Mais qui est Sacha Baron Cohen ? Un rappeur pakistanais écervelé ? Un journaliste de mode autrichien homo ? Ou un Kazakh moustachu antisémite ? Ali G, Brüno, ou Borat ? C'est sous ces trois fausses identités que sévit l'humoriste juif anglais, trois journalistes farfelus et politiquement plus qu'incorrects. Le principe est simple. On se souvient de la supercherie montée au début des années 1990 par Raphaël Mezrahi. Sous l'identité de Hugues Delattre, cet apprenti journaliste sous-doué au cheveu gras avait piégé pendant près d'un an les stars du petit écran. Sacha Baron Cohen applique la même méthode, avec un art du déguisement, un sens de l'improvisation et un goût pour la provocation qui ont fait de ses personnages de véritables célébrités. Diffusé dès l'année 2000 sur la chaîne anglaise Channel 4, le show d'Ali G cartonne. Il voit défiler célébrités et spécialistes en tout genre, piégés lors des interviews surréalistes du rappeur wigger (wigger = white nigger). Le succès mérité du show permet à Sacha Baron Cohen de faire un premier long-métrage, Ali G In Da House. L'émission est alors rachetée par la prestigieuse chaîne américaine HBO en 2003 et nos trois reporters partent enquêter aux USA. Un nouveau souffle pour Ali G, propulsé au rang de superstar jusqu'à atterrir dans le clip Music de Madonna. Rançon du succès, Ali G est trop connu pour ne pas être reconnu par les victimes de son show. Fini le temps où il pouvait se payer la tête du gotha intellectuel et médiatique, appeler l'astronaute Buzz Aldrin, “Buzz Lightyear”, ou demander à l'évêque de Horsman pourquoi Dieu ne fait que « chiller » depuis la création de l'univers.


Ali G s'est donc effacé au profit de Borat. Ce personnage haut en couleurs est apparu dans le show du rappeur où il animait une rubrique délirante et corrosive consacrée à la culture anglaise, puis américaine quand l'émission sera rachetée par HBO. Borat, c'est tout un programme : large moustache noire, costume ringard à souhait, anglais approximatif et surtout, cette allure tellement sympathique qui lui permet de sortir les pires horreurs avec une naïveté désarmante. Quand par exemple, il éclate de rire au nez d'une féministe outrée en soutenant qu'il est scientifiquement prouvé que le cerveau des femmes a la taille de celui d'un écureuil. Car Borat est extrêmement irrévérencieux. Et c'est peu de le dire. Obsédé sexuel, misogyne, il soutient la guerre en Irak, s'étonne qu'on ait aboli l'esclavage et accuse les juifs de tous les maux. Partant de là, pas de limites. Dans un club de country, il entonne une chanson dont le refrain est “Throw the jew down the well” (“Jette le juif dans le puits”). Et le public de reprendre en coeur! Face à un élu républicain “pro life”, il se réjouit de ne pas avoir abattu son neveu, né avec des poils sur tout le corps : l'enfant est aujourd'hui exposé dans une cage et lui rapporte beaucoup d'argent !

