Lorsqu'on t’a rencontré en 2010, tu nous confiais vouloir devenir millionnaire et partir t’installer à Chypre. As-tu réalisé ce rêve ?

Baxter Dury : Non, je ne l’ai pas encore réalisé. Mais c'était un peu radical, non ? Ca a l’air cool de partir pour Chypre, mais j’ai presque 50 ans et je vais sûrement bientôt mourir, alors...(RiresNon, plus sérieusement, j’ai un peu oublié cette idée d’une retraite de millionaire chypriote.

 

Happy Soup fut ton premier gros succès populaire ; est-ce qu’avec cette notoriété, tu as pris la grosse tête ?

Non. Enfin, j’ai naturellement une assez grosse forme de tête. C’est un trait de famille : on a tous ce petit corps et cette grosse tête. Donc disons que oui, j’ai physiquement une grosse tête, mais je n’ai pas du tout pris la «grosse tête». Je suis pris dans un cercle de doute et je ne me sens jamais complètement satisfait... Je me préoccupe toujours de quelque chose. C’est une perpétuelle névrose chez moi, mais saine... Le Syndrome de la Perpétuelle Névrose Saine, en somme.

 

Nous avons adoré ton dernier album, mais dis-nous : It’s a pleasure of what ?

Il n’y a pas de plaisir universel... Pour certains, c’est un album visionnaire, pour d’autres, ça va changer leur vie, et pour d’autres encore, c’est juste pour déconnecter. (RiresJe pense que It’s a Pleasure, c’est tout simplement une sorte d’alarme musicale. Je n’essaye pas de décrire quoi que ce soit de profond, c’est juste de la musique, vraiment... J’espère simplement que c’est un plaisir pour tout le monde d’écouter l’album.

 

Son téléphone sonne, il le coupe et me dit avec un grand sourire moqueur : «oh, je suis tellement populaire et fashion, si tu savais... Les gens fashion de Paris me veulent, c’est terrible».

 

 

It’s a Pleasure est un album qui parle essentiellement de toi, de tes préoccupations d’homme : est-ce que c’est un album qui t’a fait du bien ?

Partiellement... Oui, je me sens bien, j’ai un bien-être cohérent, dirons-nous. Mais je ne veux pas devenir... (il réfléchit) Avez-vous un mot pour «placid» ?

(Je lui indique que c’est le même mot en français, mais que serein est plus courant, ndlr)

Voilà : hé bien on se doit de ne pas être trop placide, trop serein. On doit tous avoir des peurs, car certaines d'entre elles sont motivantes, stimulantes. On ne doit pas être trop satisfait, car c’est comme cela qu’on devient trop lent et trop peu créatif. C’est essentiel de ne pas trop se reposer. Je pense sincèrement qu’on doit toujours se battre, travailler dur - et ce particulièrement dans les métiers artistiques, car c’est assez compétitif comme milieu. C’est une vraie galère pour réussir.

 

Il y a beaucoup de voix de femmes sur cet album. C’est quelque chose qui te tient à cœur ?

Avec ces voix féminines, j’essaye juste de créer un peu de contraste, un peu d’espace et d’air. Cela permet de mieux exprimer l’émotion dans les détails, et je trouve que celles des femmes ont cette forme d’agilité, d’habileté mélodique.

 

Avec quels artistes féminins rêves-tu de collaborer ?

Je ne sais pas, mais peut-être une artiste inconnue... arf, je ne sais pas... (il se met à chantonner, sans raison, juste pour le plaisir, ndlr)
Je ne veux pas vraiment collaborer avec quelqu’un de trop établi - je pense que ce serait compliqué, deux grosses têtes ensemble. Aussi, il est probablement trop tard pour commencer... J’aime travailler avec les gens avec qui je travaille quoi qu’il en soit, c’est confortable, c'est une certitude. Et puis je suis un mec fashion ; je le sais, tu le sais, j’ai les chaussures, les photos de groupe... Je suis un mec fashion quoi, alors pas besoin d’une autre star ! (Rires)

 

Donc tu ne veux pas de quelqu'un de trop connu, tu ne veux pas qu’on te pique la vedette, avoue-le ?

