Sur ton nouvel album Solitaire, on note des sonorités plus rock qu'auparavant. C’était une volonté de ta part ?

Tamara Marthe (Shy'm) : Oui, un petit peu en effet, ce fut une évolution naturelle. Je ne me suis pas posée de questions en rentrant en studio, je n’avais pas d’idées précises. Cet album est plus organique, plus épuré.

 

L’album parle aussi beaucoup de liberté. Est-ce que tu te sentais enfermée dans quelque chose en particulier ?

J’ai toujours eu besoin de liberté, même dans ma vie privée. Je suis quelqu’un de très indépendant et très autonome. Je supporte mal les cloisons. La liberté d’expression me tient aussi à cœur : pouvoir dire ce que je veux, faire ce que je veux, c’est important.

 

 

Et d’ailleurs, tu refuses le statut de «role model» pour tes fans. Pourquoi ?

Oui, je ne suis pas un modèle : c’est dur d’être un modèle, c’est une grosse responsabilité. Mais je pense avoir reçu une très bonne éducation, ma mère a fait un très bon job ! (Rires) Disons que je ne suis pas la pire, mais je ne suis pas la meilleure non plus, personne n’est parfait. Mes aventures me permettent de pouvoir créer et de me chercher, et parfois de me trouver. Mais à bientôt 30 ans, je ne me suis pas encore trouvée, et je n’ai pas la prétention de pouvoir prêcher la bonne parole.

 

Qui étaient tes modèles quand tu étais plus jeune ?

J'étais très proche de ma mère et je voulais être une petite fille modèle, c'est-à-dire rêvée. Pendant longtemps, j'étais très sérieuse et très consciencieuse car je ne voulais pas la décevoir. Je voulais être sage, ne pas faire de vagues pour que ma mère soit fière de moi.

 

Comment fonctionne ta relation avec K.Maro ? Est-ce que tu vas vers lui en lui faisant part de tes envies, ou est-ce l’inverse ?

C’est difficile de mettre des mots là-dessus car on n’en n’a pas conscience. On a fait connaissance sur le premier album : on a appris à se connaître, je lui envoyais plein de références musicales. J’avais 19 ans, j’étais toute jeune... je voulais des choses qui bougent car je faisais beaucoup de danse, puis tout cela a lentement évolué. Aujourd’hui, on se parle au quotidien. Je sais aussi qu’il s’inspire, de loin, de mes posts Instagram. Je suis quelqu’un d’assez pudique, je ne dis pas beaucoup les choses mais je les laisse parfois transparaître. Ca peut paraître un peu futile, mais mon Instagram, je le vis très profondément. Ma rencontre avec K.Maro est la rencontre de ma vie ; si j’étais tombée sur quelqu’un d’autre, je n’en serais pas là. C’est une vraie chance. Cyril et moi, on grandit ensemble, et pour l’instant, je ne me vois pas faire un album avec quelqu’un d’autre.

 

Si l'on se risque à une comparaison, Mylène Farmer-Laurent Boutonnat, ça te va ?

Oui, ça me plaît énormément ! Même le couple René et Céline sur le plan artistique me fait rêver : ce sont des binômes qui se donnent mutuellement, qui s’inspirent... il y a une complicité qui est unique.

 

 

Quelque part, tu es en fait une artiste à l’ancienne, dans le sens où ça fait presque dix ans que tu es là et que tu as pu - et su - faire évoluer ta carrière.

Oui, ça se fait de moins en moins, effectivement ; avant, on travaillait beaucoup les carrières, on prenait le temps de développer les choses. Je pense aussi que les rencontres favorisent cette évolution - moi, j’ai eu de la chance et j’ai su la saisir.

 

Est-ce que tu vis une schizophrénie entre Shy’m et Tamara ?

Ce n’est pas de la schizophrénie ! Très tôt, j'ai eu besoin par instinct de créer un personnage ; je n’aurais pas assumé de voir écrit "Tamara" sur une pochette de disque. Il fallait un écran entre la scène et moi, et c’est donc ainsi qu’est née Shy’m. Avec le temps, ce personnage de Shy’m s’est exacerbé, à cause de la scène, des télés, des interviews... mais à mes débuts, j’étais maladivement timide. Aujourd’hui a contrario, je pousse le personnage de Shy’m à l’extrême sur scène - c’est comme cela que je me sens bien, ça me désinhibe.

 

Quels étaient tes modèles artistiques ?

Mon premier coup de foudre artistique a été Tracy Chapman. Plus jeune, j’étais attirée par les voix chaudes : Tracy, on ne savait pas si c’était une fille ou un garçon, physiquement et même vocalement. Sinon, chez ma mère, j’écoutais beaucoup de chanteurs à textes français comme Brel ou Aznavour. Ce sont des diamants, des interprètes qui n’existent plus...

En grandissant, j’ai commencé à écouter de la soul et du hip-hop car je faisais beaucoup de danse hip-hop. Je dois avouer que je suis encore débutante en termes de hard rock ! (Rires)

 

 

Ta collaboration rêvée, ce serait avec qui ?

Elle est impossible car elle serait avec Jacques Brel. Ce qui me fascine avec ce genre d’artistes, ce sont leurs textes intemporels et leurs thèmes universels qui traversent les époques et les générations. Ca me fait fantasmer parce que ce n’est pas ce que je fais, je crois ; on trouve une autre dimension dans ces textes-là.

 

Justement : c'était important pour toi d’aller au-delà du carcan de la musique «urbaine» de tes débuts pour toucher un public beaucoup plus large ?

Oui, mais c’était inconscient. J’ai eu des envies de liberté aussi bien au niveau personnel qu’au niveau professionnel - j’aimerais avoir dix vies pour vivre dix aventures différentes ! C’est fascinant de se dire que si j’avais pris un autre chemin, ma vie serait toute autre. J’ai des amies qui ont déjà trois enfants ; par exemple, c'est ça qu'aurait pu être ma vie. Je me pose souvent cette question... Et je sais que j’aime être sulfureuse et provocatrice, mais j’aime aussi chanter Nathalie de Gilbert Bécaud.

 

Tu m’as dit que tu ne souhaitais pas être un modèle, mais il y a deux ans aux NRJ Music Awards, tu t’es quand même engagée publiquement pour le mariage pour tous par le biais de toi et de tes danseurs/ses qui vous êtes embrassés.

Ce n’est pas une question de modèle, c’était juste l’envie de m’exprimer sur le sujet. C’est important pour moi de donner ma voix - et puis il se trouve qu’elle est peut-être plus entendue que d’autres. Je ne voyais aucun problème à m’exprimer sur la question, j’avais déjà fait des clins d’œil à ce sujet dans le clip d'Et Alors !. Cela s’est fait naturellement.

 

 

Tu as un public gay ?

Oui, je l’ai constaté lors de ma tournée l’année dernière qui était la première pour moi : j’ai vu pas mal de couples gays. Je pensais qu’il y aurait plus d’enfants car je me suis adressée à un public familial avec Danse avec les Stars, mais il y en avait assez peu.

 

Tu es très active sur Instagram : Instashy’m est une vraie communauté. Quels sont les comptes que tu suis ?

Il y a un compte que j’aime beaucoup : Nohow, qui propose des photos très esthétiques. Il y a aussi Ceren Bülbün et Boysbygirls.

 

++ Le site officiel, la page Facebook et le compte Instagram de Shy'm.
++ Sorti le 24 novembre dernier, Solitaire, le dernier album de Shy'm, est disponible ici et est en écoute intégrale sur Deezer.

Interview réalisée à l'hôtel Mac Mahon.

 

Sarah Dahan.