Borat est drôle, mais pas seulement. Car face à lui apparaît le spectre d'une Amérique profonde, va-t-en-guerre, manichéiste, homophobe et raciste. Lors d'une séance de dégustation de vin dans le sud des Etats-Unis, Borat demande si le sommelier noir est un esclave. L'un des oenologues lui explique que l'esclavage a été aboli il y a longtemps, avant de laisser sortir un : “c'est mieux comme ça… enfin pour eux en tout cas.” Même histoire chez un armurier à qui Borat veut acheter un revolver “au cas où il serait attaqué par un Juif.” Et le vendeur de lui conseiller un modèle adapté…
La formule est tellement efficace qu'en dépit du scandale qui entoure Borat, la Fox décide d'en faire un long-métrage : Leçons Culturelles sur l'Amérique pour Profit Glorieuse Nation Kazakhstan. La trame est simple : en mission pour son gouvernement, le “journaliste n°2 du Kazakhstan” et son producteur partent aux “US et A” pour comprendre les moeurs américaines et en faire profiter la “glorieuse nation du Kazakhstan.” Mais voilà, Borat tombe follement amoureux de Pamela Anderson qu'il aperçoit dans un épisode de Bay Watch. L'enquête journalistique prend alors la forme d'un road movie dont le but est de rencontrer l'actrice, et de l'épouser. En route, Borat enchaîne les interviews et les reportages. Les connaisseurs reconnaîtront quelques pépites vues sur le web. Qu'ils se rassurent : la plupart des sketchs sont totalement inédits. La supercherie est parfaite. Tout laisse supposer que ses interlocuteurs dans le film ne sont pas dans la connivence. Intrigués, voire sidérés, ils se prêtent de bon coeur aux interviews de ce grand moustachu venu d'un pays lointain, et qui ne tarit pas d'éloges sur l'Amérique de Georges Bush. Le résultat est hilarant, le public en redemande.
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Si Borat est une star dans le monde anglo-saxon, principalement grâce à Internet, il reste encore peu connu en France. Mais son anglais maladroit et son humour grinçant ne devraient pas manquer de séduire les amateurs d'humour grinçant et les fans de Groland. Ce qui est sûr, c'est qu'il ne manquera pas de susciter l'indignation ou le mépris. A fortiori en France où, à la différence des Américains, on sait grosso modo placer le Kazakhstan sur une carte. Car le Kazakhstan imaginaire de Borat est un pays mafieux vivant à l'âge de bronze, où les voitures sont tirées par des chevaux et la majorité sexuelle vient d'être élevée à 11 ans pour les filles. “Niiiiice!” comme il dit.
On l'aura compris, l'humour de Borat n'est pas du goût de tout le monde. Aux Etats-Unis, les critiques des associations juives et féministes n'ont pas tardé. En Europe, les associations contre l'anti-tziganisme sont montées au créneau. Mais la plus épineuse des controverses concerne le Kazakhstan. Irrité par le succès de Borat, le gouvernement Kazakh ne décolère pas. Il s'indigne de la caricature réductrice et calomnieuse qui est faite de leur pays. Diffamation ! Une série de témoignages et d'articles sont publiés dans le New York Times pour rétablir la vérité : les femmes n'y sont pas enfermées dans des cages, pas plus que le vin n'y est fait avec de l'urine de cheval! Les protestations prennent même un tour diplomatique, par la voix du ministère des affaires étrangères qui en appelle officiellement au président Bush. Côté Sacha Baron Cohen, pas de réponse. Quand on attaque Borat, c'est Borat qui riposte, en personne. Et allez lui tenir tête! Pour preuve, la réponse qu'il adresse au gouvernement kazakh sur sa page myspace : “Je n'ai aucune connexion avec Monsieur Cohen, et j'aiderai par tous les moyens mon gouvernement à traîner ce Juif devant un tribunal.” La polémique continue et permet à Borat de s'offrir une promotion gratuite à travers des interventions plus drôles les unes que les autres. Ainsi, au moment de la visite officielle du président du Kazakhstan à Georges W. Bush, Borat sonne à la porte de la Maison Blanche pour inviter “le seigneur de guerre Georges Walter Bush” à la projection de son film avec “d'autres hauts dignitaires américains comme O.J. Simpson et Mel Gibson.” Rencontre à Paris avec le comédien le plus controversé du moment.
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Qui êtes-vous, Borat ?
Borat : Jagshemash ! Mon nom est Borat Sagdiyev, fils d'Asimbala Sagdiyev et Boltok “le Violeur”, et ancien mari de Oxana Sagdiyev, fille de Mariam Tulyakbay et… de Boltok “le Violeur”. Ma profession est journaliste. Mon hobby sont tennis de table, cracher, asseoir sur des fauteuils confortables, disco danse et regarder filles assises sur toilettes. Je suis journaliste pour télévision depuis 7 ans. Avant, je fabrique des crèmes glacées, je capture gitans et je répare ordinateurs en enlevant oiseaux morts dedans. Je fais aussi docteur deux semaines, pendant vacances scolaires, spécialité extraction spermatozoïdes d'animaux.

Pouvez-vous nous parler de votre famille ?
Borat : Ma soeur est super ! Elle toujours prostituée numéro quatre de mon pays. Elle aussi gagner le prix “meilleur sexe dans bouche” de Chambre de Commerce. Nous très fiers d'elle. Je t'invite tous au Kazakhstan, tu dois rester chez moi et tu peux utiliser ma soeur. Si tu préférez garçons, je donner toi mon frère Bilo. Il est retardé : toute petite tête mais très gros bras. Usez comme tu voulez, il se souvient jamais rien. Mais embrassez pas : il a 200 dents. 193 dans bouche et 7 dans nez !

