En prenant en main la programmation du Régine, tu es un peu devenu le mec le plus cool de Paris, il est pas dégoûté Teki ?
Jean Nipon :
Ah ouais, je suis trop le mec qui défonce maintenant. Mais non, le plus cool et le plus ouf c'est lui, toujours. Est-ce que t'as vu les habits qu'il a ? Tu peux pas test, tu peux pas test ça.

Est-ce que tu es arrivé chez Régine avec un dossier de projets vidéos pour être sélectionné ?
Jean Nipon : Ah non, non non pas du tout. Moi j'ai dit : « J'accepte le truc si le son est aussi fort que je veux et si je programme ce que je veux », c'est tout. J'ai pas fait « hé vas-y, nanana », non. Si tu veux, entre faire DJ ou producteur et travailler dans un club, je préfère être DJ. Et ça gagne plus. Sauf que programmer une salle, je l'avais jamais fait. Et puis bon, j'avais quand même le fantasme d'avoir une maison à moi. C'est hyper dur par contre, il faut être carré : je bois plus du tout...

Le Régine, c'est le Paris Paris bis non ?
Jean Nipon : Oui c'est ça, Paris Paris 2.0, plus grand, plus paquebot !

Tu as le sentiment d'assurer la continuité ?
Jean Nipon : Oui, c'est exactement ce que je veux. En tout cas, pendant les deux premières années, le Paris Paris était le meilleur club du monde, vraiment. Je le pense sans « aaaaah, c'est mes copains ». Et c'est ça que je veux continuer ici, même si c'est plus dur parce que c'est plus grand.

Et tu n'as pas la nostalgie du Paris Paris ? Ici c'est presque impossible d'en recréer l'intimité.
Jean Nipon : Mais grave ! C'est vrai que l'ambiance est différente... En même temps j'ai la chance de goupiller, - j'aime bien ce verbe, « goupiller » - des soirées réussies, ce qui n'est pas souvent le cas, tu vois peu importe où tu bosses, ce que tu fais, il faut vraiment beaucoup d'ingrédients et de hasard pour que les choses fonctionnent et qu'une soirée soit vraiment bien mais quand c'est le cas, c'est fabuleux.

Il n'y a eu aucun problème de relais avec le public d'avant ?
Jean Nipon : Ah non, pas du tout. « I love Paris, Champs Elysées, Jean-Luc Godard ».

Tu n'as pas peur d'être uniquement étiqueté "Régine" maintenant ?
Jean Nipon : Ça n'arrivera pas ! C'est Institubes 1, et 2 hey ! J'ai un job qui est pas mal. En plus, ça me permet de faire jouer les mecs que j'aime, d'où qu'ils viennent. C'est l'accomplissement d'un fantasme.

Depuis quelques mois, on entend pas mal les gens se plaindre de « la nuit parisienne », de son uniformisation, de son élitisme. Ça te semble justifié ?
Jean Nipon : Oui mais ça c'est Paris tout court, voire la France. Les gens sont hyper chiants. Et pourquoi ils sont chiants ? Parce qu'ils ne comprennent rien au pop. Le pop c'est pas seulement de la musique ou Andy Warhol, c'est prendre la vie d'une certaine manière et les Anglo-Saxons ont ça dans le sang. Tu vois, le côté on s'amuse et c'est pas grave. En France, tout est figé, ce qui prime c'est la littérature et c'est ça qui infiltre les autres réseaux culturels ; le cinéma par exemple : bavard, statique, gris, Polonais, et la musique aussi. Typiquement, la nouvelle scène française : traumatisée par Gainsbourg, donc texte, donc on se fait chier, tout ça. Et même dans le rap, parce que tu sais la France c'est le deuxième marché au monde, les mecs un peu frais et donc pop comme Booba ou TTC sont vraiment en minorité face à des merdes comme Sinik, tout ce côté gangsta « regarde ma cité, tu vois c'est gris ». Immonde ! Ghetto, Pologne, noir&blanc, rayures, dégueulasse quoi. Et donc voilà, en partant de là, faut pas s'étonner que les fêtes à Paris soient prise de tête. C'est un vrai constat. En plus à ça s'ajoute la crise…

Vous le ressentez vraiment ?
Jean Nipon : Oui, c'est cliché mais c'est sensible, et dans tous les domaines. Après les gens ne font aucun effort non plus, ils préfèrent taper sur la Clique alors que c'est possible de s'amuser...

