

 

Bastien Landru.