Parce que c’est clairement un endroit qui me fascine, peux-tu me raconter ce que ça fait de grandir à Las Vegas, le plus gros spot à casinos de la planète ?

Shamir Bailey (Shamir) : (Rires) Hé bien figure-toi que contrairement à ce que l’on peut penser, ce n’est pas particulièrement différent que de grandir dans une autre ville. Las Vegas est une grande ville, c’est clair - on a un aéroport énorme, c’est certain -, mais cette immensité n’a pas changé grand-chose pour moi au quotidien. C’est ma ville, j’y ai grandi, et pour moi, rien de plus normal.

 

Tu as grandi entouré de musiciens et de producteurs de tous genres, tu as même joué dans un groupe de punk quand tu avais 16 ans. Comment as-tu trouvé ton identité musicale dans un environnement aussi varié ?

Je crois que simplement, je suis bon pour capter tout ce qui m’inspire et me fait vibrer dans un son, et ce bien au-delà du style. Je suis une sorte d’éponge mélodique qui ne retient que les sonorités qui lui parlent. Une fois que je me suis imbibé de ces notes, ces voix, ce qui me plaît le plus - et pourtant je pense que c’est inconscient -, c’est de tout mélanger ensemble, et donc d’en faire mon propre mix. Finalement, à partir de ce que j’écoute, je recrée un nouveau son en gardant ce que j’aime, en retirant ce que je n’aime pas et en ajoutant ce que je veux... Ce processus créatif, fait de tous genres, n’a en réalité qu’un seul but : créer quelque chose d’unique.

 

Comme le nom de ton premier album, Ratchet (qui fait également écho à la notion de ratchet culture, c'est-à-dire le bling, l'outrance et la démesure du ghetto, encensée par certains et méprisée par d'autres, ndlr), est-ce que tu te considères toi aussi comme une «diva du ghetto» ?

Un petit peu, oui ! (Rires) Non, sérieusement «venant du ghetto» oui, dans une certaine mesure, mais une diva au sens propre, non. Une diva, c’est bien trop insupportable !

 

 

Quand on écoute Ratchet, on retrouve de la pop, de la minimale et des sons qui donnent terriblement envie de danser. En bonne puriste des genres, est-ce que je peux dire qu’on fait face à un vrai album de house ?

Oui ! Clairement on peut dire que c’est un album house, ou disco-house même, si tu veux être une vraie puriste des genres. (Rires) Bon, après, si tu tends vraiment l’oreille et au-delà du genre house, tu trouveras aussi dans Ratchet du hip-hop, du R'n’B, de la pop et même de la country. En réalité, toutes mes influences, tout ce que j’aime et tout ce que je suis sont dans cet album.

 

A chacun de tes morceaux, je suis toujours effarée par ta voix : mi-mâle mi-femelle, mi-grave mi-cristalline, mi-assurée mi-indécise. Est-ce que tu travailles cette façon de chanter, ou est-ce que c’est complètement inné chez toi ?

(Il semble touché par mes comparaisons, nda) Merci beaucoup pour ces compliments, vraiment. Alors comme tu peux le constater, oui, c’est ma voix, et oui, c’est inné (effectivement, Shamir possède également hors-micro une voix très singulière, nda). Après, j’ai évidemment essayé de «travailler» ma voix, de l’améliorer, notamment en prenant des cours il y a quelques mois, mais c’est finalement toujours cette voix-là qui prime. Tu penses peut-être que je devrais retourner en cours pour apprendre ? (Rires)

 

Tu as fait ta première télé sur le plateau du Grand Journal en décembre dernier. Quel est ton souvenir de ce moment ? Tu t’es senti à l’aise ou complètement perdu ?

La seule chose dont je me souvienne, vraiment, c’est cette incroyable excitation. Cette espèce d’impatience folle à l’idée de monter sur scène, qui dépassait d’ailleurs ma nervosité. Je me souviens avoir été dans les coulisses avec l’équipe et ne pas cesser de me répéter «je vais monter sur scène, je vais monter sur scène», c’était fou.

 

 

J’ai pris pour habitude de te présenter en tant que «Shamir, nouveau Kid de Las Vegas», en comparaison au Kid de Minneapolis qu’est le grand Prince. Est ce que c’est un artiste qui t’a inspiré, tant dans son genre que dans sa musique ?

Hé bien pas tellement, figure-toi ! Enfin, c'est à dire qu'évidemment, Prince est un incroyable artiste qui a créé tant de choses et inspiré tant de monde, mais je n’ai jamais cherché à lui ressembler dans le son ou dans ce côté androgyne. Je n’ai jamais cherché à ressembler à aucun artiste en particulier, d’ailleurs. Je ne suis pas du tout dans une dynamique de mimétisme. En réalité, Prince a été une grande inspiration pour moi mais n’a jamais été un modèle.

 

On pourrait aussi te comparer à Nina Simone, à Kelis, à LCD Soundsystem ou à Beck, tant ta musique est riche et diverse. Est-ce que eux sont des artistes qui t’ont inspiré ?

Alors là oui, clairement ; et pour tout te dire, s'ils m’ont tous inspiré, c'est aussi parce qu’ils se sont toujours renouvelés. Chacun des artistes que tu cites et dont je me suis abreuvé plus jeune ont proposé des albums toujours différents : tantôt jazzy, tantôt bluesy, parfois R'n’b ou même hip-hop. C’est l'une des grandes choses qui comptent pour moi chez un artiste et qui m’inspirent dans ma manière de concevoir la musique aujourd’hui : savoir et pouvoir changer de style tout au long de sa carrière, sans pour autant craindre de choquer ou de perdre des fans.

 

 

C’est une question très basique, mais vu ton jeune âge (Shamir est né en 1994, ndlr), es-tu fier de livrer Ratchet en premier album de ta carrière ?

Mais tellement, je suis tellement fier de mon album ! Je pense vraiment que c’est un beau début, sans prétention, mais simplement parce j'y présente un échantillon de tout ce que je peux faire. Je pense sincèrement que c’est une belle entrée en matière et une bonne façon de me présenter au public. Je voulais vraiment donner un premier aperçu de tout ce que j'ai à offrir. J’ai encore tellement de choses à donner et tellement de choses à produire... Je suis d’ailleurs extrêmement excité et impatient à l’idée de retourner en studio pour un nouvel album.

 

Ce sera ma dernière question : Shamir, tu as tout le temps devant toi et tu sembles plutôt bien lancé avec ce premier album... alors qu’est ce que je peux te souhaiter de plus ?

De faire de la grande musique et d’être fier de moi... et que les autres le soient aussi, d’ailleurs.

 

++ La page Facebook et le compte Tumblr de Shamir.
++ Le premier album de Shamir, Ratchet, est disponible ici.

 

 

Camille Poher.