Est-ce que tu partages le sentiment que le mouvement électro s'est affaibli dans l'année ?
Jean Nipon : Bien sûr, mais dans toute la musique c'est comme ça. Il y a deux ans on était tous là à se dire « le R'n'B c'est vraiment le futur », on pariait vachement sur les mélanges de rap, de pop, même de métal, avec des mecs à guitares, des trucs incroyables. Cette scène R'n'B s'essouffle un peu aussi. En rap, même s'il y a beaucoup de jeunes renards hyperactifs, c'est toujours les mêmes beats, les mêmes breaks. Voilà, en ce moment y a pas grand chose qui se passe mais ça fonctionne par vagues de toute façon : c'est le retour du rock puis non, c'est le retour de l'acid house puis non, c'est le retour de la rave. Optimisme.

C'est angoissant de vieillir tout en ayant un public toujours (plus) jeune ?
Jean Nipon : Alors sur cette question de l'âge, je n'ai qu'une réponse : il faut que tout le monde voie Phantom of the Paradise. Voilà c'est tout. C'est un film majeur, qui devrait être obligatoire. En 3e, avant le BEPC.

Tu convoites le ministère de l'Education ?
Jean Nipon : Surtout pas, on ne se lance pas là-dedans sinon c'est le carnage assuré... pas de politique, dégueulasse !


Bilan 2008 (sur n'importe quoi).

Le dernier Booba.

A suivre. Il y a une bonne collection de punchlines, mais il a fait un peu comme tout le monde avec l'autotune... ah, incursion, l'avis d'Orgasmic sur 0.9 :

Je pense qu'il a voulu toucher trop de cibles à la fois. Tu peux pas faire une référence au deal de cocaïne et faire des chansons de R'n'B pour filles, c'est pas cohérent. Il aurait dû faire un truc vraiment street et puis surtout, après West Side tu peux pas te permettre de sortir un album moyen... Mais ça va peut-être le forcer à évoluer, parce que jusqu'à présent il était vraiment au-dessus des autres. Là il se met un peu en danger. Cet album c'est un mal pour un bien futur.

Voilà, un mal pour un bien. Écoute-nous Booba.

La prolifération de graphistes à grosses lunettes.
Ah, dégueulasse. Dégueulasse.

L'élection d'Obama.
Yes, we can ! Mais en même temps il faut que les gens se rendent compte qu'ils n'ont pas élu un Noir, mais un bureaucrate. Certes plus cool, mais un bureaucrate quand même.

Facebook.
Hey ! Sans Facebook tu crèves. C'est triste de voir à quel point MySpace court derrière, avec les tags et les people you may know. C'est trop tard ! Facebook c'est non seulement la génération MySpace et Skyblog, mais aussi des gens de 30, 40 ans, c'est juste énorme.

Le Nobel de littérature à Le Clézio.
Alors lui en fait je m'en tape parce que je viens de lire l'interview de Tristan Garcia (lauréat du prix de Flore 2008, ndlr) et ce mec défonce tout. Le Clézio c'est juste un truc mainstream.

La dernière Kitsuné Maison.
Heeeeey !

La mort de Carlos.
Oooooh... Et là il faut vraiment mettre « hey ! » et « oh ».

 

Le Régine - le Bétisier 2008


 


++ www.myspace.com/anipon

 

Par Elise & Jean Benoit.