Comment est né l’OVNI Oscar and the Wolf ?

Max Colombie (Oscar and the Wolf) : Ça a commencé quand j’étudiais la peinture à l’université de Gand, qui est une ville très musicale. Là-bas, j’ai juste eu envie d’avoir un groupe. Ça s’est fait assez facilement. Quand il a fallu trouver un nom, j’ai choisi Oscar and the Wolf parce que je voulais quelque chose de vivant et de sombre à la fois. Ce sont en quelque sorte mes deux alter egos. Oscar, c’est moi pendant la journée, occupé à rencontrer du monde, vivre des trucs ; et le loup, c’est moi quand je compose, comme un animal qui hurle à la Lune. Ma musique est un mélange des deux - c’est très important pour moi.

 

 

Depuis tes précédents EP's tels que Summer Skin, j’ai l’impression que ta musique est devenue encore plus dark et perchée. C’est une évolution tu as choisie ?

Ouais. En fait, je ne réfléchis pas vraiment avant de faire quelque chose, donc c’est venu assez naturellement. Finalement, ça va bien avec la direction qu’a prise ma personnalité. Je suis devenu encore plus perché, j’ai vécu de nouvelles expériences, eu des influences différentes... Mais à mon avis, le plus déterminant dans cette évolution, c’est que je suis tombé amoureux tellement de fois... je suis tout le temps ailleurs.

 

Tes titres sont remplis d’émotions et d’angoisses qui ont l’air assez personnelles. Si j’ai bien compris, tu travailles plutôt en solo ?

En gros, pour cet album, ce qu’il s’est passé, c’est que j’ai bossé tout seul dans ma chambre. J’ai commencé à écrire, écrire, écrire, et j’ai fait la plupart des arrangements. Ensuite, on est allés au studio pour enregistrer la voix et les guitares, parce que je ne peux pas le faire de chez moi. Et puis Ozan (celui qui s'occupe de la basse dans le groupe, ndlr) m’a aidé avec les trucs techniques parce que je n’y connais pas grand'chose. Par exemple, quand je lui ai filé la démo, il m’a fait : «mais il y a quatre lignes de basse là, tu ne peux pas avoir quatre lignes de basse dans la même fréquence». Je n’en savais rien, et heureusement qu’il était là ! Mais pour tout le reste, ça me vient plutôt naturellement.

 

 

On pourrait définir ta musique comme une sorte de soul numérique. Une voix de crooner mêlée à des sons électroniques. Comment lies-tu les deux ?

Le lien se fait tout seul parce que c’est ce que j’aime. Il suffit que je me penche sur ce que j’écoutais quand j’étais gosse. Je pense que ça révèle vraiment quelque chose, parce que quand tu es petit, tu aimes honnêtement, sans être influencé par la mode ou quoi que ce soit. Et moi, j’écoutais The Fugees - j’aime vraiment la vibe hip-hop, R’n’B qu’il y avait avec eux -, Laura Pausini, No Doubt ou encore Sade. Des trucs qui n’ont rien à voir et que j’essaie de rassembler, d’une certaine façon.

 

Cet album m’a un peu fait penser au travail de The Weeknd. Quelles sont tes inspirations actuelles ?

Je m’inspire principalement de films et de séries télé comme True Blood et Six Feet Under. En fait, quand j’écris, je me mets dans la position du mec qui compose une bande-son pour une scène. Je m’invente un monde dans lequel quelqu’un me demande de faire la B.O. de tel ou tel film et je me projette dans la peau des personnages. J’espère vraiment qu’un réalisateur me demandera un jour de lui composer une musique. Harmony Korine par exemple, je voudrais vraiment écrire pour lui !

 

Ca n'a pas un poil vieilli, Six Feet Under ?

Ah non, Six Feet Under, c’est la meilleure des séries ! Parce que ça parle de la mort et que c’est très dramatique et triste, mais qu'en même temps, on y trouve aussi beaucoup d’humour. J’adore la combinaison qui en résulte. Le scénariste Alan Ball a aussi écrit True Blood et American Beauty ; je commence à entrevoir sa mentalité.