Yeah, tu as tout compris ! (Rires)

 

 

Tu as décrit cet album comme «post-kraftwerkien» et «inspiré de la musique berlinoise». Tu peux développer au sujet de ce style musical ?

Disons que ce sont des influences musicales que je trouve variées et cool à utiliser, c’est coloré... tu vois ce que je veux dire, une couleur musicale. C'est ça qui m'inspire : l’imaginaire, les couleurs. Tu utilises simplement tes fantasmes pour aller de l’avant. Si tu veux écrire un livre par exemple, tu peux utiliser une époque historique. Peu importe ce que tu sais sur Louis XIV, tu utilises juste ton imaginaire pour t’en inspirer et te projeter. Ce sont donc des styles qui me parlent, rien de plus, qui sont comme moi et qui me ressemblent... c’est juste parce que j’aime ça, tout simplement.

 

J’ai lu que plus jeune, tu avais mis le feu puis inondé un magazin de montres d’Oxford Street. Comptes-tu faire exploser cet hôtel avant de partir, ou t’es-tu assagi depuis ta folle jeunesse ? 

Crois-moi, si cet hôtel prend feu, ce sera à cause d'un mec de la réception mais certainement pas à cause de moi. Ils sont si drôles, ici : l'hôtel est vraiment chouette, mais ils passent leur temps à se plaindre et à râler... des bons Français, quoi !

(Il entame une imitation du réceptionniste de l'hôtel, ndlr)

«Vous n'aimez pas votre chambre ? Pfff, ce n'est pas mon problème.» (Rires) Mon Dieu, ce mec est si drôle, on se croirait dans une série comique !

 

Mais si ce n'est pas toi qui brûle l'hôtel, c'est peut-être aussi que tu t'es apaisé, non ?

Oui, je suis définitivement et assurément bien moins taré qu'auparavant. Je suis devenu un mec tout ce qu'il y a de plus normal.

 

 

Dury ressemble beaucoup au nom de Victor Duruy, ministre et historien français. Penses-tu que c’est cette similitude qui fait que tu es autant apprécié par nos compatriotes ?

Non, sérieux ? Un historien qui porte le même nom, j'adore ! Mais tu sais, je sais pourquoi il y a des «Dury» ou «Duruy» en France - c'est parce que ma famille vient de chez vous. Du nord de la France plus précisement, près d'Amiens. D'ailleurs, tu savais qu'une ville du Nord s'appelait Dury ? En tout cas, il est clair que je ressens une vraie connexion avec le public français, c'est presque de l'ordre du spirituel. Il faut dire que mes ancêtres fricotaient avec les nobles, on s'occupait même des chevaux du Roi. Bon, en revanche, Dury n'est pas vraiment une ville de folie, hein ! Tu y es déja allée ? C'est vraiment l'angoisse, c'est gris et c'est triste alors qu'il y a tellement de chouettes coins dans la région... pas de bol. (Rires)

 

Quels sont les artistes émergents que tu aimes et que tu nous conseilles en ce moment ? 

Oh, j'ai tellement de mal à retenir les noms... Ah si, Benjamin Booker. C'est un black venu d'Amérique, il faut que tu écoutes, c'est vraiment cool comme musique. Sinon, il y en a tellement d'autres, mais je suis absolument incapable de me souvenir des noms, je suis tellement mauvais dans cet exercice : j'écoute, j'aime et j'oublie le nom dans la seconde...

 

Pour finir, si tu avais trois mots pour définir ce dernier album ? 

OK for now... non, c'est trop négatif ça, n'est-ce pas ? 

 

Tout dépend ; tu trouves ça négatif ? 

Non, tu as raison, je garde : OK for now.

 

Tu es donc fier de cet album ? 

Je suis fier de cet effort et j'ai vraiment passé un bon moment, c'est une vraie satisfaction. Ca a été une façon pour moi d'avancer, donc oui, je crois que c'est cool, je crois que je suis fier...

 

++ Le site officiel et la page Facebook de Baxter Dury.

++ Sortie le 20 octobre chez [PIAS] / Le Label, son dernier album It's A Pleasure est en écoute intégrale sur Deezer et est disponible ici.

 

 

Camille Poher // Crédit photo : Margaux Ract.