Quelles sont les principales différences entre l'Amérique et le Kazakhstan ?
Borat : Hmmm. (Silence) C'est une question très compliquée et très longue pour le cerveau d'une femme. Beaucoup de choses aux “US et A” être comme au Kazakhstan. Exemple : nous avons démocratie. Seule différence : chez nous, les chevaux peuvent voter, pas les femmes. “US et A” traite chevaux comme Kazakhstan traite femmes : nourries deux fois par jour, couchées dans petites pièces remplies de foin. Et pour rire, on fait courses d'obstacles : femmes sautent, hommes fouettent.
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Pourquoi avoir choisi les USA et non la France pour étudier les belles manières ?
Borat : Raison principale, j'aimer les Amériques et vouler apprendre des leçons là-bas. Mais autre raison, mon producteur Azamat Bagatov pas pouvoir obtenir visa pour Europe : petit malentendu sur crime sexuel. Mais c'est OK maintenant : il donne preuve que cheval majeur et consentant. J'aimer pourtant dire que c'est grand honneur d'être ici dans la nation mineure de France. Et les gens ont raison : meilleure nourriture au monde. Hier, je suis allé dans ton Mac Donald et mangé 15 délicieux cheesebergez. Aujourd'hui, mon anus pend comme la gueule d'un chien fatigué. D'ailleurs, très impressionné par ville de Paris, surtout par le grand égout ouvert qui coule au milieu. Pratique, tous ces ponts pour faire caca dans grand égout. Si journalistes étaient dans bateau qui passait ce matin, je demande pardon.

Le président du Kazakhstan s'est officiellement plaint de votre film au président Bush. Ainsi, vous seriez un agent à la solde des Américains, vous moquant du Kazakhstan “au profit de glorieuse Amérique”...
Borat : Ça être mensonges de salopards Ouzbeks ! Le Sommet Kazakho- “U S et A”, les deux plus puissantes nations du monde, a été super : nous être amis plus qu'avant. Présidents Nazerbayev et Bush ont fait bonnes affaires : Président Bush d'accord pour importations potassium, pommes et poils de pubis humains. Je sais que malpoli de se vanter, mais poils de pubis Kazakhs être les plus fins d'Asie centrale. Je te lance défi pour toi : trouvez poils Ouzbeks aussi bons que les nôtres pour nettoyer les casseroles, ou pour faire fourrure intérieur des gants !

Connaissez-vous la musique française ?
Borat : Pas trop. Aujourd'hui, au Kazakhstan, popstar numéro un Korki Butchek, il marche beaucoup. Tu connaissez, non ? (Borat entonne le tube de Korki Butchel, Bing Bing Bing Bang Bing) Pourquoi tu chantes pas? Korki Butchek numéro un chez nous depuis 1972! Candles In The Wind d'homosexuel chauve Elton John et Girls Just Want To Have Fuck de Cindy Lauper, gros succès aussi.

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TROMBIBORAT

Ali G
Ali G est le personnage phare de Sacha Baron Cohen, celui qui lui a valu ses premiers succès. Le journaliste wigger au style hip hop drum and bass s'autoproclame “voix de la jeunesse” et réussit à piéger d'éminents spécialistes en leur posant des questions stupides ponctuées de “yo !” et de “booyakasha !”. Son show éponyme nous fait aussi découvrir les reportages des journalistes étrangers, Borat et Brüno.
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Borat
Notre journaliste kazakh préféré est en passe de surpasser la popularité d'Ali G. Sa promotion sauvage sur Internet, et la polémique surréaliste avec le gouvernement du Kazakhstan lui assure une notoriété mondiale. Son long-métrage, avant même sa sortie, est déjà annoncé comme le film le plus drôle de l'année.
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Brüno
Le troisième reporter du Ali G show est un homosexuel autrichien qui présente la mode et les news people dans Funkyzeit mit Brüno. Le personnage est, encore une fois, extrême. Il arrive à faire dire à un casting director qu'Oussama Ben Laden est “cool” et “fashion” et à un célèbre coiffeur que tous les plus grands méchants portent des moustaches (Adolf Hitler, Josef Staline, Sadam Hussein) alors que les gentils ont toujours les cheveux longs (Jésus, Rod Stewart, John Lennon). Universal Pictures aurait récemment offert 55, 4 millions de dollars à Sasha Baron Cohen pour tourner le film Brüno.
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Supergreg
Créé en 2000, mais vite oublié, ce personnage est l'ancêtre d'Ali G. DJ latino ouest-allemand, Supergreg est un ‘nerd' du scratch au style gangsta monosourcil. Il devient célèbre grâce à son site et à deux films de 30 secondes de scratchs minables sur un beat minimaliste qui font le tour du web avant d'être récupérés par la marque de jean Lee pour une campagne virale.


PARLEZ-VOUS BORAT ?

Jagshemash ! // Comment allez vous ? (du polonais « Jak sie masz ? »)
Khram // Parties génitales (église en russe)
Liquid explosion // Ejaculation
Chocolate face // Personne à la peau noire
Barbara Bush // Manger des poils pubiens (Barbara : du Borat manger - Bush : de l'anglais buisson)
Football // Maladie où un pied pousse sur une couille (de l'anglais foot: pied et ball: couille)

 

Par Blanche Charles // Photos : DR.