 

 

Donc tu aimerais écrire pour lui aussi ?

Tu rigoles - je deviens fou le jour où il m’appelle !

 

Tu aimes bien mettre des perruques et porter du maquillage dans tes clips. Et dans la vraie vie, tu te travestis ?

(Rires) Si tu fais référence au clip de Princesc’est parce que je voulais ressembler à une sorte de magicien stylé, et aussi un peu aux personnages de Dragon Ball Z. Sur scène, je mets simplement des paillettes, je ne me déguise pas non plus en drag queen. En revanche, dans la vraie vie, je veux avoir un look d’homme marié et sophistiqué.

 

Je sais que tu utilises le logiciel d’Apple Garage Band pour bosser. Tu comptes te payer une Apple Watch ?

Non, vraiment pas, je la trouve moche. Mais j’aime bien le fait que tu puisses poser deux doigts dessus et envoyer ta pulsation cardiaque à tes potes. C’est trop bien !

 

Tu viens de Flandres, en Belgique. Comment se passe la création musicale là-bas ?

C’est super diversifié ! Il se passe plein, plein de trucs. À Bruxelles, il y a beaucoup de jazz et de musique électronique. Dans le sud de la Belgique (en Wallonie, ndlr), ils font de tout, mais c’est plutôt le metal et le rock hardcore qui se démarquent. À Gand, il y a énormément de trucs indie comme la folk ou des crooners, comme tu disais. Si tu regardes bien, c’est logique parce que ça va avec la mentalité des gens dans chaque coin. Bruxelles est remplie de boîtes de nuit, c'est une ville pour faire la fête, tandis qu’à Gand, on trouve plutôt des cafés. Du coup, bouger de Gand à Bruxelles m’a vraiment aidé à trouver mon style. 

 

 

D’ailleurs, plus d’un an sans gouvernement avant de choisir un Premier Ministre en 2011... c’est quoi ce bordel dans ton pays ? Ca te préoccupe un peu ?

Non, je me fiche de la politique. Tous les politiciens belges que je connais sont vraiment pathétiques. Quand je zappe et que je les vois débattre à la télé, j’ai l’impression de voir des animaux ou des petits enfants qui se crient dessus. Et dire que ce sont eux qui sont en charge de gouverner ! Une fois, je devais assister à une émission politique et je les entendais parler en coulisse, j’avais l’impression d’être en maternelle. File-moi Lana Del Rey comme président et je serai heureux.

 

En tout cas, cet album, tu es allé le produire à Londres. Ça a été un tournant pour toi ?

En fait, j’étais déjà allé à Londres pas mal de fois pour des petits concerts quand nous étions plus under the radar avec le groupe. Je n’aime pas trop cette ville, je préfère Paris, tu vois. Les gens ont l’air tellement fatigués là-bas... Quand tu les vois dans le métro, ils ont l’air de travailler si dur pour se payer leur appartement de 10 mètres carrés.

 

Je crois que le cas parisien est pire niveau logement...

Oui mais à Paris, il y a de jolis balcons et les gens sont rayonnants.

 

 

Je suis sûre que derrière ton aspect de mec lunaire torturé, t’es un gros teuffeur. C’est quoi ton titre ultime pour mettre l’ambiance en soirée ?

Freed from Desire de Gala. Tu connais ? On fait une reprise de cette chanson à chaque concert, mais en mode ballade.

 

Et ton son fétiche post-déception amoureuse / perte de chat ?

Je n’écoute pas vraiment de musique tout seul, c'est trop puissant émotionnellement parlant. Encore moins quand je suis triste, ça me rend encore plus triste. Mais il y a une chanson qui me met plus bas que terre, et c’est l’une des meilleures chansons du monde selon moi : Without You, de Lapalux.

 

++ Le site officiel et la page Facebook d'Oscar and the Wolf. 

++ Sorti le 10 octobre, Entity, le dernier album d'Oscar and the Wolf, est disponible ici

 

 

Lina Rhrissi.