Vous avez dit avoir eu besoin de légèreté sur cet album, je voulais savoir ce qui vous pesait jusqu’à présent ?

Clémence : Ce n’est pas tant une question de légèreté, on avait envie de quelque chose de moins sérieux, Sur le premier album, c’était sérieux dans le sens où l'on avait essayé de bien faire, et c’est compliqué de se faire plaisir dans cette dynamique.Cette fois-ci, on a vraiment eu envie de se faire plaisir et de communiquer ce plaisir plutôt que d’essayer de faire plaisir aux gens en essayant de deviner leurs envies.

Pauline : On s’est enfermées dans un truc dont on ne voulait pas tellement, parce qu’en fait, on adore se marrer - et puis on adore la musique.

 

Aujourd’hui, du fait que vous chantez en anglais, vous êtes presque en minorité dans le paysage francais où tous les jeunes groupes chantent désormais en français…

C. :  On n’a pas envie de chanter en français. A nos tout débuts, on a essayé de le faire, mais ça ne prenait pas.

P. : Ca n’allait pas, ça faisait tout-à-fait artificiel.

C. : Oui, on a très vite senti que ce qui nous correspondait était l’anglais. Notre langage à toutes les deux a toujours été cette musique anglo-saxonne. J’écoute très peu de chanson française, éventuellement parfois je peux écouter un Renaud. Mais je ne me dis pas que j’écoute de la musique, je me dis que j’écoute les mots d’un poète. Notre terreau commun est la musique anglo-saxonne.

 

 

Vous bénéficiez du soutien de Jean-Eric Perrin, une personne qui a beaucoup fait pour les groupes français et qui tenait notamment cette chronique, Frenchy but chic. Comment vous êtes-vous connus ?

P. : C’est un ami du mec qui nous a repérées, et du coup, il nous a vues très tôt en concert, et on s’entend très bien avec lui. Il a suivi notre évolution, ça fait plaisir. C’est devenu un copain.

C. : Il est très bienveillant et plein de bons conseils et de sympathie pour nos propositions.

 

Vous avez eu des retours de fans qui ont aimé ou n’ont pas aimé votre changement de cap ?

P. : On a plutôt des fans sympas ; beaucoup d’entre eux nous ont fait des retours cool sur le virage pop.

 

Avez-vous des rencontres qui vous ont marquées sur ce deuxième album ?

C. : Oui, notre claviériste un peu perchée, une vraie hippie. Elle a plein de pédales, de vieux synthés qui marchent un jour sur quatre, et puis s’ils ne marchent pas, elle les bénit avec de la sauge. Elle aimait nous dire «your machine will work if you’re working in a positive space» ! Donc elle nous a bénies avec sa sauge. En dehors de ça, elle est très bonne musicienne !

P. : Et le pire, c’est qu’après ses bénédictions, la machine marchait !

 

 

Elle est née quand, cette envie de faire de la pop ?

P. : Pendant la tournée.

C. : On avait déjà vachement dynamisé le set car nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une certaine inadéquation entre les chansons qu’on a écrites - et qu’on revendique - et puis la scène où nous nous sommes découvert une vraie énergie. On avait donc envie de partir pour ce deuxième album vers des chansons intrinsèquement plus enlevées. On avait envie de partager avec les gens. Donc c’est plus solaire, plus dynamique, plus décomplexé.

 

J’ai cru comprendre que vous étiez fans de Taylor Swift. Qu’est-ce qui vous plaît chez elle ?

C. : Pour le coup, elle a pris un virage ultra pop ; avant, elle était beaucoup plus axée country.

P. : Elle a une vraie vision. L’article dans le Washington Post où elle explique l’avenir de la musique est ultra-lucide. T’as envie d’envoyer cet article à tous les directeurs de label. Elle parle notamment du rapport aux réseaux sociaux. Elle dit qu’elle sait que la plupart de ses fans ont déjà vu son show sur YouTube avant d’aller à l'un de ses concerts, ce qui l’oblige à toujours apporter une valeur ajoutée à chaque performance. C’est quand même assez fou de constater qu’elle se donne autant.

C. : Elle accepte parfaitement l’état actuel des choses. A contrario, quelqu’un comme Neil Young dit absolument souffrir de cela. Il dit qu’un concert est une accumulation d’erreurs qui peuvent d’ailleurs rendre les choses belles, mais qu’il estimait que ça devait rester éphémère. C’est vrai que Taylor Swift a un côté visionnaire déguisée en popstar. Elle a un côté très Nahsville, quand même.

P. : Elle a le don du pop song.

 

 

Vous pensez quoi du fait qu’elle se soit retirée de Spotify ?

C. : Je pense qu’elle peut se le permettre. Et puis c’était couillu.

P. : C’est bien qu’elle dise que Spotify est un rip-off (une arnaque, ndlr), mais je ne pense pas qu’il faille remettre en cause le streaming. Au contraire, il faut remettre en cause la manière dont Spotify rémunère les artistes (les royalties que le système accorde aux artistes sont pour ainsi dire inexistantes, de l'ordre de 10 à 20 dollars pour... 1 million d'écoutes, ndlr). Bon après, elle l’a justifié en disant que l’album est une œuvre physique à part entière et qu’il est important de la posséder physiquement. Mais je trouve cela moins hypocrite que Radiohead à l’époque de In Rainbows qui avait balancé le disque gratuitement (en 2007, ndlr) et enjoint leurs fans à ne payer que ce qu’ils veulent - et au final, ils se sont faits des couilles en or.

 

Vous pensez quoi de la plateforme de téléchargment de Jay-Z, Tidal ?

P. : La vidéo de présentation du truc est pour moi le plus grand moment de gêne de l’année.

C. : Moi, j’étais surtout contente pour Pauline de voir côte-à-côte Beyoncé et Arcade Fire, car il s’agit de ses idoles. Dans notre écriture, on a voulu faire attention et écrire de vraies petites entités pop, simples et lisibles. Pour que les gens aient un accès immédiat à la chanson.

 

Quel est votre featuring rêvé ?

C. : Etant donné que Haim ouvre pour Taylor Swift, nous on se voit bien ouvrir pour Haim qui ouvre pour Taylor Swift ! Elles sont fortes, Danielle joue hyper-bien de la guitare et Este assure aussi à la basse.

P. : ... Et la troisième (fille du groupe, ndlr) est peut-être un peu là pour le côté bitchy !

 

 

++ Le site officiel et la page Facebook de Theodore, Paul & Gabriel.
++ Sorti le 9 mars dernier sur Belleville Music, le deuxième album du trio, We Won't Let You Down, est disponible ici, et la discographie du groupe est en écoute intégrale sur Deezer.

 

 

Sarah Dahan // Crédit photos : Emma Picq, Sarah Valente.